Municipales Laval : l’objectif fatidique de la barre des 10 % – par Thomas H.

A Laval quatre des candidats en lice ayant participé à la soirée JCE - © leglob-journal.fr
Thomas Brisseau, Samia Soultani Vigneron, Florian Bercault et Kamel Ogbi, sur la scène de la salle polyvalente de Laval, quatre des candidats en lice ayant participé à la soirée JCE – © Photo leglob-journal.fr

Cinq listes à Laval comme en 2020. Mais avec cette fois une certaine incertitude pour le maire sortant pourtant bénéficiaire d’un bilan dont il n’a pas à rougir. Florian Bercault (DVG) peut compter sur la présence d’une liste RN conduite par le jeune angevin Thomas Brisseau. Une présence in extremis qui pourrait capter des voix à la candidate Samia Soultani Vigneron (DVD). Et quid de l’étiquette La France Insoumise et de son candidat Kamel Ogbi ?


Par Thomas H.


la belle lettre L sur leglob-journal

Le RN sera-t-il présent au second tour ? On peut l’entrevoir en raison de l’hégémonie du Rassemblement national dans les sondages. D’ailleurs Thomas Brisseau nous dit : « je serai au second tour et avec un score à deux chiffres » se référant à celui des élections Européennes tout en ne se hasardant pas à avancer un score.

Pour LFI qui n’a pratiquement pas fait campagne et a trouvé des noms pour sa liste au dernier moment, comme le RN, quelle sera son attitude ? Quant à la liste de Lutte ouvrière conduite par Martine Amelin, elle s’est créditée d’un score qui risque d’être, selon elle, bien inférieur à celui de 2020.

Il faudra en tous cas pour tous les candidats qu’ils obtiennent au moins 10% des suffrages exprimés au premier tour pour pouvoir se maintenir, dans le cas où aucune liste n’obtiendrait la majorité absolue au premier tour. C’est dans cette hypothèse qu’un second tour sera organisé. Des sièges seront finalement répartis à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne entre les listes ayant obtenu plus de 5% des suffrages exprimés. Le troisième tour réside dans l’élection du maire. Dix et cinq, ce sont donc deux nombres importants dans ce scrutin de liste proportionnel à deux tours avec prime majoritaire. 


Duel Droite-Gauche


Avec 53,44%, c’était une victoire, « nette, claire, et carrée », en 2020 pour Florian Bercault, le jeune maire qui devait déboulonner François Zocchetto et son adversaire Didier Pillon qui avait finalement pris la succession de ce dernier, au pied levé. Qu’en sera-t-il cette fois six ans plus tard ? On dit et on écrit qu’il est difficulté. Et on le répète. Ne s’agirait-il pas d’une prophétie autoréalisatrice ? A moins de lire dans le marc de café, difficile de s’avancer.

Dans son programme fourni, le mot Gauche n’apparait que deux fois sur les quinze pages, une fois pour « rive gauche » et en dernière page en faisant référence à la « Gauche unie« , beaucoup de partis mais pas le mouvement LFI. En 2020, le Covid et l’Affaire romaine avaient perturbé la campagne. Un peu plus de 800 voix seulement avait permis à Florian Bercault, diplômé de Sciences Po et d’HEC, ex-chef d’entreprise, de devenir un des plus jeunes maires de Laval. Cette fois les circonstances sont moins lourdes. Mais la campagne menée par la candidate de la droite et la présence d’une liste estampillée LFI peuvent s’avérer gênantes même si globalement on entend dire à Laval qu’ « il faut jouer la stabilité« , qu’il faut voter pour les modernes et pas pour ceux qui font figure de repoussoir.

Dans son meeting de fin de campagne, Florian Bercault s’est moqué de ses adversaires qui font appel à des figures nationales. Il était Place du 11 novembre en plein air pour saluer « cette place où il fait bon vivre en toutes saisons... »



Le maire sortant Florian Bercault (DVG) en meeting (12/03) – © leglob-journal.fr

A droite, cette fois la principale menace de Florian Bercault est une femme. Elle vient de la candidate Samia Soultani Vigneron (SSV) qui nous a dit en début de campagne qu’elle avait « rien à perdre et tout à y gagner » . Elle se présente officiellement comme étant candidate de la « droite et du centre« . Mais on a vu au cours de la campagne que le MoDem qui incarne un des principaux partis du centre en Mayenne l’a lâchée après que Samia Soultani-Vigneron ait révélé sa liste. « À la lecture de cette liste, je ne perçois aucune orientation nouvelle. Au lieu de la rupture attendue, nous assistons au retour d’anciens colistiers issus des Républicains. Hormis quelques rares exceptions, cette composition semble davantage motivée par une revanche à l’égard de certains dissidents que par un projet d’avenir. C’est regrettable, car une véritable liste de renouveau aurait pu voir le jour. » avait écrit Michel Cosme sur leglob-journal.fr.

