La Santé, cet autre sujet de la campagne municipale – Par Marrie De Laval

plateau des candidats

De gauche à droite, Gwendoline Galou, Samia Soultani-Vigneron, Eric Paris, Florian Bercault, Martine Hamelin et une de ses collistières ©leglob-journal.fr

Mardi 24 février, à la maison de quartier d’Avesnières, l’Association des Citoyens Contre les Déserts Médicaux avec Solange Connan, sa représentante, invitait l’ensemble des têtes de liste candidates à la mairie de Laval. La liste de LFI était indisponible car en cours de finalisation, ainsi que celle du RN pour les mêmes raisons. Dans le public, des habitants,curieux de connaître la position des uns et des autres, des membres de l’ACCDM et des soutiens des candidats.


Par Marrie de Laval


la belle lettre L sur leglob-journal

La soirée s’est donc déroulée en présence du docteur Hussein Yassine, membre du CME (commission médicale d’établissement) de l’hôpital de Laval, Gwendoline Galou, pharmacienne, tous deux membres de la liste de Samia Soultani-Vigneron, elle-même présente en sa qualité de tête de liste. Ajoutons l’ancien médecin hospitalier Eric Paris, élu de l’actuelle majorité municipale avec Florian Bercault, maire de Laval et les deux représentantes de Lutte ouvrière, Martine Amelin et une co-listière.

Parmi le public, des colistiers ou des soutiens des candidats se mêlaient aux autres personnes présentent, telle que Florence Quentin, arthuiste convaincue et Paul de Braquilanges, directeur de campagne de Samia Soultani-Vigneron.

Être aux affaires est un avantage pour le maire de Laval puisqu’il présente ses réalisations et ses projets tandis que c’est un handicap pour la candidate Samia Soultani Vigneron, vice-présidente à la Région en raison de son vote en faveur des coupes budgétaires régionales jusque pour l’école des infirmières de Laval. Pour Lutte Ouvrière, à part les bons sentiments et quelques rappels utiles, certaines réalités ou contraintes lui échappent, faute de pouvoir se frotter directement à la gestion d’une collectivité.

Cinq questions particulièrement précises devaient être posées telles que : « Êtes-vous favorables à une consultation citoyenne pour dresser une radioscopie précise des manques de professionnels de santé, par quartier et les solutions trouvées par les patients, selon leurs moyens ou les déshérences persistantes ? « 

Mais aussi, « Le conseil de l’ordre peut-il rappeler aux praticiens l’amplitude légale d’accès aux soins libéraux« , dans les horaires (de huit heures à vingt heures) et les jours d’ouverture (du lundi au samedi matin) pour être au service des populations et non pas pour certains de se servir du système de protection sociale pour être rémunérés … Mais si chacun des candidats s’exprimaient tour à tour, finalement, un échange moins formel s’est mis en place, les uns rebondissant sur les propos des autres. Devenu fluide, naturel et plus sincère le débat a fait apparaître les conceptions de la Santé de chacune des listes. Si les listes de Gauche évoquaient sans difficultés des outils pour remettre au travail certains praticiens, mettre en place une obligation de service auprès d’une collectivité ayant financé les études universitaires, la Droite exprimait sa réticence à imposer la moindre contraindre. S’il fallait résumer la soirée de débat, on pourrait dire que les candidats ont été conformes à leur tendance politique, avec l’émergence de solutions proposées par les uns et les autres.


La Droite, veut la liberté totale pour les libéraux, les autres praticiens, la Santé


gwendoline galou et samia soultani
Gwendoline Galou et Samia Soultani-Vigneron pour la Droite et le Centre – © leglob-journal.fr

La candidate « de la droite et du centre » comme elle se présente, ainsi que ses colistiers ont du mal à vouloir imposer des choses, surtout aux médecins. Elle explique pourtant qu’« On était averti que les âges de retraite allaient entraîner des volumes de départs. », en parlant de la diminution du nombre de praticiens.

Remarquons au passage qu’il est quand même dommage qu’elle n’explique pas ce qu’elle a mis en place pour anticiper, suppléer ou contrer cette perte.

Elle fut adjointe de François Zocchetto, maire de Laval de 2014 à 2020 et a participé à la mise en place des maisons médicales avec l’aide du département, sans oublier le centre Henri Dunant, en s’enthousiasmant sur les réseaux sociaux pour ces créations.

