Manifestation du 31 Octobre 2026, le face à face police-manifestants – © leglob-journal.fr
Un acte III à rebondissements à Laval avec 700 manifestants dans un parcours « décentralisé » sans doute pour invisibiliser les manifestants, un cortège qui désobéit en cours de route aux consignes préfectorales, un face à face Police-manifestants sans heurts et sans tensions et un blocage de la circulation finalement Place du 11 Novembre en début de soirée…
Par leglob-journal.fr

« Une dinguerie ! La manif s’est échappée ! » rigole un gars qui surveille les panneaux de signalisation sur le parcours pour y coller des stickers. Il ne croyait pas si bien dire. En fin de manifestation vers 18 heures, elle devait reprendre du poil de la bête sur la place du 11-Novembre pour un baroud d’honneur de fin de manif, avec un blocage de la circulation. Une action symbolique assez vite disloquée par les policiers.
Parti du rond-point un peu après 14 heures, en haut de la rue de Bretagne la manif de l’Acte III contre la vie chère devait « sur le papier » arriver à un autre carrefour routier, celui de l’Espace Mayenne, un carrefour baptisé Rond-Point de l’Octroi. Un parcours « décentralisé », pour une « manifestation pour les lapins » selon un manifestant, « un parcoursup » selon une autre qui non sans humour avait résumer la situation… Le tracé voulu par les autorité préfectorales pour éviter le centre-ville à tout prix avait été accepté dans un premier temps par le Mouvement national des Lycéens (MNL), la CGT, la FSU, Sud-Solidaires. FO n’ayant pas souhaité signé car pas assez nombreux en forces vives, ce samedi pour participer… C’était sans compter sur le manifestants eux-mêmes.
Car ce devait être une manifestation des plus classiques, bien balisée, avec une intersyndicale rodée aux slogans, aux parcours et à la sécurité. Bien excentrée aussi depuis l’arrêté préfectoral de Nadège Baptista qui a provoqué autour du parcours en question des difficultés de circulation, ne serait-ce au niveau du magasin Carrefour et des bouchons. On ne bloque pas un périphérique sans dommages collatéraux… En tout cas, ce ne fut pas la manifestation qu’attendait ni les forces de police, ni le sous-préfet de permanence à la Préfecture. Au lieu de faire demi-tour, au rond-point, les plus jeunes et des militants ont décidé de désobéir… Une désobéissance civil à laquelle il fallait s’attendre. Laval venait ainsi de s’émanciper de son image de ville bien sage et bien gentille où même au plus fort des mouvements sociaux, on peut venir en famille pousser le slogan revendicatif…

Lors de la manifestation du 31 octobre 2026, un enfant de dix ans accompagné de son père manifeste à nouveau et le fait savoir – © leglob-journal.fr
Il faut dire que manifester sur le boulevard Bertrand Du Gesclin où personne ne voit la manifestation, devenue complétement invisible, (on ne peut pas encore bannir le droit de manifester…) et n’entendre que le chant des oiseaux avant que l’animation sonore de la fourgonnette n’ouvre le cortège et ne prenne le relai, ça casse l’ambiance et anesthésie la revendication. Mais n’était-ce pas le but de la manœuvre ? « Ils ont réussi leur coup ! » analyse un manifestant estimant que rendre invisible une manifestation de la sorte, « c’est aussi affaiblir le droit de manifester… » . Résultat 700 manifestants selon les organisateurs…
Dès le départ, une partie du cortège avait dans l’idée d’emprunter la rue de Bretagne et de la descendre plutôt que de suivre le parcours imposé par la Préfecture, celui du boulevard Duguesclin jusqu’au rond-point de l’octroi et aller-retour. Il aura fallu attendre le point d’étape avant le retour pour que finalement, un petit groupe déborde la fourgonnette d’ouverture du cortège, sans banderole officielle mais piquée de drapeau et entraine avec lui, les marcheurs pas forcément au fait du parcours officiel.
Pris de court, trois policiers rattrapent alors la tête du cortège à la hauteur de l’éco-quartier et rappellent à plusieurs reprises au mégaphone, avec presque des airs de sommation, que « ce n’est pas le sens du parcours qui était prévu !!! » . Peine perdue, la foule, franchement joyeuse avec ces déguisements d’Halloween et satisfaite de son coup de surprise, poursuit sa progression vers le centre-ville. L’idée c’est bien évidemment de rejoindre la place du 11-Novembre parce que, hein, comme certains ont chanté dans le cortège « Préfète, si tu savais, ton arrêté où on s’le met …« . Ambiance…

