La justice enterre une des affaires d’Olivier Richefou – Par Thomas H. 🔓

Olivier Richefou Président du conseil départemental Mayenne en Juin 2024 - ©️ leglob-jpurnal.fr
Le prĂ©sident Richefou au conseil dĂ©partemental de la Mayenne en juin 2024 – © Archives leglob-journal.fr

Par Thomas H.


la belle lettre L sur leglob-journal

Parfois la justice nous apparait comme lente. Parfois elle n’a pas le choix car les affaires sont complexes. Pour prĂ©server la prĂ©somption d’innocence, elle observe aussi le silence jusqu’Ă  taire des dĂ©cisions qui peuvent pourtant rĂ©jouir les mis en cause… C’est le cas pour le prĂ©sident du conseil dĂ©partemental qui avait Ă©tĂ© placĂ© en garde Ă  vue Ă  Angers le 18 dĂ©cembre 2023 et qui attendait depuis de savoir. Le procureur de la RĂ©publique de Rennes nous a confirmĂ© un classement sans suite pour l’une des infractions reprochĂ©es Ă  Olivier Richefou, car « insuffisamment caractĂ©risĂ©e » .

Aussi l’homme politique devrait donc s’en rĂ©jouir, car il passe Ă  travers les gouttes. Mais il n’est pas pour autant encore complètement Ă  l’abri.

Depuis la perquisition le 3 octobre 2023 au conseil dĂ©partemental de la Mayenne soit deux mois plus tĂ´t, l’instruction par la justice en enquĂŞte prĂ©liminaire, pour prise illĂ©gale d’intĂ©rĂŞt et recel concernant l’achat d’un bien immobilier appartenant Ă  Samuel Tual qui allait devenir la Maison dĂ©partementale de l’Habitat, semblait au point mort d’un point de vue judiciaire. Aucune information ne filtrait. Et pour cause. Un procureur de la RĂ©publique n’est pas tenu de motiver plus que de raison les dĂ©cisions qui l’amènent Ă  prononcer le classement sans suite. Alors de lĂ  Ă  informer sur celui-ci !


L’infraction existe tout de mĂŞme…


Autrement dit pour reprendre une expression que Jacques Chirac avait lancĂ© un 14 juillet Ă  des journalistes Ă  la tĂ©lĂ©vision qui l’interrogeaient sur les affaires sur lesquelles la justice enquĂŞtait, la première Affaire Richefou dite de Prise illĂ©gale d’intĂ©rĂŞt et recel a fait « Pschitt » … Philippe Astruc, le Procureur de Rennes de l’Ă©poque l’avait ouverte et avait demandĂ© Ă  des officiers de police judiciaire d’enquĂŞter suite Ă  un signalement effectuĂ© par la Chambre rĂ©gionale des comptes des Pays de la Loire sur la base d’un rapport mettant en lumière de nombreuses « irrĂ©gularitĂ©s ». Et la « prise illĂ©gale d’intĂ©rĂŞts et recel » avait Ă©tĂ© retenue par la justice concernant l’achat du bâtiment appartenant Ă  Samuel Tual pour la future Maison dĂ©partementale de l’Habitat Ă  Laval, en occultant au passage l’opĂ©ration de la Tour Montparnasse avec l’Espace M devenu M Paris oĂą ce mĂŞme Samuel Tual apparaissait dĂ©jĂ , alors qu’Olivier Richefou Ă©tait encore avocat dans le cabinet d’affaires ZRA avec Tual et Actual comme client. Pour sa dĂ©fense, Olivier Richefou, retenu en garde Ă  vue sous la contrainte policière pendant plusieurs heures, avait selon le magistrat « nié » au cours de cet acte de procĂ©dure pĂ©nale important en argumentant ne plus avoir Ă©tĂ© avocat au moment de la transaction.

Le Parquet de Rennes a donc dĂ©cidĂ© de classer sans suite en cochant la case « Infraction insuffisamment caractĂ©risĂ©e » , une formule valise fourre tout… Cela dit, l’infraction existe tout de mĂŞme, mais sans doute n’est-elle pas assez Ă©vidente aux yeux du magistrat…


Le délit de favoritisme, « toujours à l’enquête »


Quant Ă  l’autre affaire concernant, elle, le « DĂ©lit de favoritisme » qui avait conduit les policiers Ă  rĂ©aliser une deuxième perquisition le lundi 6 mai 2024 au siège du conseil dĂ©partemental Ă  Laval, elle est « toujours Ă  l’enquĂŞte » et selon nos informations, elle serait instruite par le GIR de Nantes. Les Groupements interministĂ©riels de recherche (GIR) utilisent des moyens « sur le plan pĂ©nal, fiscal, administratif et douanier pour exercer des missions notamment de lutte contre la dĂ©linquance financière« 

Cette affaire est plus « évidente » que celle oĂą la prise illĂ©gale d’intĂ©rĂŞts Ă©tait invoquĂ©e… Les policiers du GIR travaillant sous les ordres du procureur de la RĂ©publique de Rennes cherchent Ă  comprendre comment il a Ă©tĂ© possible d’arriver Ă  un « non-respect du code des marchĂ©s publics [qui] peut ĂŞtre assimilĂ© au dĂ©lit de favoritisme pour un montant de presque 800 000 € selon le rapport de la CRC. » Ă©crivait leglob-journal.fr, au moment oĂą nous dĂ©couvrions ce nouvel Ă©pisode judiciaire qui n’est pas « un acte supplĂ©tif » du premier dossier que la justice a refermĂ©.