Sauf qu’il a fallu que les patients grognent fortement pour bousculer un conseil de l’ordre, pourtant lui aussi à la manœuvre, mais réticent à cette solution. D’ailleurs, Lutte Ouvrière le rappelle : « Il y a encore le numerus clausus [créé en 1971, désormais devenu numerus apertus, avec toute l’hypocrisie qui va avec … NDLR]. Ça fait dix ans déjà que la pénurie est annoncée, dix ans, c’est le temps de former un toubib … et rien ! ». « La solution, c’est de former des médecins en masse, malgré les concours et intégrer les médecins étrangers ».

Et comment agir pour faire venir ces professionnels qui veulent préserver leur vie de famille, n’hésitent pas à ne travailler que trois jours par semaine au point qu’il faille former deux professionnels pour remplacer un ancien ? Comment garder la trentaine d’internes et docteurs juniors qui viennent chaque année et qui doivent prendre en compte l’activité professionnelle du conjoint, les enfants, les écoles, les moyens de garderie …

Le docteur Yacine et le maire de Laval détaillent qu’il a fallu jouer sur les horaires des trains pour faire venir des confrères des CHU de Angers ou de Nantes. De la même façon, avec l’aménagement des locaux d’hébergements des internes au centre hospitalier de Laval, il est désormais possible d’accueillir soixante-dix internes, loin des trente-cinq des années précédentes. C’est le résultat de la constitution du fonds de dotation de l’hôpital, sous l’impulsion du docteur Hussein Yacine qui souhaite aménager l’ancienne chapelle du vieil hôpital en bibliothèque et lieu de détente pour les internes.

Le Département, lui, veut faire déménager le centre médical Henri Dunant, installé sur le quartier de Hilard, près de la gare mais aussi faire venir de Paris jusqu’à Laval, des professionnels de santé, pour une journée de service. Il est fait observé que Jean Arthuis proposait, lui, lors de réunion en Préfecture, des aménagements sur le temps des vacances pour pallier aux absences. Alors que dans le même temps, le conseil de l’ordre n’envisage que l’engagement des praticiens dans un contrat moral …

Autre piste, les CPTS (communauté professionnelles territoriales de santé), ces communautés sur plateformes entre professionnels qui mettent en relation praticiens et structures de soins en difficultés, sortes de complément à une forme de collaboration très relâchée, sous le contrôle de l’ARS.
Il existe aussi la pratique de sas dans les emplois du temps des praticiens, permettant de recevoir « en urgence » des cas difficiles. Une façon de se réserver des disponibilités entre deux visites pour des cas qui n’iront pas encombrer les Urgences.

Autre question, s’il faut tenir jusqu’en 2035 année où la démographie sera moindre et l’offre de soins présentée comme plus abondante, les maires peuvent-ils soulager le travail administratif des jeunes médecins qui s’installent, même si cela a un impact à la marge. Pour Samia Soultani-Vigneron « On ne peut pas contraindre un docteur ! Faut être créatif et recenser l’existant avec les IDE ( Infirmières Diplômées d’État), les kinés, les IPA (Infirmières en Pratique Avancée) qui peuvent prendre le relais. »


La Gauche veut encadrer, le temps de sortir de la « pénurie », a minima


eric paris et florian bercault
Eric Paris candidat et Florian Bercault pour la Gauche – © leglob-journal.fr

Eric Paris, candidat sortant, revient sur le diagnostic et la mise en place de solution à l’issue de la consultation citoyenne : « Consulter, oui mais surtout quels moyens mettre en place ? La pénurie ne permet pas une réponse très fine … ». Florian Bercault, également membre de l’association organisatrice de la soirée, explique, lui, que si « le système de santé est en perdition, il existe une résilience. On l’a vu durant le Covid, quand le département a été le premier à devoir sortir masqué. « 

Il poursuit : « On a déjà des infos avec le centre médical Henri Dunant. 30 % des patients sont en plus en difficultés sociales. Alors, oui à la consultation mais la renforcer avec une convention citoyenne avec cinquante personnes tirées au sort, faire de la pédagogie, évoquer le fonctionnement du Centre Hospitalier et de la médecine libérale … »

Selon le maire de Laval, il existe « une frontière de plomb » entre le département d’île-et-vilaine et le CHU de Rennes vis à vis de la Mayenne, pourtant à moins d’une heure de route. Question de compétence entre les ARS, répond le Docteur Yacine. Alors, il ne reste que les contrats entre les collectivités et les internes en mal de financement de leurs études pour leur demander en contrepartie un service de cinq ans dans un désert médical à la fin des études. Il existe également la réserve sanitaire et enfin, la création d’une année supplémentaire dans les études médicales pour que la dernière année des internes se déroule dans les territoires.

