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Début juin 2018, plus de 50 communes en Mayenne (presque autant, à la mi-août viennent d’être reconnues en état de catastrophe naturelle ) ont été touchées par des inondations dues à des pluies d’une violence et d’une abondance rarement vues auparavant. La station Météo de Laval a relevé 35 mm de pluie rien que dans la nuit du 11 au 12. Les pompiers sont intervenus, notamment à la Brulatte pour des maisons inondées, au Genest-Saint-Isle pour une école ravagée et à Mayenne où l’hypermarché a dû être évacué. De nombreux cours d’eau sont sortis de leur lit, entraînant dans leur sillage des torrents de boue destructeurs qui ont trouvé un terrain imperméabilisé propice à leur déploiement. Pourquoi cela a-t-il été rendu possible ? C’est ce que nous explique sur leglob-journal Jean-Marc Lalloz du Collectif Bocage 53.

Par Jean-Marc Lalloz*

Pour le Collectif Bocage 53 en cours de création, les inondations qui ont suivi ces précipitations hors normes ont été aggravées dans de nombreux territoires par la disparition des haies et des prairies constitutives du bocage.

Environ 400 kilomètres de haies sont supprimés chaque année en Mayenne, (50 seulement sont replantés) et, en 30 ans, la surface en herbe des Pays de la Loire a été divisée par deux. En effet, l’abandon de l’élevage par des éleveurs en faillite ou partant en retraite libère des terres récupérées par les grosses exploitations qui convertissent des pâtures séculaires en cultures céréalières industrielles (blé, maïs) [Ce qu’on appelle la céréalisation, NDLR] entraînant la suppression de haies et de talus afin de faciliter les manœuvres d’un matériel de plus en plus lourd. On veut faire place nette et aller vite. [Dans certaines régions de France l’absence d’arbre sur des terres céréalières va jusqu’à entrainer des phénomènes de mini-tornades].

Des conséquences dommageables

Le ruissellement est fortement accéléré. Les précipitations qui s’abattent sur ces espaces, souvent pentus, ne trouvant plus de rempart pour les retenir ou les filtrer, induisent des phénomènes érosifs incontrôlés et des coulées de boue proportionnels à leur violence. Ces flux charrient des tonnes de terre ainsi perdues pour les sols vers les cours d’eau et la mer avec leurs résidus d’engrais et de pesticides. Ces phénomènes seraient fortement réduits si l’on pérennisait les haies encore existantes et plantait des haies perpendiculairement à la pente ou en sommet de talus.

Coulée de boue à Saint-Aubin-Fosse-Louvain en Mayenne - © Bocage 53

Les haies travaillent pour la collectivité : prévention de risques naturels et biodiversité. Point besoin d’être grand clerc pour affirmer que ce qui s’est passé les 9 et 11 juin va se répéter. Le réchauffement climatique démultiplie l’impact des précipitations. Écologiste ou pas, c’est une nouvelle donne que notre société rurale doit intégrer. Nous ne pouvons plus nous contenter de déclarations d’intentions, lieux communs se limitant à prôner une préservation esthétisante du bocage, du style « paysage identitaire de la Mayenne ».

Le bocage, ses haies et ses prairies, constituent un patrimoine qui "travaille" gratuitement pour la collectivité. Les haies œuvrent non moins pour notre sécurité sur les routes et dans les villes et villages en contenant ruissellements et boues. Que les usagers et les entreprises d’entretien en prennent aussi conscience ! Au-delà de contribuer à la prévention des risques naturels, le bocage est une aire de biodiversité alternative à des espaces privés de vie (adieu les vers de terre…), il est l’habitat et le garde-manger d’une multitude d’espèces dont nos précieux insectes pollinisateurs.

Nécessaire prise de conscience générale

Nous en appelons à une prise de conscience, parce qu’il y a urgence. Mais attention ! La réponse à la question doit, selon nous, être collective. Il ne s’agit pas d’accabler une profession, celle des agriculteurs, qui supporte mal le poids de la réglementation et sa vulnérabilité économique. Les élus doivent prendre le problème à bras le corps. Il faut lancer un véritable programme de réhabilitation du bocage.

En Mayenne, le soutien financier accordé par le Conseil départemental à la Chambre d’agriculture pour planter de nouvelles haies est insuffisant. 50 kilomètres de haies sont plantés, grâce aux subventions. C’est peu, car il faudrait replanter autant qu’on arrache. D’autant que le ruissellement s’est accéléré depuis la destruction du bocage dans les années 70 : il fallait 10 jours auparavant, 3 jours seulement actuellement pour rejoindre la rivière Mayenne.

Il faut aussi mieux intégrer le bois-énergie en veillant aux dérives qui risquent de se reproduire ça et là en Mayenne. On ne saurait tolérer à cet égard la moindre spéculation, telle celle de sociétés quasi-mafieuses convaincant des propriétaires crédules de couper impunément des chênes séculaires, payés à prix d’or à l’exportation…Cela n’est pas admissible alors que les arbres, fixant le carbone, contribuent à réduire l’effet de serre. Pérenniser dans un premier temps, puis reconstituer la ressource que constitue le bocage en Mayenne est donc primordial : autant dire qu’il y va de l’intérêt général.

*Jean-Marc Lalloz est cordonnateur provisoire du Collectif Bocage 53 qui est en cours de création. Ce texte a été écrit à plusieurs mains, et approuvé par le Collectif Bocage 53 - Pour entrer en contact avec lui : collectifbocage53@outlook.fr


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Par Jean-Marc Lalloz : Préserver le bocage pour éviter les inondations

Publié le: 20 août 2018
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