Anticor dans son signalement qui se trouve sur le bureau du Procureur de la RĂ©publique et Ă  l’origine de l’ouverture de l’enquĂŞte Ă©crit : « La chambre a examinĂ© la situation de cinq prestataires financĂ©s par le budget dĂ©diĂ© Ă  l’attractivitĂ© et Ă  la communication, lesquels ont perçu 849 940 € de 2018 Ă  2021. Il ressort que 781 660 €, soit 92 % de ces paiements sont irrĂ©guliers dans la mesure oĂą ils n’ont pas fait l’objet de procĂ©dures de marchĂ©s publics. Les prestataires n’ont pas Ă©tĂ© mis en concurrence et leurs prestations ont ,Ă©tĂ© fractionnĂ©es en diffĂ©rentes commandes. […]

« Les prestations fournies par les cinq prestataires analysĂ©s rĂ©pondent pour chacune d’entre elles Ă  un besoin homogène : rĂ©alisation de films promouvant le territoire ; crĂ©ation de dĂ©clinaisons de la marque de territoire ; rĂ©alisation de portraits pour diffĂ©rents supports de communication ; rĂ©alisation d’objets promotionnels portant l’image du DĂ©partement ; prestations de conseils en communication » . […]

Dans son signalement, Anticor 44 évoque aussi « le sponsoring nautique qui n’a pas fait l’objet d’une mise en concurrence, les liens entre l’ancien directeur de la communication et de l’attractivité et le skipper et ses partenaires, ainsi que des locaux à Paris où la CRC écrit « Ce bail a été conclu à la suite d’une procédure irrégulière, premièrement puisque les élus n’ont pas été correctement informés du coût de cette sous-location, deuxièmement puisque le président n’a pas respecté la délibération (durée du bail, date de l’autorisation de la signature) et, enfin, puisque l’avis des domaines n’a pas été régulièrement sollicité ».

Cette fois, c’est Guillaume NĂ©ron Bancel, pour l’heure prĂ©sumĂ© innocent, qui est « le centre de l’affaire » , avec son supĂ©rieur Olivier Richefou, alors qu’il Ă©tait Directeur de la communication et de l’attractivitĂ© au Conseil dĂ©partemental de la Mayenne. C’est lui qui, selon les magistrats nantais, a signĂ© les bons de commande liĂ©es Ă  l’AttractivitĂ© au conseil dĂ©partemental de la Mayenne. La justice cherche Ă  savoir s’il s’est, comme l’Ă©crivent dans leur rapport les magistrats de la CRC, exonĂ©rĂ© de la procĂ©dure liĂ©e au Code des marchĂ©s publics… Ce qui est constitutif d’un dĂ©lit. Celui de favoriser des tiers sans passer par la concurrence. Le professionnel de la communication devait ensuite ĂŞtre recrutĂ© par Samuel Tual Ă©galement prĂ©sumĂ© innocent, pour y exercer le mĂŞme poste, celui liĂ© Ă  la communication et l’attractivitĂ© mais cette fois-ci auprès du PDG d’Actual.


A-t-il laissé faire Guillaume Néron Bancel ?


« Le prĂ©sident du conseil dĂ©partemental est le chef des services du DĂ©partement » . A lui s’il le souhaite mais « sous sa surveillance et sa responsabilitĂ©, de donner dĂ©lĂ©gation de signature en toute matière aux responsables des dits services » .

Olivier Richefou qui est comme tout prĂ©sident d’assemblĂ©es dĂ©partementales « ordonnateur des dĂ©penses » dans l’institution a-t-il laissĂ© faire Guillaume NĂ©ron Bancel qui avait sa dĂ©lĂ©gation de signature ? A-t-il contrĂ´lĂ© les « bons de commandes et les factures liĂ©s aux achats » ou s’en est-il gardĂ© sur la pĂ©riode pointĂ©e par les magistrats de la Chambre rĂ©gional des comptes ? Ces « commandes » n’ont en tous cas pas Ă©tĂ© mises en concurrence et n’ont pas fait l’objet, selon la CRC, d’appel d’offre : elles sont donc, si on peut dire, passĂ©es sous les radars des instances au sein de l’institution notamment chargĂ©es du contrĂ´le de leurs lĂ©galitĂ©s.

Une personne qui dĂ©lègue (le dĂ©lĂ©guant) sa signature est tenue d’exercer un droit de regard (« surveillance« ) sur le dĂ©tenteur de sa signature et qui agit en son nom. Le cas Ă©chĂ©ant, le dĂ©lĂ©guant est tenu pour « responsable » selon le droit des dĂ©lĂ©gations et peut ĂŞtre mis en cause voir plus, car « le signataire par le biais de la dĂ©lĂ©gation agit en son nom et pour son compte » Ă  savoir pour le PrĂ©sident. Le dĂ©lit de favoritisme est puni de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 200 000 €. selon le Code pĂ©nal. ⬛


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