A la tête de pompiers de France, Olivier Richefou sur la sellette – par Thomas H.

Olivier Richefou le président du conseil départemental de la Mayenne - image leglob-journal.fr
Olivier Richefou, l’homme de dossiers, président du conseil départemental de la Mayenne et de la CNSIS – Archives leglob-journal.fr

Pas un simple communiqué, mais une lettre ouverte à Emmanuel Macron aux termes durs. L’intersyndicale des SDIS de France qui vient de réclamer au Président de la République le « remplacement » du Président Richefou à la tête de la conférence nationale des services d’incendies et de secours, ne donne pas pour autant de faits réellement concrets pour justifier sa demande mais parle de »provocation permanente », d’ « absence d’argument fiable » et réclame un président qui fasse preuve de « probité » …


Par Thomas H.


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Toute la profession s’élève contre lui. Et c’est peu dire qu’il est fait l’unanimité contre Olivier Richefou. Dans une lettre ouverte et non un simple communiqué comme l’annonce nos confrères mayennais, l’intersyndicale des pompiers et des personnels des SDIS de France qui la signe, réclame ouvertement la démission d’Olivier Richefou de la présidence de la conférence nationale des services d’incendie et de secours. Une démission unanime demandée solennellement par neuf syndicats, dans une lettre rendue publique envoyée le 6 aout 2026 au Président de la République qui l’a nommé.

Des mots assez durs, on pu être relevés contre l’élu par ailleurs à la tête du conseil départemental de la Mayenne et qui préside depuis plusieurs années, ce qu’on appelle parfois « le parlement des pompiers« , la Conférence nationale des services d’incendie et de secours (CNSIS)., l’instance qui chapeaute tous les SDIS, les services départementaux d’incendies et de secours de France et de Navarre. C’est pour cette fonction que l’intersyndicale intervient en demandant à Emmanuel Macron de l’en démettre, aussi facilement qu’il l’avait reconduit après la nomination par son prédécesseur. Les griefs semblent à la hauteur de la forme employée. Avec solennité et « gravité » . Ce n’est pas la première fois qu’il est demandé le départ d’Olivier Richefou. La sénatrice et conseillère départementale Élisabeth Doineau l’avait fait localement et publiquement avec fracas.

L’intersyndicale tient dit-elle dans la lettre rendue publique à « attire[r] l’attention sur les comportements de longue date d’Olivier Richefou […] que vous avez reconduit le 26 janvier 2022 […] la gravité de la situation dans les services d’incendie et de secours de France mérite un président qui soit à la hauteur des enjeux, qui fasse preuve de probité et qui ne soit pas en permanence dans la provocation et l’absence d’argument fiable […] cette demande, ajoute la lettre ouverte envoyée au Président Macron, fait également le relais de nombreuses et nombreux présidents de SIS. » . Au Président de la République la lettre évoque le départ du président du conseil départemental de la Mayenne dans qui doit être fait dans « un souci d »apaisement et surtout d’efficacité » pour la CNSIS, ce qui passerait par son « remplacement » .


« Une déconnexion avec le terrain »


Ce qui a fait déborder apparemment la coupe déjà trop pleine, c’est une interview donnée à nos confrères de France 3 Région qui le questionnaient sur le climat de colère de la profession. Un entretien dans laquel Olivier Richefou avait estimé que la France ne manquait pas de pompiers professionnels. « Un dénis de la réalité qui met directement en danger la population » s’est alors insurgé l’intersyndicale sortant de sa réserve… Au delà de cette dernière saillit; les feux de l’amour entre l’élu mayennais et les instances représentatives des SDIS de France s’étaient déjà éteints depuis longtemps, apparement et c’est le feu de la colère qui avait pris le relais.

L’intersyndicale rappelle d’ailleurs que « ce point » concernant Olivier Richefou sera « abordé lors de la conférence de presse organisée Place Beauvau le 13 aout pour sensibiliser encore plus le grand public et les élus de la Nation sur les mesures à prendre […] » . Sur les réseaux sociaux, ils écrivent que « Le constat est sans appel : la dégradation des conditions de travail et le manque de moyens mettent en péril les missions de Sécurité Civile. Nous exigeons des actes concrets de l’État. La résilience a ses limites ; au bout du courage des sapeurs-pompiers, commence la responsabilité publique. » .


