« Lauréat » de Pause, ce Palestinien pourra-t-il rejoindre la Mayenne ?

Un lauréat du programme Pause attend de pouvoir sortir de la bande de Gaza - image Théâtre du Tiroir Laval
Ali Abuyasin Horeya photographié devant les décombres de la bande de Gaza – image Théâtre du Tiroir Laval

Metteur en scène, comédien et dramaturge palestinien, il devrait pouvoir sortir, en principe, de l’enfer de la bande de Gaza grâce au programme PAUSE du Collège de France qui vient de le sélectionner comme « lauréat » pour lui obtenir « un visa d’évacuation ». S’il arrive à entrer en France grâce à l’action des autorités françaises Ali Abuyasin Horeya devrait pouvoir travailler à Laval en Mayenne pendant une année, accueilli par le Théâtre du Tiroir de Jean Luc Bansard.


Par leglob-journal.f


La belle lettre de citation sur leglob-journal.fr

« Monsieur le Président, Nous avons l’honneur de vous informer que le Comité de direction du programme PAUSE a retenu dans votre établissement la candidature de Monsieur Ali Abuyasin Horeya […] » .

Voilà comment Jean Luc Bansard a appris la bonne nouvelle. « Son ami » , déjà venu en 2003 à Laval a été retenu pour obtenir ce que le Collège de France appelle un « visa d’évacuation » de la Bande de Gaza.

Et le mail du Collège de France d’ajouter : « Nous reviendrons vers vous afin de signer la convention portant versement de la subvention entre le Collège de France et votre structure une fois garantie la date d’arrivée du lauréat en France. » . Car en effet, rien n’est garanti…

Pour Jean-Luc Bansard qui le sait bien, c’est une « Première victoire ce 22 janvier ! L’initiative que j’ai prise de faire évacuer de Gaza – avec l’aide du théâtre du Radeau (Le Mans) et le lieu La Fonderie – le comédien Ali Abuyasin en présentant sa candidature au Programme PAUSE (Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil) du Collège de France vient d’aboutir : ALI est lauréat… Ce qui signifie qu’il va obtenir un visa pour venir exercer son métier de dramaturge, metteur en scène et comédien, en France. » . Un abri temporaire pour lui et son fils, pour leur permettre de se reconstruire.

Le fait d’avoir été choisi par le Collège de France cela signifie explique Jean-Luc Bansard que « Ali Abuyasin sera salarié du théâtre du Tiroir pendant au moins un an grâce à une subvention du Collège de France qui couvrira 60% de la masse salariale. » A charge pour la structure théâtrale lavalloise de couvrir les 40% restant. « Nous aurons besoin de votre aide, avance le comédien et militant engagé depuis longtemps contre la colonisation de la Palestine par Israël. Et pour cela, aide nous organiserons des événements, des spectacles, des collectes pour réussir ce pari : salarier un artiste de Gaza… »

Reste la deuxième étape, plus difficile à mettre en œuvre, il va s’agir de « convaincre le gouvernement français actuel d’ouvrir nos frontières aux Gazoui.e.s muni.e.s d’un visa. Actuellement le gouvernement français n’autorise aucune entrée de Gazaoui.e.s. ! » avance Bansard qui joute que « Depuis le début des massacres de masse à Gaza, […] la France n’a accueilli que 27 enfants ! » . En avril 2025, Le Monde relatait pourtant sous la plume de Marie Jo Sader que « Cent quinze Palestiniens, dont des lauréats du programme d’accueil universitaire PAUSE et des étudiants boursiers, ont atterri à Orly, dans le cadre de la plus grande évacuation vers la France depuis le 7-Octobre.« 


ali abuyasin dans une manifestation à gaza

Ali Abuyasin Horeya dans une manifestation à Gaza – Extrait vidéo Jean-Luc Bansard