Dans le cortège énormément de manifestants déguisés spécialement pour Halloween – © leglob-journal.fr
Plus étonnant, des jeunes collégiens portant des masques pour Halloween se les seraient vu confisquer par la sécurité de l’hypermarché Carrefour qui leur a-t-elle dit ne voulait pas de « casseurs dans le magasin » : confiscation avec prise du nom et du numéro de téléphone des parents … C’est du moins ce que des collégiens ont raconté, chacun dans des petits groupes, en sonnant aux portes pour avoir des bonbons comme le veut la tradition. Décidément, à force de trop regarder la télé …
« Ne pas dépasser la ligne virtuelle »
Pendant ce temps-là nos manifestants sont restés bloqués par les policiers plus d’une heure, debout, à l’arrêt, à la hauteur de l’impasse Ada Lovelace. Un cordon de policiers avec boucliers, casqués et armés de matraques, de grenades et d’asperseurs de gaz lacrymogène leur faisait face. Grenade de désencerclement et LBD étaient prêt à être utilisés mais maintenus à bonne distance. Règlement oblige. La consigne donnée aux manifestants, c’était de ne pas dépasser une ligne virtuelle que les policiers leur imposait… Tout au long de ce face à face sans trop de tension spectaculaires, des slogans de tout ACABis ont été proférés. L’ambiance était plutôt bonne enfant et les policiers ont pu apparaitre assez bienveillants dans l’ensemble. Des manifestants en premières lignes ayant constaté que certaines force de l’ordre n’étaient pas détenteur de leur RIO (numéro d’identification de 7 chiffres attribué à chaque agent sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, NDLR) qui doit obligatoirement figurer sur l’uniforme ont interpelé la hiérarchie. « On ne peut pas vouloir faire respecter l’ordre quand on est soi-même dans l’illégalité ! » lui a lancé une manifestante …
« Le statu quo »
« On ne bouge pas, c’est le statu quo !… » avance à leglob-journal qui questionne le commandement sur ce qu’il pourrait se passer. Le directeur départemental de la Police Nationale en Mayenne par intérim le commissaire divisionnaire Christophe Guérin m’explique qu’il a eu la consigne de son supérieur hiérarchique, le sous préfet de permanence qui est en liaison avec la Préfète de la Mayenne. « Le Statu quo » , c’est : pas d’intervention policière ni de retrait du cordon de police pour laisser les manifestants aller jusqu’au centre ville. La seconde hypothèse aurait sonnée comme un désaveu de la décision préfectorale… « C’est la fin de la manifestation, nous vous demandons de vous disperser… » avait lancé auparavant et à plusieurs reprises le lieutenant de police aux manifestants qui n’en avaient cure. Croire qu’ils allaient obtempérer, c’était méconnaitre leur détermination. Il n’y a pas eu de réaction : ils avaient eux aussi choisi le « statu quo » .

Manifestation du 31 octobre 2026 à Laval, un manifestant face à un policier avec un marteau en papier – © leglob-journal.fr
Finalement le cordon policier devait se disloquer lorsque le nombre de manifestants fut considérablement réduit. La stratégie a fonctionné. Les policiers ont laissé ensuite passer le peu de manifestants qui restaient et devaient rejoindre la place centrale de Laval où ils ont bloqué la circulation, véhicules et bus, quelques minutes pour braver les interdictions qu’ils avaient du subir. Et comme un baroud d’honneur.
Mais sans l’intervention de l’adjoint au maire Guéwen Douesneau (PCF) présent sur la manifestation avec son écharpe tricolore qui avait tenté de joindre dans un premier temps le cabinet de la Préfète et l’intervention in fine du maire de Laval Florian Bercault qui a pu s’entretenir avec la représentante de l’État, comme le veut le protocole en la matière, la situation aurait pu être toute différente. Et tourner au vinaigre, permettant ainsi à Laval d’entrer dans la triste et longue liste des villes où les manifestants ont gouté au gaz et aux grenades de désencerclement et autres armes afférentes au maintien de l’ordre. Finalement, ce fut le « statu-quo… » qui fut choisi. Et c’est tant mieux… ⬛
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