Pour le Maire, la régulation médicale ne devrait pas être un soucis surtout si on paie mieux les internes. Il y a le parcours des études des jeunes qui ne doit pas être un barrage de première année. Il faut dire qu’il y a, à Laval, les formations du campus Santé même si la Région baisse ou ferme des places pour les étudiants infirmiers. « Il faut mieux former et mieux accompagner ! Et il faut développer une formation publique, telle que l’idée du restaurant universitaire sur le quartier Férié » conclu-t-il. Eric Paris revient sur l’exigence d’un « contrat moral pour faire face à une pénurie, surtout avec le soutien du conseil de l’ordre mais il faut surtout montrer que le « coup de collier » doit être sur une certaine durée et que les progrès soient visibles pour emporter l’adhésion de tous ». Il faut enfin, favoriser les étudiants du cru dans leurs études pour qu’ils restent, avec leurs familles, avec des projets bien identifiés et un hôpital présent sur le territoire pour prendre le relai avec ses divers services de soins.

L’échange devient tendu quand Samia Soultani-Vigneron revient sur la réduction des postes de l’école des infirmières : « Ce ne sont pas trente mais vingt places qui sont menacées. Et puis il faut répartir le nombre des places étudiantes sur l’ensemble de la Région, dont Laval. De toute façon, on a fait remonter l’information à la Région pour l’école d’infirmières ». Comment lui répondre que la baisse des places vient en fait de la baisse du budget de la Région et que c’est donc un choix politique de toucher à l’avenir du nombre de professionnels ? Et Florian Bercault de rebondir : « L’idée est de permettre à l’hôpital de former ses propres personnels infirmiers … ». Nous pourrions peut-être pousser la réflexion en proposant pourquoi pas de transformer l’actuel hôpital en CHU … non ?

Pour la candidate de Lutte ouvrière, on voit s’opposer les intérêts des travailleurs à ceux des médecins qui vivent « bien ». « Cela fait depuis les années deux mille que nous réclamons l’installation forcée dans les zones en tension. Et cela avait provoqué un tollé à l’époque alors qu’on y vient doucement … Alors, faut former par grandes promotions et amplitudes horaires ».


La prévention, une « pirouette » ou une bonne solution face à la pénurie ?


martine hamelin et sa colistère
Martine Hamelin et sa colistière pour Lutte ouvrière – © leglob-journal.fr

Gwendoline Galou, colistière de Samia Soultani-Vigneron préfère jouer sur la prévention. Elle souhaite transformer le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) en CIAS (Centre intercommunal d’Action Sociale) pour l’intégrer à l’action de l’agglomération.

C’est que pour protéger les enfants, il faut que les parents prennent conscience des difficultés. « Parce qu’il y a encore trop de parents qui ne voient pas le problème avec les écrans. Et c’est la même chose avec le brossage des dents.» Mais parmi tous ces points noirs, il faut se réjouir d’avoir retrouver les week-end les services de garde pour les généralistes et les dentistes, depuis le mois de novembre.

Eric Paris insiste : « Les parents sont démunis malgré les nombreux bouquins intitulés « guide » ou « conseil » … parce que c’est quand même mieux de discuter avec un professionnel ! ». C’est pour cette raison qu’existe la maison des mille jours, au quartier Férié. Florian Bercault revient sur un projet de centre de type « Henri Dunant » pour les soins dentaires, sans pouvoir développer. Et Gwendoline Galou rebondit pour lui signaler la vacuité des locaux d’une maison médicale en ville.

