Banderole déroulée sur la passerelle sur le boulevard du 8 mai 1945 – © leglob-journal.fr
Huit heures trente, ce vendredi matin, le conseil de surveillance de l’hôpital de Laval devait se tenir… Le directeur de l’ARS était attendu de pied ferme par les syndicats, le personnel, les élus membres de droits … et rien. Ajournement. Le directeur de l’ARS n’est pas venu… C’est pourtant lui qui alloue les fonds à l’hôpital et réclame toujours plus de restriction budgétaire, humaine et structurelle. Récit de cette matinée de mobilisation et témoignages d’agents d’autres établissements en Pays de la Loire.
Par Marrie de Laval
D’aucuns diront que le patron de l’ARS a eu peur de se confronter à la foule des praticiens et des populations venues les soutenir. Ils n’ont peut-être pas tord. Il faut du courage pour affronter des hommes et des femmes en colère. Car « il y a cinq ans, les gens applaudissaient les soignants à vingt heures et le gouvernement nous qualifiait de héros » rappellent l’un des professionnels de santé présent… Aujourd’hui, l’hôpital meurt à une vitesse vertigineuse et « le gouvernement appuie sur l’accélérateur en le privant de financement » . Même si le ministre de la Santé promet 10 millions d’€ pour combler le déficit chronique.
C’est au deuxième étage du bâtiment historique que se trouve les bureaux de la direction et les salles permettant la tenue du conseil de surveillance. Les personnels, trois cent cinquante personnes environ, étaient invités à se présenter dans les couloirs pour montrer la détermination de ceux à qui l’on demande toujours plus d’efforts, de sacrifice sans espoir de voir la situation s’améliorer. Parce que le problème n’est pas dans la maitrise des dépenses mais dans l’absence de financement. « On coupe les vivres » . C’est en résumé ce qu’explique tous ceux qui dénonce cette politique poursuivie depuis plus de trente ans, depuis les années quatre-vingt-dix.
Des manifestants sont venus en nombre et de loin, c’est à dire par exemple de l’hôpital d’Alençon, du CHU de Nantes et de celui d’Angers. Tous rapportent les mêmes exigences délétères de la part de l’ARS : « fermer des lits et réduire le personnel » . « A Alençon, l’hôpital est en déficit financier … et humain. On ne parle plus de restructuration mais de plan de transformation. C’est plus ronflant mais cela aboutit au même résultat. » explique ce groupe de soignantes. « Il y a un véritable renoncement aux soins dans le département de l’Orne » , renchérit une autre. « Cela se voit avec l’état des patients qui nous arrivent » . « Et les gens sont résignés. » .

« Les fonds promis par Castex ont changé de statut. Ce qui devait être apporté pour garantir l’avenir de l’hôpital s’est transformé en financement, sous conditions de réaliser annuellement des économie de quinze millions … une façon de récupérer l’argent déboursé » – L’euro-député Arash Saeidi (LFI)
De retour de Paris, après avoir rencontré le ministre de la santé, le maire de Laval, Florian Bercault raconte » Le ministre est à l’écoute du problème de Laval. Dix millions d’euros ont été promis pour combler le déficit de l’hôpital et il annonce la formation d’un groupe de travail pour rouvrir le service des urgences. Il prévoit de venir sur place » … » Le plan est de faire des CHU un rôle pivot avec une concentration des moyens sauf qu’on ne voit pas comment cela va venir irriguer les territoires. » … En l’écoutant, on a un terrible sentiment de langue de bois, ou du moins une envie de lisser les choses. Car on sait que cet argent ne va pas couvrir l’ensemble du fameux déficit annoncé par ailleurs à treize millions et que l’on attend depuis trois ans les quatre-vingt trois millions promis par l’ancien Premier ministre Jean Castex venu à Laval …

