A l’arrivée au Rond-Point Lactalis après être parti du centre ville, un peu avant la dislocation du défilé – © leglob-journal.fr
900 selon les renseignement territoriaux, près de 1200 selon les organisateurs. La déclaration d’illégalité de la manifestation rendue publique par la Préfète de la Mayenne a douché les envies de manifester et la pluie aussi.
Par leglob-journal.fr

Ils sont arrivés au rond point de Lactalis. Un symbole pour les Gilets Jaunes. « Ce n’était pas prévu ! » lance à leglob-journal.fr un policier des renseignements territoriaux en poste le long du défilé. Rien n’était « carré« , bien en amont de la manifestation, les lycéens du MNL 53 avaient, dans un communiqué, jeté l’éponge expliquant leur position, ne souhaitant pas se retrouver dans l’ « illégalité » …
Une décision « prise à contrecœur, écrit samedi soir MNL 53, à la suite de pressions inquiétantes exercées par la préfecture et les services de renseignement sur l’un·e des responsables de notre syndicat […] qui témoignent une fois de plus de la dérive autoritaire dans laquelle s’engage le gouvernement » . Valentin Aubry, co-responsable fédéral de MNL 53 ajoute : « L’annonce d’Emmanuel Macron et son caractère tardif visant à interdire toutes les manifestations a conduit l’intersyndicale à ne pas déclarer la mobilisation, malgré son caractère légitime et pacifique. À la suite de cette décision, la préfecture et les forces de l’ordre, craignant d’éventuels débordements à Laval, ont exercé des pressions sur l’un de nos responsables en lui rappelant les risques encourus.
Cette situation nous a conduit·es à retirer notre appel à manifester afin de préserver la sécurité individuelle de nos membres. Pourtant, aucune de nos dernières mobilisations n’ont été le théâtre de violences ou de débordements. Ces méthodes portent atteinte aux libertés fondamentales […] et soulèvent également de sérieuses questions quant au respect de l’État de droit et des principes démocratiques.[…] Ces méthodes ne suffiront ni à arrêter le mouvement ni à nous faire taire. Nous continuerons d’être présent·es à chacune des prochaines mobilisations. »

Ici on ne parle pas de choisir son « camp » mais simplement d’être du « bon coté de l’Histoire » – © leglob-journal.fr
Malgré tout, le nombre y était tout de même, près de 1200 sous la pluie qui ramollissait les pancartes en carton, et le froid qui piquait. Cette manifestation qui s’est déroulée dans le calme avait été estampillée « illégale » par la Préfète de la Mayenne Nadège Baptista parce que non déclarée. C’est une obligation avait elle analysé dans une conférence de presse devant les journalistes. Dans un communiqué la représentante de l’État rappelait ensuite « qu’en l’absence de déclaration, toute manifestation y compris en dehors du périmètre est illégale » . La « déclaration préalable permet de garantir que la manifestation se déroule dans des conditions permettant d’assurer la sécurité de tous » avait-elle avancé. Ce qui fut le cas. Déclarée, autorisée, interdite, « illégale » ou pas, la manifestation s’est déroulée sans problème… On a senti d’ailleurs dès le début une certaine tension coté force de l’ordre assez vite dissipée.

« La préfecture et les forces de l’ordre, craignant d’éventuels débordements à Laval, ont exercé des pressions sur l’un de nos responsables en lui rappelant les risques encourus. Cette situation nous a conduit·es à retirer notre appel à manifester afin de préserver la sécurité individuelle de nos membres. Pourtant, aucune de nos dernières mobilisations n’ont été le théâtre de violences ou de débordements » . – Valentin Aubry Co-responsable fédéral MNL 53
Le Mouvement National Lycéen appelait à manifester ce samedi 24 octobre 2026 en France. En Mayenne, comme dans de très nombreux autres départements, l’arrêté préfectoral en question pris le vendredi 23 interdisait toute manifestation à Laval dans le centre historique et commercial. Pour « soutenir l’activité commerciale et préserver le patrimoine de Laval » , il fut question de le contester devant le tribunal administratif.
Ce fut fait dès le vendredi soir par une procédure en référé. A l’origine, une poignée de citoyens attachés à la liberté de manifester : syndicalistes, élus et particulier, au total « neuf signataires » nous dit-on. Un référé toutefois dans un état d’apesanteur puisqu’il attendait tout à la fois la réponse de la Préfecture à l’action menée et celle de la juridiction administrative de Nantes, très sollicitée, au moment même où le cortège s’élançait depuis la Place du 11-Novembre. Déposé en ligne à « 22 H 47 le vendredi, un message daté de 10 H 30 le lendemain nous disait : en cours de traitement... » raconte un des instigateurs du référé que leglob-journal.fr a rencontré dans le défilé.