« Nous parlons maintenant des « invisibles » ceux qui ne demandent jamais rien alors qu’ils mériteraient d’être pris en charge. » relance Solange Connan. « Pourquoi ne pas envisager un bus qui vienne à leur rencontre ? » suggère-t-elle. Florian Bercault révèle à l’auditoire que la Santé devient depuis peu une nouvelle compétence pour l’agglomération lavalloise. Cela lui permet de participer aux programmes relatifs aux chefs de clinique territoriaux et à l’internat. Et il a en effet, lui-aussi, l’idée du bus, « parce que cinquante-deux pour cent des ménages sont des personnes seules ». Il envisage également l’installation de divers ateliers tels que le sport/santé établis sur prescription médicale, sur l’alimentation et le sujet de la santé mentale en lien avec les écrans, et même installer un référent santé présent dans les maisons de quartier. « Sans oublier les actions de prévention-santé auprès des enfants grâce à la gestion municipale des crèches et des écoles primaires », poursuit-il. Eric Paris rappelle, lui, ce qui existe déjà, le programme Ma ville-ma santé constitué d’un cycle de conférences pour informer des traitements existants et où ils se pratiquent.

Les représentantes de lutte Ouvrière insistent sur les besoins de médecine scolaire, de médecins du travail et dénoncent : « le travail rend malade et les médecins du travail n’ont plus le temps pour agir véritablement ». Elles continuent : « On assiste à une augmentation inquiétante des dossiers pour inaptitude. »

Samia Soultani-Vigneron préfère revenir sur les dentistes et la prévention, dans son ensemble sans oublier la Santé mentale. « Car en évoquant le sujet de l’isolement, si on pense à l’âge, ce ne sont que des cas à la marge. On est plutôt confronté aux consommations des écrans qui enferment, ou alors, autres soucis, des étudiants en grande difficultés. Alors on va faire comme à Nantes avec une ligne de bus « night-line » » … sans développer. Le docteur Yacine, apporte lui aussi des précisions sur la santé mentale. « Soixante-dix pour cent des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans sont isolées et pourtant, ce sont les adolescents qui sont de plus en plus touchés en Mayenne par l’isolement. »


Tout n’est pas perdu


Selon Solange Connan « la consultation a très bien marché en Bretagne. On a pointé les problèmes, les besoins. Par exemple, à Carhaix, il y a eu les cahiers de doléances. C’est aussi une façon de prendre en compte, d’intégrer les patients. Et avec les expériences de Carhaix, Saint-Brieux et Guingamp cela a permis d’obtenir une photographie et de se réorganiser. »

Dans le public, une personne fait remarquer que toutes les Infirmières diplômées d’État (IDE) ne souhaitent pas devenir Infirmières en Pratique Avancée (IPA), surtout s’il y a un souci avec le financement. Sans oublier que certains médecins ne sont pas favorables aux IPA. Gwendoline Galou, répond : « Pour être IPA, il faut faire deux années de plus. C’est bien pratique pour suivre les maladies chroniques. Et il faut que les populations sachent ce qu’elles reçoivent comme aide auprès des IDE et des pharmacies, d’autant plus qu’il y a les téléconsultations». Solange Connan confirme que les IPA sont mal acceptées par les médecins. Le docteur Yacine lui, rapporte que les IPA en Centre hospitalier, ça se passe pas trop mal. Dans le public, on renvoie les difficultés des IPA aux relations avec les médecins libéraux.

Le docteur Yacine sur la liste de Samia Soultani Vigneron semble bloquer sur l’action syndicale. Visiblement ça passe mal. C’est oublier que dire les choses permet de prendre date, faire remonter des difficultés de terrain, tenter d’y remédier.

Tout d’abord, explique-t-il, « exiger des étudiants après onze ans de formation, une obligation d’installation n’est pas rédhibitoire mais il va falloir mieux payer les professionnels. De plus, les nouveaux praticiens sont très syndiqués et actionnent facilement leur droit de retrait [droit pour un médecin de refuser d’exercé sans pour autant mettre la vie du patient en danger, NDLR]. Et puis, le centre hospitalier de Laval ne va pas si mal globalement. Mais il existe des forces qui bougent, beaucoup et plus fort que les autres. Par contre, cela porte préjudice à l’hôpital parce que cela met en lumière les difficultés locales. Parce que l’hôpital dispose de spécialités tellement cotées qu’il croule sous les demandes de médecins alors qu’il n’y a pas de poste à pourvoir. De plus il existe de nouvelles qualifications qui apparaissent telles que « docteur junior » ( en fin d’internat), des « assistants » (médecins), des « chefs de clinique de territoire » plus orientés vers la recherche en plus des soins. Ces nouvelles compétences et qualifications méritent de monter en puissance. » explique-t-il.

Donc, tout n’est pas perdu mais rien de peut s’arranger sans une forte volonté politique … et aussi populaire …⬛


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