Lors de l’Assemblée générale du 17 juin 2025 les manifestants se couchent devant l’hôpital pour symboliser la mort du CH…
Comment encore croire à la parole politique, et plus encore aux promesses gouvernementales ? Et pour ce qui est du rôle pivot des CHU, on voit déjà très bien comment le CHU de Nantes par exemple aspire l’essentiel des budgets de l’ARS, de la Région et du FEDER (la part de l’Europe) et cela ne soulage en rien les difficultés persistantes au quotidien pour les personnels de Nantes. Et pour le maire de Laval, il faut pouvoir organiser des coopérations avec les CHU d’Angers et de Rennes selon les proximités des territoires de la Mayenne. Il faudrait peut-être se rappeler que pour sauver son hôpital gravement déficitaire, la commune de Carhaix s’était transformé en établissement secondaire du CHU de Brest, lui-même encore plus mal en point … Et c’est toujours tendu pour cette région de la Bretagne.
L’euro-député Arash Saeidi, membre de La France insoumise (LFI) et ancien élu municipal à Angers détaille : « Les fonds promis par Castex ont changé de statut. Ce qui devait être apporté pour garantir l’avenir de l’hôpital s’est transformé en financement, sous conditions de réaliser annuellement des économie de quinze millions … une façon de récupérer l’argent déboursé » . L’argent de l’État versé par tranches se trouve récupérer par les économies drastiques de l’hôpital. Une forme de cercle vicieux. Dans l’intervalle, des murs auront été construits pour installer des services vides de personnels soignants. Mais les entreprises du bâtiment auront eu des chantiers…
« L’attractivité » : un gros mot
Autre sujet qui revient dans les conversations : « l’attractivité » . Une sorte de gros mot quand on sait que plus que les faibles rémunérations des personnels, ce sont les conditions d’exercice du travail qui posent véritablement problèmes.
« Au CHU de Nantes, rapporte des soignantes, on est en train de casser l’expertise du service de rééducation. l’ARS exige que l’on y accueille des patients de Gériatrie, secteur sinistré au niveau du personnel. C’est autant de temps, longs, qui leur seront consacré qui ne bénéficieront pas aux malades qui après un accident doivent retrouver leur fonctions motrices et reprendre leur vie d’avant. » et elles détaillent les conditions de travail : « Nous sommes treize mille agents non médicaux équivalent temps plein et nous bénéficions de 2,8 équivalent temps plein de médecins du travail alors qu’avec le respect des ratio personnel/médecine du travail devrait être de neuf postes. Ce qui signifie des retards dans les visites de retour au travail après un arrêt, ou pour les visites de contrôle, etc. Et quand on recrute, c’est en CDI »
Elles ajoutent : « En Réa, les gens partent » . »On manque de matériel logistique tels que des tenues d’été, des tracteur de distribution, et certains camions prennent feu ou perdent leur remorque. » . Car il n’y a pas que des ambulances dans un hôpital, il y a des camions pour livrer tout un tas de choses aux différentes structures hospitalières rattachées au CHU. S’il y a l’Hôtel Dieu au centre-ville, il ne faut pas oublier l’hôpital Nord-Laënnec, l’hôpital Femme-Enfant-Adolescent en centre-ville, le Tourville, l’hôpital Saint-Jacques, la résidence Beauséjour, la maison Pirmil, l’hôpital de la Seilleraye sur Carquefou, l’hôpital Bellier…
« Que faut-il attendre du budget annuel pour l’entretien de la flotte avec 150 000 € pour 220 véhicules ? A tel point que ce sont les personnels ou des cadres de l’hôpital qui vont faire faire les contrôles techniques… c’est ce temps qu’ils ne peuvent donc pas consacrer aux soins dans leur service. » « Le service de la néo-natalité risque la fermeture, la psychiatrie est en crise et le service spécialisé pour les cas de patients en crise, ferme« .
Voilà, c’est ça, l’hôpital en France car ce qui arrive en région Pays de la Loire est commun à l’ensemble du territoire… ⬛



















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