Manifester contre la « vie chère » , Vivre et ne pas survivre » – © leglob-journal.fr
Visiblement, la météo n’a pas réussi, non plus, à rendre la contestation de cet Acte 2 soluble dans l’eau. Avec mille deux cents manifestants, la colère lycéenne mais aussi celle de leurs parents, voisins et amis, l’interdiction préfectorale a été bravée. Par contre, l’ambiance dans les rangs des protestataires et parmi la Police a changé, comme nous avons pu le constater. Les slogans, hostiles aux forces de l’ordre et à la montée du fascisme, ont été entendus. Avec un ACAB scandé par une partie de la foule pendant quelques minutes quand des policiers encerclaient deux jeunes dont un lycéen de Robert Buron.
De la même façon, des vigiles de sécurité privée estampillés Actual Sécurité avaient été postés dans le hall de la mairie de Laval, près des halles de la Place du 11-Novembre, et sous les arcades de la rue de la Paix. Des panneaux de bois avaient été apposés sur les vitrines notamment celles du Crédit agricole par sécurité… Oui, vraiment, quelque chose a changé.

La peur fait agir et entretient l’insécurité : une manifestante brandit une pancarte fléchant les médias Bolloré en passant devant les vitrines d’une banque recouvertes de panneaux de bois – © leglob-journal.fr
Un mouvement de foule aurait pu dégénérer quand des jeunes ont voulu se cagouler. La Police nationale les a coursés et a finalement renoncé à les emmener au poste, retranchés qu’ils étaient tous devant une boutique sous les cris de « Libérez nos camarades !« . En d’autres temps, la phrase aurait fait sourire. Là, objectivement cela tenait du grincement de dents. Heureusement que les jeunes étaient plus potaches que déterminés à mettre le bazar et que la Police était attentive à ne pas gâcher le fragile équilibre propre aux mouvements de foules.

« Libérez nos camarades ! » a scandé la foule un moment dans la rue de la Paix quand deux jeunes manifestants ont faillis être emmenés au poste – © leglob-journal.fr
Autre signe que quelque chose a changé : la présence discrète de forces de l’ordre plus lourdement équipée. Les équipages suivaient le cortège sur des contre-allées ou des rues parallèles. Casques et boucliers n’ont été visibles à Laval que lors de l’appel à manifester du mouvement « Bloquons tout« , en septembre 2025 pour la mise en place du gouvernement Bayrou. La gare de Laval avait été envahie par une foule qui s’était rendue sur les voies empêchant la circulation des trains.
Qui était à la manœuvre aujourd’hui pour la manifestation ? Bonne question puisque personne n’a déposé de préavis avec un parcours officiel. Steve Gaudin secrétaire départemental du Snudi-FO était au micro et criait « Liberté de manifester ! » tentant de faire reprendre le slogan par les manifestants, mais Sébastien Lardeux, secrétaire général de l’Union départementale FO de la Mayenne, marchant dans la première partie du cortège, n’avait ni chasuble ni drapeau… La CGT était là aussi avec quelques drapeaux, la confédération paysanne également comme le 17 octobre. Coté partis politiques, Les Ecologistes étaient dans le mouvement. Quant au PCF, l’adjoint au maire de Laval et secrétaire départemental de la fédération de la Mayenne Guewen Douesneau avait juché le drapeau du PC sur la pointe de son parapluie pour être plus visible. « Tiens! l n’y a pas de drapeau LFI » nous fait remarquer un manifestant…
En tête de cortège pas de banderole. Un Gilet Jaune d’un coté semblant assurer la sécurité et de l’autre des militants LFI investis pour que tout se déroulent le mieux possible. Une voiture de police ouvrait la marche. Quand il y a une intersyndicale dans une manifestation, la banderole résume en principe, en un slogan, l’essence de la contestation. Là ce n’était pas le cas. Dans ce cas le travail des journalistes devient plus difficile en terme d’illustration. Mais n’oublions pas qu’il s’agissait d’un mouvement « Gilets Jeunes » et même de l’Acte 2. Dans le cortège, il y avait des lycéens mais toutefois beaucoup moins nombreux que la fois précédente , en raison de l’annulation par le Mouvement national des Lycéens 53. Le 17 octobre, plus de 4000 manifestants avaient battus le pavé. Sous le soleil. sans casse ni pillage. ⬛
