Manifestation du 1er mai en 2022 à Laval avec des fumigènes – Archives leglob-journal.fr
Tribune
Par Abdel Hadoudy*

Certains parlent de fête du travail, d’autres le voient comme l’occasion d’offrir ou de se parer d’un brin de muguet, alors que d’autres y voient une insouciante fête qui donne la possibilité de vacances supplémentaires. C’est surtout un moyen politique pour les organisations syndicales et la gauche démocratique pour exprimer revendications et stratégies.
Que signifie cette journée et quels sont les artifices utilisés par les détracteurs pour invisibiliser ouvertement les revendications ? Tous les coups sont calculés par une certaine classe politique qui œuvre pour le recul du droit du travail. Pour mieux comprendre les raisons de cette journée où le travail est fêté en cessant de travailler, opérons un retour sur notre histoire.
Pour commencer, il me semble important de revenir sur la date du 1er mai. […] En 1886 les ouvriers américains réclament une journée de travail limitée à 8h. Cette journée de revendications s’est vue tragiquement marquée par l’explosion à Chicago d’une bombe et de tirs dans la foule. Parmi les victimes: des policiers et des manifestants. L’injustice a continué et s’est poursuivie par la condamnation à mort, le suicide ou encore l’emprisonnement à vie de manifestants (lire le récit Haymarket de Martin Cennevitz sur les origines du 1er Mai ).
Pour les américains, c’était une occasion de commémorer les événements de Chicago de 1886. Mais, cette date ne plaît pas à une certaine classe américaine qui craint de raviver les souvenirs d’injustice sociale et de répression des grèves. L’argument était suffisant pour que le président Grover Cleveland décide d’imposer le Premier Lundi de septembre en lieu et place du 1er mai. Mais la répression et l’injustice continuent les années suivantes, comme en témoignent la condamnation et l’exécution à tort de Sacco et Vanzetti pour ne citer que cet exemple.
En France, nous ne le connaissons pas. On ne nous a jamais cité son nom, ni au collège ni au lycée, mais c’est à Raymond Lavigne que revient cette victoire arrachée. Ce syndicaliste bordelais est à l’origine de ce précieux leg, faire de ce 1er mai à la fois un jour chômé et payé. Lavigne a été soutenu par Jules Guesde, qui était à la tête à l’époque du parti ouvrier. Ainsi, il est convenu ce 20 juillet 1889 de faire du 1er mai une journée de revendications pour la réduction du temps de travail à 8h. Cette décision rejoint l’option choisie par la fédération américaine du travail prise en 1888 et qui fixe le 1er mai 1890 comme journée nationale.

A partir de 1890, la quasi-totalité des états adopte cette date du Premier mai, non sans opposition et sans répression… «
A partir de 1890, la quasi-totalité des états adopte cette date du Premier mai, non sans opposition et sans répression… Mais le cheminement du droit du travail a eu raison des opposants, ces derniers n’ont plus que l’invisibilisation comme arme par la communication et l’abus de langage dont ils feront usage en faisant preuve de créativité et de malice.
Églantine ou muguet à vous de choisir
Mais que murmure notre histoire à nos oreilles ? La tragédie de ce 1er mai de l’année 1891, à Fourmies, dans le Nord (France) à été largement documentée. J’encourage mes amis Ch’ti’ Mi à redonner l’importance qu’elle mérite à cette journée et en profiter pour raviver l’Églantine. Cette manifestation a tourné au drame. On a tiré sur la foule, dix personnes dont deux enfants sont tombées. (voir la Fusillade de Fourmies). Ce drame a renforcé le militantisme, il s’est enraciné profondément dans la tradition de lutte, pas seulement dans “le nord des Ch’ti” mais partout en France et il a gagné toute l’Europe.
Depuis cette date les militants arbore une églantine, fleur traditionnelle du Nord, en souvenir de Maria Blondeau, qui fut assassinée dans le massacre de Fourmies, morte avec un bouquet de fleurs sauvages à la main. Ensuite, c’est par un concours organisé par Paul Brousse que l’églantine devient la fleur du 1er mai. Quel coup de maître, il a même réussi à rendre hommage au poète Fabre d’Églantine.
Ce n’est qu’en 1919 en ce jour du 23 Avril que le Sénat français valide la journée de huit heures et fait du 1er mai une journée chômée. Il n’a fallu pas moins de 30 ans aux politiques français pour « céder au prolétariat » .
Vous voyez ça ne date pas d’hier cette opposition au droit du travail, la preuve en est l’organisation toute récente de cette offensive médiatique et que je qualifie de “réac” menée contre le caractère chômé et payé du Premier mai, avec en avant garde le syndicat de la boulangerie. Et puis vint cette proposition des sénateurs centristes soutenus par le gouvernement illégitime ainsi que le silence de la droite rose. Non ! On ne travaille pas le Premier mai, sauf ce qu’on appelle les métiers à vocation de continuité de service pour l’intérêt général. Quant au pain, on peut toujours en avoir chez soi d’avance pour un jour.
Le régime de Vichy étant au pouvoir, il ne lui fallait surtout pas rester sans rien faire le Premier mai. En 1941, Pétain cherche le soutien des ouvriers, comme en témoignent les propagandes cinématographiques de l’époque en image et en paroles. Il use d’un abus de langage et parle d’ « espérances et de joli mois de mai« , d’organisation de cirque et de jeux et associe le secours national qui vendra ses médailles officielles le jour du Premier mai. Il faut le faire savoir, c’est ce régime qui nommera le Premier Mai “ Fête du travail” s’empressera même de remplacer l’églantine par le muguet dont il permettra la vente libre ; l’églantine rouge écarlate étant trop rouge au goût du gouvernement de Vichy et symbolise l’ héritage de la révolution française et la couleur de la lutte ouvrière.
Pétain avait tous les pouvoirs, il ne reculait devant rien, comme en témoigne l’organisation de la journée du Premier mai documentée par ses instructions et données à tous les préfets ; comme cette directive : « il y a lieu de supprimer les défilés partout » et « il faut proscrire et le mot et l’esprit du cahier de revendications ».