Avec un marqueur sécuritaire très appuyé, la tête de liste de la droite républicaine a d’emblée choisi comme stratégie politique de mettre en avant l’insécurité comme axe de campagne principal en cherchant selon ses opposants à flirter avec les électeurs de l’extrême droite. L’affiche qui a fleuri sur les murs de Laval cherchant à démontrer ce qu’on pourrait appeler une « connivence idéologique » et appelant les électeurs à un « vote commun » , en a été le révélateur. Concernant son marqueur sécuritaire fortement mis en avant, elle annonce que « la masse salariale des policiers municipaux passera de 1% à 5 % » et qu’elle souhaite les armer d’armes létales. Mais elle se défend de tout amalgame avec l’extrême droite, ce qu’elle a redit au cours de son meeting à la salle polyvalente devant, selon le service de sécurité que leglob-journal.fr a questionné, 400 personnes.



Samia Soultani Vigneron en meeting (12/03) – © leglob-journal.fr

En 2014, elle avait en tant que Premier adjoint très souvent suppléé François Zocchetto trop de fois retenu au Sénat. Elle qui était « le feu » comme elle a redit au court de son meeting et lui « l’eau » … L’ancien maire (UDI) était présent au coté de Samuel Tual, le vice-président et Trésorier du Medef, le sénateur Guillaume Chevrollier (LR), le député Yannick Favennec (et son épouse) mais aussi les maires Philippe Henry (Château-Gontier), et Yannick Borde (Horieons)(Saint-Berthevin), Vincent Saulnier ,(UDI, vice président au Département, et comme il se doit le président de son comité de soutien Olivier Richefou, assis juste à coté de SSV. Le banc et l’arrière banc des élus conservateurs de la Mayenne qu’elle s’est félicitée d’avoir pu rassembler. Géraldine Bannier (MoDem) ainsi que Valérie Hayer (Renaissance) étaient absentes. « Je ne fais pas de politique pour exister ni par revanche » a-t-elle lancé. Mais il est paradoxal de se positionner en challengeuse du maire de gauche sortant et de laisser penser qu’il n’y a pas de revanche à prendre sur le passé quand elle était en responsabilité et qu’elle convoque souvent, ni sur l’adversaire politique qu’elle combat.


La belle "brochette" des élus de Droite "rassemblés" par SSV lors de son meeting - © leglob-journal.fr

La belle « brochette » des élus de Droite « rassemblés » par SSV lors de son meeting – © leglob-journal.fr

Sur des thèmes souvent avancés par l’extrême droite, elle a révélé devant l’assemblée que « Nous fêterons Noël, nous ferons un concert de Noël et nous fêterons aussi le printemps... » Autant de thématiques que la gauche n’explore pas. Enfin Samia Soultani Vigneron a annoncé dans le domaine de l’attractivité de la ville : « Bientôt nous aurons à Laval un festival international de dessin animés, nous y travaillons... »

En 2020, Samia Soultani Vigneron était sur la liste de Didier Pillon qui avait perdu l’élection. Mais ce dernier avait estimé ne pas avoir démérité au lendemain du premier tour : « Je m’étais fixé comme objectif avec ma liste de faire au moins 40 %. On les a atteint, on a fait presque 41 % avec cinq listes, je trouve que c’était un beau score, n’étant pas en plus le candidat sortant et ayant été préparé à cette élection trois mois plus tôt » relatait leglob-journal.fr. Didier Pillon estimait qu’entre la gauche et la droite aux municipales « Le choix […] est binaire » . Et si l’on transpose cette analyse à 2026, le contexte politique n’est plus tout à fait le même. Il fauit compter avec une autre force celle du RN qui complexifie les parametres de l’élection pour la Droite. Alors quel sera le score de celle qui nous dit sous les applaudissements de la salle polyvalente : « Je serais la maire de tous les Lavallois » . L’extrême droite qui a souhaité et réussi à se dédiaboliser, – le candidat du RN porte la cravate et s’exprime correctement – a vu ses scores fortement grimper dans les derniers scrutins. Les Européennes et les législatives anticipées. Le RN pourrait se retrouver en capacité d’être au second tour. En coulisse SSV nous confie son intention de ne pas tergiverser dans cette configuration face à l’extrême droite. Ira-t-on vers un accord ou une fusion ? « Je l’ai toujours dit, nous dit-elle, la réponse est non, quitte à perdre l’élection ! »


« Gaulliste »


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Le tract qui dicte de « remettre Laval en ordre » déposé dans la boite aux lettres de France Terre d’Asile qui vient en aide aux migrants – capture écran réseaux sociaux

« Remettre de l’ordre à Laval » , c’est un des slogans de Thomas Brisseau. Pour les besoins de sa liste Le rassemblement à Laval, il l’a fait imprimer sur des flyers distribués dans les boites aux lettres de Laval. Parfois choisies délibérément. On y voit derrière lui Marine Le Pen et Jordan Bardella tout sourire. A 26 ans, le jeune délégué départemental du RN en Mayenne est un Angevin parachuté à Laval, en provenance du Maine et Loire où il s’est présenté aux Législatives en réalisant un joli score au second tour, 26,30%. Thomas Brisseau brigue le poste de maire selon la stratégie du RN qui cherche à s’ancrer dans les territoires. Pour ce faire, il déroule ses idées sous l’étiquette RN et se défend face à leglob-journal.fr d’être d’extrême droite.

