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Comment évolue le dossier du collège Fernand Puech ? Fin juin 2016, le président du conseil départemental suspendait sa décision de fermer à Laval le collège Fernand Puech pour la rentrée 2017. Cette suspension, telle une épée de Damoclès, doit permettre selon ses termes « une large concertation avec les instances concernées par l’établissement  ». C’est ce qu’on appelle « un comité de pilotage ». Qu’en est-il réellement ? Comment s’est passé l’été avec cette décision qui a ébranlé et surpris Laval et l’agglomération lavalloise ? Leglob-journal fait le point sur ce dossier.

- Par Marc-Henri Pamiseux*

uel est notre véritable pouvoir d’action dans ce comité de pilotage ? Quels en sont véritablement les objectifs ? Le conseil départemental de la Mayenne l’a créé et l’a déjà réuni deux fois.

Cette instance regroupe les membres du conseil d’administration du collège ; six représentants des parents d’élèves pour les écoles primaires concernées et autant pour le collège ; les maires des communes d’Argentré et de la Chapelle-Anthenaise ; mais aussi le Dasen, le Directeur académique des services de l’Éducation nationale et des représentants de la collectivité départementale. Le tout présidé par Michel Hervé, retraité d’un poste de principal d’un collège public de Château-Gontier et vice-président de la commission économie, emploi, éducation et développement local.

La composition est imposante et pourtant deux personnalités importantes manquent aux réunions : le Dasen lui-même et le représentant de la mairie de Laval. Le directeur académique, Denis Waleckx, s’il se fait représenter au comité de pilotage, n’a pas encore daigné assister lui-même à ces réunions. Il était pourtant venu nous présenter la décision de fermeture au collège Fernand Puech lors du conseil d’administration extraordinaire. Depuis, il semble éviter ces assises.

En se réunissant tous les deux mois, cette assemblée a pour objet d’analyser le devenir du collège. Mais comment trouver des arguments à une question aussi saugrenue « faut-il fermer un collège public en centre ville de Laval ? »

Lors de la première étape, ce groupe a été missionné pour analyser des appels d’offres : l’un à propos d’une étude prospective sur les effectifs des collèges publics lavallois ; l’autre pour une étude sur les conditions techniques et financières de la réhabilitation du collège Fernand Puech.

Ces deux dossiers nous ont étés présentés lors de la première réunion du comité. C’était le 04 juillet 2016, pour se mettre d’accord sous dix jours, à la fois sur les termes et sur le fond. La procédure d’appel d’offre devait alors être lancée pendant les vacances estivales. Une première analyse des réponses devait ainsi se faire dès la rentrée.

Aller vite

Le premier point de désaccord, ce fut le calendrier. Il est entendu par les protagonistes que la recherche du consensus va être longue et besogneuse. Pourtant le conseil départemental de la Mayenne nous dicte manifestement un tempo trop court que nous ne pouvons pas accepter.

Pourquoi, nous sommes-nous interrogés s’empresser de nous faire valider sous dix jours de complexes dossiers d’appels d’offres ? De fait, notre premier acte a été de reporter cette décision et de réunir à nouveau le comité de pilotage pour le 30 août 2016, après un été studieux.

Nous, les parents d’élèves, avons échangé pendant les congés et nous sommes réunis afin d’analyser le contenu de ces deux dossiers accompagnés du « fameux » rapport Socotec. Daté déjà de deux ans, il a généré tant d’interrogations qu’il mériterait plutôt l’adjectif de fumeux. Il décrit en effet, dans un bon tiers de son volume, les problèmes de conformité du gymnase pour un montant de plusieurs centaines de milliers d’euros. Or cet établissement appartient à la mairie de Laval qui en assure la gestion. Il n’a donc rien à voir avec le collège.

Ce rapport fait également état de travaux dont le chiffrage peut laisser rêveur bon nombre d’artisans : « 174 700 € pour rendre les planchers situés au-dessus de la chaufferie avec une résistance au feu de plus d’une heure  ». Admettons. C’est une affaire de spécialiste, mais techniquement, quelques plaques de Placoplatre anti-feu ne pourrait-il pas suffire ? Le mérite de ce dossier, de ce rapport en fait, c’est qu’il souligne les dysfonctionnements d’entretien de l’établissement et permet de nous interroger un peu plus quant aux raisons de son commanditaire.

Notre seconde décision a été de demander un peu plus de visibilité dans la manière d’organiser le comité de pilotage. Nous avions été surpris à la première assemblée de constater un manque flagrant de méthode et de formalisme. C’est pourquoi, nous avons souhaité qu’il y ait pour cette seconde rencontre, non seulement un énoncé clair de l’objet de la réunion, mais la signature d’une feuille de présence indiquant la liste des présents, des absents, des excusés et des remplacés.

Nous avons réclamés aussi la mise en place de chevalets permettant aux interlocuteurs d’identifier les participants ; un choix clair et annoncé du secrétaire de séance et la formalisation d’une charte rédactionnelle avec la rédaction d’un compte rendu factuel et neutre qui sera diffusé aux participants puis approuvé par l’ensemble du comité avant une quelconque publication ou archivage.