Le 26 janvier 2026 Jean-Luc Bansard était à Paris « pour participer à une conférence de presse nationale réunissant tous les lieux culturels qui attendent l’arrivée d’un.e artiste de Gaza ayant obtenu un visa. » Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le ministère de la Culture et celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche financent le programme Pause, quant au ministère de l’Intérieur, il fait partie du comité de direction. Le motif invoqué par les tutelles pour expliquer les difficultés de sortie des ressortissants palestiniens ? Les évacuations de l’enclave la plus dangereuse du monde qui sont devenues trop compliquées à Gaza. « Ziad Medoukh* – qui a obtenu un visa par le Collège de France en juillet dernier attend toujours son évacuation. » avance le directeur du Théâtre du Tiroir. En 2025, l’un des lauréats, Ahmed Shamia, un architecte de 42 ans, attendu lui à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine est « décédé après avoir été grièvement blessé par un bombardement israélien à Gaza-ville le 7 mai » relate le ministère des Affaires étrangères qui présente ses « sincères condoléances à sa famille et particulièrement à son épouse » . Le communiqué du Quai d’Orsay rappelle aussi qu' »une vingtaine de lauréats PAUSE ont pu être évacués par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères via son Centre de crise et de soutien les 16 et 23 avril 2025 » .


« Créer un fonds d’urgence »


Dans une tribune publiée le 19 mai 2025 dans le journal Le Monde, « un collectif de 350 universitaires » , parmi lesquels le quotidien cite « Patrick Boucheron, Didier Fassin et Edith Heard, demande au gouvernement français d’intervenir pour évacuer douze chercheurs et artistes gazaouis sélectionnés par le programme national d’accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil (PAUSE), et de créer un fonds d’urgence.« 

Ils écrivent : « Le programme Pause a été créé, comme l’a solennellement souligné Emmanuel Macron lors de son discours à la Sorbonne le 5 mai, « au nom de cet universalisme scientifique, jumeau de l’universalisme européen […] En huit ans, le programme a permis l’insertion académique et artistique de plus de 700 femmes et hommes venant de nombreux pays, de la Syrie à l’Afghanistan, en passant par la Turquie, l’Ukraine et la Russie.» mais le collectif signataire de la tribune déplore aussi de nombreux dysfonctionnements : « A titre d’exemple, un cancérologue, dont la candidature a pourtant été officiellement validée depuis six mois, ne peut toujours pas bénéficier d’une évacuation pour rejoindre l’Institut Curie. D’autres lauréats sont attendus à l’École des hautes études en sciences sociales, au Campus Condorcet ou encore à l’université de Tours. […] Alors que la diplomatie semble impuissante à arrêter le massacre et le nettoyage ethnique de la population palestinienne, il en va de notre responsabilité collective et de notre humanité. » termine les signataires.

Pour Jean-Luc Bansard cette difficulté à faire évacuer des lauréats détenteurs de visa de protection est une « nouvelle urgence » qui s’impose, car dit-il : « Si le gouvernement n’accepte pas d’accueillir rapidement les Gazaoui.e.s à qui il a donné un visa, c’est le risque de les voir mourir car Israël ne respecte pas le cessez le feu qu’il a signé et continue de détruire et de tuer chaque jour à Gaza et en Cisjordanie » . C’est un « nouveau combat » estime-t-il, celui de faire en sorte d’ « obtenir l’évacuation des bénéficiaires d’un visa de protection contre la mort qui les guette ! » . ⬛



Video – Portrait de Ali Abuyasin Horeya par Jean-Luc Bansard, directeur du Théâtre du Tiroir – © Théâtre du Tiroir

* »Ziad Medoukh sera l’invité par visioconférence jeudi 29 janvier pour un débat à 20h30 à l’occasion de la présentation – au cinéma l’Avant-scène à Laval – du film hommage La voix de Hind., du nom de cette enfant, Hind Rajab, une fillette de six ans mitraillée par l’armée israélienne après qu’elle ait appelé au secours durant trois heures au téléphone… »


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