Ce n’est qu’en 1919 en ce jour du 23 Avril que le Sénat français valide la journée de huit heures et fait du 1er mai une journée chômée. Il n’a fallu pas moins de 30 ans aux politiques français pour « céder au prolétariat » .
La légende raconte que les larmes versées par la Vierge Marie au pied de la croix auraient donné naissance aux fleurs de muguet en forme de clochettes blanches […] aussi des offices religieux se sont associés à cette journée, – je ne peux certifier que cela a été organisé par le gouvernement de l’époque – , mais les comptes-rendus des maires faits aux préfets relatent l’organisation d’offices religieux le Premier mai. Le combat pour la vraie laïcité ne date pas d’aujourd’hui. Et il est organisé méticuleusement l’exclusion des syndicats et des partis politiques qui se joignent à l’organisation des revendications du Premier mai.
Pour finir ce petit rappel historique, ce n’est qu’en avril 1947 que le Premier mai est ré-institué comme jour chômé et payé à la suite à la proposition socialiste de Daniel Mayers, soutenue par Ambroise Croizat, créateur de la Sécurité sociale. L’expression, “L’être d’un être est de persévérer dans son être” se voit confirmée. (Spinoza, le Conatus)

La manif du 1er mai 2022 à Laval en Mayenne – Archives leglob-journal.fr
Premier Mai 2025
Ce Jeudi 1er mai 2025 doit être une réponse forte d’unité et de rassemblement Mais il n’en reste pas moins que le combat pour les droits de nos jours est encore plus difficile. Il rencontrera davantage d’opposition et de malice de la part d’une minorité. Le gouvernement actuel, nommé par Macron – en dépit de la volonté du peuple seul souverain – profite de la crise pour faire reculer graduellement l’État de droit et veut nous engager dans une économie de guerre en nous imposant une économie austéritaire.
Ce sont les 30 millions de travailleurs qui créent la richesse de notre pays, et c’est la consommation populaire qui représente près de la moitié du PIB. Nous devons prendre conscience du pouvoir qui est le nôtre et l’opposer par notre unité aux minorités assoiffées de pouvoir et d’argent dont les mains ne tremblent pas quand il s’agit de réduire le train de vie des plus modestes.
Ce Jeudi Premier mai, mobilisons-nous contre la guerre sociale et pour l’unité du peuple français quelque soit sa couleur de peau, son intime cultuel. Mobilisons-nous pour la paix partout dans le monde et dénonçons les injustices sociales.
Pour cette journée de lutte et de revendications pour les droits des travailleurs, la majorité des français ont déjà exprimé qu’ils défendent l’abrogation de la réforme de la retraite avec un âge de départ à 64 ans, l’augmentation des salaires, le blocage des prix de l’énergie, la reconstruction des services publics par des investissements massifs. Soyons là pour nos droits. Nous ne lâcherons rien.
Quant à l’argent nécessaire, il faut le répéter et le crier haut et fort : Il y a 200 milliards d’argent des contribuables donnés en cadeaux à une minorité qui n’en a pas besoin. Rendez-vous ce jeudi 1er mai, mais sachons pourquoi nous serons là.
*Animateur d’un des quatre Groupes d’action des Insoumis sur Laval. Celui de Laval ouest.
