Laval, ville et agglo, installe de nouveaux moyens de pouvoir – par Thomas H.

L'hôtel de ville de Laval en Mayenne mis en lumières en 2020

La ville de Laval recrute son « Directeur de la communication externe et interne », pour une prise de fonction envisagée le 1er mars 2021. Curiculum vitae et lettre de candidature sont à adresser avant le 17 janvier 2021. En se séparant de son directeur général des services (DGS) Benoît Lion, la nouvelle majorité emmenée par Florian Bercault, classique, a recours au système dit « des dépouilles ». Et de l’autre coté, elle ajuste en recrutant un directeur de la communication Agglo et ville…

Un DGS et un dir-com qui devront travailler ensemble

Par Thomas H.


la belle lettre L sur leglob-journal

Le conseil municipal avait été clos par le maire Florian Bercault, mais dans l’opposition une voix s’était élevée, de façon non réglementaire, pour reprendre la parole. C’était celle de Didier Pillon qui trouvait « un peu juste, Monsieur le maire, la façon d’annoncer le départ du DGS ». Sans lui rendre un hommage « pour le travail accompli ». L’élu réclamait qu’un esprit républicain puisse être invoqué pour saluer le départ de Benoît Lion, le DGS de la ville de Laval par ailleurs adjoint aux grands projets et à la démocratie locale sur la liste de Philippe Henry, le maire de Château-Gontier-sur-Mayenne. DGS, c’est une fonction soumise à renouvellement avec tout changement politique de majorité. Tous ceux qui ont rempli cette fonction le savent pertinemment.

DGS, Directeur de cabinet, chef de cabinet, ces emplois stratégiques qui gravitent autour du maire-président et dans un premier cercle sont soumis à changement, parfois en cours de mandat, et sont rarement stables. David Ouvrard a, par exemple, fait ses valises au lendemain de la victoire de Florian Bercault. Le ou la titulaire sait qu’avec l’alternance, c’est souvent, comme on dit, « la fin des haricots ».

« Benoît Lion a été déchargé de sa fonction par le maire… » note cet observateur aguerri qui ajoute, même : « débarqué », alors qu’on lui avait demandé de continuer à travailler pendant l’été, au lendemain de l’élection. « Loyal » il avait accepté. Le motif invoqué pour décharger un DGS de sa fonction ? Dans la majeure partie des cas, c’est « la perte de confiance ». Ou bien l’impossibilité de continuer à travailler avec un agent de la fonction publique territoriale qui a œuvré sous « l’Ancien régime », comprenez sous l’impulsion d’un maire d’avant ou bien encore le besoin de recruter un homme ou une femme en qui la confiance est totale. La décharge de fonction de Benoît Lion a été annoncée par Florian Bercault, d’abord en conseil communautaire et puis en second lieu en conseil municipal. Comme c’est l’obligation.


Pas de commentaire


Sollicité par leglob-journal, Benoit Lion n’a pas souhaité s’exprimer sur cette fin de service annoncée. Parce que DGS, Benoît Lion était aussi directeur de publication de « Avec Laval Agglo », le bulletin de l’agglomération de Laval distribué dans les boites aux lettres des 34 communes que compte la collectivité territoriale. C’est le futur DGS qui sera en relation avec le futur Directeur de la communication Agglo et Ville.

« Avant d’être un exécuté, un DGS peut être un exécutant ou un exécuteur.(…) » écrivait Le Vecteur libre, le blog de FO, syndicat majoritaire à la ville de Laval, à propos d’Eric Guillou, le DGS de Guillaume Garot à la mairie de Laval, parti de façon précipitée au bout de trois ans et trois mois d’exercice en France à la Région Bourgogne Franche Comté. Le Vecteur libre qui animait la vie politique à Laval et ses environs avec ses révélations et ses commentaires ajoutait à propos de la fonction de Directeur général des services : un DGS doit « savoir d’emblée ce qui relève de la compétence des élus, et ce qui relève de celle des services municipaux. (…) toujours veillant au bon respect des rôles de chacun : le fonctionnaire est là pour préparer les décisions des élus et les mettre en œuvre, l’élu n’est pas un chef de service.(…) »