Cela peut paraître anecdotique mais ces critères nous ont semblé importants pour respecter une démarche républicaine et objective. Caius Titus disait au Sénat romain « verba volant, scripta manent  », les paroles s’envolent, les écrits restent. Gageons que cet adage de deux mille ans puisse garantir le sens de nos débats.

u cours de cette réunion de travail, nous avons été amenés à formuler beaucoup de corrections et d’objections à propos des deux cahiers des clauses particulières des appels d’offres. Question : pourquoi lancer simultanément deux appels d’offres quand les résultats du premier serviront à analyser puis définir les besoins du second ? Une grande partie de nos reformulations ont, cependant, été validées par le conseil départemental. Mais au lieu de nous apaiser, cela aiguise nos soupçons.

Car tout dans ce dossier Fernand Puech s’est enlisé dans une crise de confiance. Depuis une décision, passée presque unilatéralement par le président du conseil départemental, puis annoncée en catimini par un opposant politique jusqu’à la mise en place d’un comité de pilotage, dont les avis ne serviront qu’à titre consultatif aux conseillers départementaux, le doute ne fait que de s’amplifier.

Dans le bulletin départemental Horizons 53 comme dans la presse locale, il a été fait des annonces qui n’ont jamais été publiquement démenties. En aparté, elles ont pourtant été reconnues comme fausses par le président de l’assemblée départementale Olivier Richefou. Un conseil départemental qui évoque tantôt 26 collèges mayennais puis 27, arguant que le collège manquant est financé par la région puisqu’il s’agit d’une cité scolaire (collège-lycée), celle d’Évron. L’art et la manière de présenter les chiffres dans le sens qui arrange le mieux !

Le rapport SOCOTEC paru en septembre 2014 sous-entend que l’école était dangereuse pour les collégiens. Alors pourquoi avoir attendu deux ans pour évoquer cette soudaine dangerosité ? Le 27 avril 2016, la commission de sécurité donnait un avis favorable à la poursuite des activités de l’établissement. Tiens, puisque j’en parle, cet avis a été accompagné d’un certain nombre de prescriptions et un arrêté municipal demande à les faire réaliser dans un délai de trois mois. Pourquoi le conseil départemental a-t-il refusé de financer la réalisation de ces travaux dans le délai imparti ?

Des contradictions

On nous rétorque qu’il n’y a pas lieu de faire ces travaux puisque nous pourrions par la suite les reprocher au conseil départemental, si le collège était amené à fermer. Cela étant, le principal de l’établissement a reçu, de la part de la mairie de Laval, une injonction d’effectuer les travaux prescrits, sous six mois. Le montant de ces travaux est encore à définir, mais il serait estimé entre dix et vingt mille euros. Est-ce au collège de financer ces travaux ? Dans un tel cas, avec quels moyens ?

Nous ne comprenons toujours pas ce jeu du chat et de la souris entre notre instance et le Département. En fait, il me semble que tout cela est fait pour miner notre confiance, mais je ne peux que constater que c’est l’opposé qui se produit. Tout cela renforce notre position.

Je me pose souvent la question de connaître notre rôle dans cette histoire ? Faisons-nous office de pot de fleur embellissant les frasques du conseil départemental ? Et sommes-nous de simples faire-valoir ou des « tout juste bons aux fers » ? Qu’importe notre ego, nous avons foi dans le bien-fondé de cette mobilisation et nous avons le soutien de nombreux Lavallois dans cette action de résistance.

Oui résistance, car le peuple de la cité voit bien le rôle important de ce petit collège de centre ville. La municipalité prévoit, à juste titre, un réaménagement important du quartier de la gare afin de maintenir le dynamisme et l’attractivité du centre-ville de Laval. Fernand Puech va donc dans le sens communal puisqu’il devient le plus proche collège public du plus important projet d’urbanisation de la ville, de l’agglo et donc du département. Les investisseurs privés, qui vont bâtir une grande partie de ce projet de ZAC (zone d’aménagements concertés), tiennent probablement compte de ce critère géographique dans leurs arguments de vente immobilière. Dans le quartier de la gare le service public n’est pas mort, il reste encore un collège !

Le 02 septembre 1792, alors que l’on croit l’arrivée des soldats Austro-Prussiens imminente sur la ville de Paris, Danton réveillera les citoyens armés avec une formule devenue célèbre : « Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée. ».

*Marc-Henri Pamiseux est membre du comité du pilotage. Cet article a été rédigé en concertation avec les parents d’élèves.


1 commentaire
  • Collège Fernand Puech : vous avez dit comité de pilotage ? 7 octobre 2016 18:29, par marrie de Laval

    En général, un élu, quand il veut maintenir quelque chose en place, il ne demande rien à personne, il fait. Quant il s’agit de détruire, aussi. Votre comité parait être un artifice pour laisser le temps agir, pourrir la situation, décourager les parents.

    Bon courage.

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Collège Fernand Puech : vous avez dit comité de pilotage ?

Publié le: 7 octobre 2016
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