« Je suis plutôt un gaulliste » avance-t-il avec conviction. André Malraux le ministre du Général disait justement : « Tout le monde a été, est ou sera gaulliste.». Aucune allusion raciste ou autre publiquement. Thomas Brisseau s’exprime plus comme un candidat LR qu’un « gars du RN » faisait-on remarquer récemment à la rédaction de leglob-journal.fr. Avec comme objectif : créer la confusion dans l’électorat lavallois. Il se présente à la tête d’une liste du parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, le RN, qu’il a bouclée in extremis – comme Kamel Ogbi (LFI) – alors que de nombreux adhérents disent de lui quil a fragilisé son propre camps en Mayenne en arrivant du Maine et Loire et en cristallisant contre sa personne une grande partie de la fédération mayennaise.

Sur le bouclage de sa liste, « On a fait du porte-à-porte pour trouver le nombre de colistiers nécessaire et j’ai promis que je parlerai pour eux, c’était la condition pour la signature sur la liste. » devait-t-il déclaré à Ouest France (03/03) … Si la liste arrive à obtenir la majorité et s’il est élu, le délégué départemental du Rassemblement national aura peut-être plus de mal cette fois à convaincre les trente-trois premiers noms à siéger… En réponse à une interrogation dans une brève de campagne de leglob-journal.fr qui questionnait sur la légalité des prénoms et noms changés pour certains des candidats de sa liste, il nous a répondu par SMS que pour lui il est « évidemment légal d’utiliser n’importe quel prénom présent sur la Carte nationale d’identité ainsi qu’au choix, le nom de famille ou le nom de jeune fille. De nombreuses listes font ça depuis des années… S’il y avait le moindre doute concernant la légalité, la liste n’aurait pas été acceptée par la préfecture » …

« Je serais au second tour et avec un score à deux chiffres » a-t-il indiqué à leglob-journal.fr. S’il arrive à pouvoir se maintenir, ira-t-il seul ? Cherchera-t-il à fusionner avec la liste de Samia Soultani Vigneron ? Autrement dit verra-t-on l’union des droites se concrétiser à Laval ?


Issu de la majorité Bercault


Pour la gauche radicale, Kamel Ogbi a été désigné dans de drôles de circonstances par les instances parisiennes du mouvement LFI. Issu de la majorité du maire sortant à la suite de la fusion de la liste d’Isabelle Eymon avec celle de de Florian Bercault, Kamel Ogbi « n’a pas honoré les valeurs du mouvement en prenant la parole en conseil municipal » relate à leglob-journal.fr un insoumis étonné par son parcours depuis sa désignation par les instances de Jean-Luc Mélenchon.

Le candidat reste insaisissable. Il continue de ne pas répondre au téléphone de leglob-journal.fr alors qu’il avait promis de le faire, dans les coulisses, après la soirée de la Jeune Chambre économique, où il s’était assez bien sorti de l’exercice imposé par la JCE… Mais les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, c’est bien connu… La presse quotidienne relatait bien avant la soirée de la Salle Polyvalente (Ouest France 02/03/26) : « Si Kamel Ogbi est encarté à La France insoumise (LFI), sa liste est officiellement de gauche, mais sans étiquette précise. Ce à quoi Kamel Ogbi répondait : « Mais nous sommes soutenus par LFI, et partageons leurs valeurs. Même si certains d’entre nous ne sont pas d’accord sur l’ensemble de leur programme » […].


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Lors du meeting de Florian Bercault en plein air Place du 11 novembre aux cotés de Guillaume Garot député PS – © leglob-journal.fr

Le candidat étiqueté LFI qui a fait une campagne minimaliste avait déjà dit qu’il estimait pouvoir faire plus de 10% au premier tour, en espérant contraindre la liste menée par Florian Bercault à la fusion pour un second tour en souhaitant reproduire le scénario de 2020… Mais dans l’entourage du maire sortant, on redit fermement qu’il n’en est pas question. Et on rappelle que LFI n’a pas fait parti du tour de table pour constituer la liste Laval à venir en vue du premier tour. Et que dans ces conditions… ⬛


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