Didier Maignan, 64 ans, le directeur adjoint de la communication à la ville de Laval sera chapeauté en mars, en principe, d’un chef de service. D’un-e Directeur-trice de la communication. L’agglo de Laval recrute en effet un ou une dir-com qui prendra ses fonctions à compter du 1er mars 2021 et qui « a pour vocation à être mutualisé avec la ville de Laval au cours du premier semestre 2021. » raconte l’annonce de recrutement. Le poste en consultation est ouvert uniquement à une candidature émanant de la fonction publique territoriale, c’est à dire à un fonctionnaire. Le mari de l’ex-journaliste radio Isabelle Marchand élue sur la liste de Didier Pillon se réjouit. Il confie au Glob-journal : «  je milite depuis plusieurs années pour que la communication soit mutualisée, enfin c’est fait… et il ajoute : vous savez, la mutualisation était dans les tuyaux depuis plus de deux ans au moins…»


Sous Arthuis


Didier Maignan n’a pas toujours été « à la ville » comme on l’entend dire en ville, justement. L’ex-journaliste devenu communicant a été employé au conseil général de la Mayenne comme chargé de relations presse au cabinet du président Jean Arthuis : «J’étais le nègre du Président, c’est-à-dire que je lui écrivais des éditos… Cela faisait partie de la fonction ». C’est un poste qu’il a quitté en juillet 1998 pour prendre d’autres responsabilités au sein du Centre lavallois de ressources technologiques (CLaRTe).

Au cours d’une petite fiesta pour la passation de pouvoir au conseil général de la Mayenne, Jean Arthuis avait salué ce qu’il avait appelé les « qualités humaines » de son ancien collaborateur et exprimé toute sa gratitude pour les services rendus au Département. Didier Maignan, en retour, avait tiré un bilan qu’il avait qualifié de « très enrichissant » de ses quatre années passées au cabinet du président du conseil général. Il avait également précisé, qu’à son nouveau poste, chez ClaRTe, il s’engageait à rester selon ses dires « toujours au service de la Mayenne ».

Didier Maignan avait été remplacé par Jean-Christophe Gallien, un jeune trentenaire à l’époque, qui avait pris la direction de la communication au Département. Précédemment directeur de cabinet du président du conseil général du Puy-de-Dôme, Jean-Christophe Gallien avait également été un des chargés de mission de Valéry Giscard d’Estaing. Aujourd’hui, il est intervenant sur LCI, Cnews ou ailleurs, et à travers Zenon7 Diplomacy et Public Affairs, une agence de communication qu’il a co-fondée, il explique sur internet qu’elle « accompagne les entreprises, les gouvernements et les organisations non gouvernementales dans leurs stratégies de diplomatie et d’influence du local à l’international. »


« Résistant à l’alternance »


Didier Maignan émarge sur le magazine municipal de la ville de Laval en tant que « rédacteur en chef ». Créé sous l’ère de la gauche en 2008, le bulletin d’informations a tout de suite tranché, par sa qualité, avec celui qui était distribué aux Lavallois sous la municipalité D’Aubert. Sans commentaire. Il est perçu comme un « résistant capable de braver l’alternance ». Passé de la proximité d’Arthuis à la gauche de Guillaume Garot, quand ce dernier a détrôné François d’Aubert à la mairie de Laval en 2008, c’est en effet assez symptomatique. « Je reste, dit-il, très mesuré sur les notions de gauche et de droite. Entre la gauche sociale à la Garot, et le centre social à la Arthuis, il n’y a pas grand-chose de différent… » lance Didier Maignan qui sera resté en poste, contre vents et marées quand François Zocchetto l’a emporté sur Jean-Christophe Boyer, alors que bon nombre d’observateurs le donnaient en difficulté et susceptible de ne pas pouvoir continuer à s’occuper de la communication de la ville.

Directeur adjoint de la communication depuis 2008 sur le papier, il explique faire office de Dir-com de plein exercice : « Depuis 12 ans, je dirige le service com de la ville et j’ai les astreintes des directeurs, etc. ». Didier Maignan revient sur la mutualisation de la communication entre l’Agglo et la ville qui lui tient à cœur et qui devrait intervenir rapidement en début d’année 2021. Il ajoute : « Il s’agira notamment de renforcer la présence de la ville-centre et l’agglomération de façon plus équilibrée par rapport à la politique du Département (…) ». Une absence, devrait-on dire, qui a été flagrante dans la communication mise en place par Guillaume Néron Bancel qui avait réussi, pratiquement, à gommer Laval de la campagne mise en place pour tenter de booster l’attractivité de la Mayenne. Un regret qu’avait énoncé à demi mots David Ouvrard, l’ex-directeur de cabinet de François Zocchetto (parti à la Région Pays de la Loire comme dir-cab adjoint), dans le long entretien ici qu’il avait accordé au Glob-journal.


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