« Une formule qui ne reflète pas le sens de mon intervention »


Après cet appel implicite à la démission du président de la CNSIS, celui qui est mis en cause s’est défendu dans un communiqué de presse posté sur X voulant défendre comme il l’a écrit « un cap : recentrer les sapeurs pompiers sur les missions essentielles, renforcer durablement les moyens des SDIS et poursuivre le dialogue » , en déplorant que ses propos aient été « résumés à une formule qui ne reflète pas le sens de [son] intervention » tout en reconnaissant que « les désaccords sont légitimes » . « J’ai rappelé que notre modèle avait démontré sa solidité grâce à la complémentarité entre professionnels et volontaires, tout en soulignant la nécessité de préparer les crises de demain », s’est-il justifié en parlant de la lettre ouverte au Président Macron comme un « communiqué » . Il a également appelé à dépasser les postures polémiques pour se « concentrer sur les solutions ». « Nos concitoyens n’attendent pas de nous des polémiques » a-t-il écrit notamment dans son communiqué.


La belle lettre de citation sur leglob-journal.fr

La gravité de la situation dans les services d’incendie et de secours de France mérite un président qui soit à la hauteur des enjeux, qui fasse preuve de probité et qui ne soit pas en permanence dans la provocation et l’absence d’arguments fiables […] – L’intersyndicale


Il n’est pas certain que cette justification minimaliste de la part d’Olivier Ricehou suffise à convaincre les syndicats de pompiers qui sont vent debout. Déjà en Mayenne le SDIS départemental qui compte 1 348 pompiers volontaires, 132 sapeurs-pompiers professionnels et 45 personnels administratifs selon les chiffres de la préfecture de la Mayenne, avait cinglé en octobre 2025 le président Richefou lors d’une grève symbolique mais qui restera mémorable en raison de son acuité médiatique. Le double président du conseil départemental et du SDIS 53 avait alors decidé de porter plainte pour diffamation contre des représentants syndicaux de sapeurs-pompiers fin janvier 2026 pour une banderole qui le mettait en cause, déjà, pour les mêmes motifs (cf photo ci-dessous). L’élu avait réagit en estimant que son nom avait été « salit » . « Je n’accepte pas cette agression sur mon nom, celui que m’ont donné mes parents. » avait-il lancé à la presse qui le questionnait.


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La banderole déployée le 13 octobre 2025, l’espace d’une journée qui avait créée la polémique, à l’origine de la plainte d’Olivier Richefou – capture écran Ici

Est-il possible de « séparer la fonction de l’homme » ? comme l’avait souligné à l’époque l’intéressé au moment de cette épisode de la banderole éphémère qui ciblait déjà l’ « arrogance » et l’ « incompétence« . Cette fois en plus de ces griefs, il en a été ajouté un autre dans la lettre ouverte au Président de la République, celui de la « probité«  sans évoquer de faits précis … Mais l’accusation n’est pas sans arrière pensée. On sait que le président Richefou a été épinglé par les magistrats de la chambre régionale des comptes des Pays de la Loire, qu’une infraction concernant un délit de prise illégale d’intérêt a été constatée mais pas suffisamment documentée par les enquêteurs ouvrant un classement sans suite dans le dossier de la Maison de l’Habitat à Laval, et que d’autres affaires pourrait trouver un dénouement judiciaire le concernant, comme l’a documenté leglob-journal.fr.

Les appuis d’Olivier Richefou seront suffisamment forts pour lui permettre un maintien et éviter le « remplacement » demandé à la tête du SDIS ? Et quelle sera l’attitude du Président Macron ? Céder aux pressions, ou bien laisser le dossier sans réponse au risque d’attiser encore un peu plus Les raisons de la colère ? ⬛



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