Les rayonnages de l’association Freinet à Mayenne – Association Amis Freinet
L’affaire prend de l’ampleur parce que l’histoire touche le monde éducatif, les parents et une figure historique de la sphère de l’enseignement, l’instituteur Freinet qui a toujours voulu le mieux en classe pour celles et ceux qu’il cherchait avec ces pratiques pédagogiques novatrices à émanciper.

Hervé Mouillé se bat pour que l’association qu’il préside n’ait pas avoir à subir un départ précipité et il vient d’écrire à la préfète de la Mayenne pour soumettre à ses services la légalité l’action conduite par Adrien Mottais le nouveau maire UDI de Mayenne. A Nantes devant le tribunal administratif, il s’apprête à engager un référé suspension.
Logiquement des voix localement et au national s’élèvent et s’emparent de ce qui apparait comme un triste et ubuesque épisode au pays de la Mayenne. Ainsi le syndicat d’enseignants SE-UNSA écrit sur son site : « la demande de la mairie [de Mayenne], exigeant l’évacuation des lieux avant la fin des vacances d’été, suscite une incompréhension profonde. Aucune explication claire n’a été communiquée justifiant cette précipitation, et aucune solution de repli n’est envisagée pour les archives. » . Depuis l’Assemblée nationale, le député LFI Paul Vannier alerté par des proches en Mayenne a écrit un courrier aux ministres de la Culture et de l’Éducation nationale où il « appelle [leurs] attentions sur l’importance d’engager en liens avec les établissements et services compétents, les démarches permettant d’assurer la préservation, la conservation et la valorisation de ce fonds documentaire […] d’un patrimoine pédagogique dont l’importance historique et scientifique est largement reconnue » .
La revue Politis s’en est fait l’écho en estimant que « La disparition de ce fonds serait une perte considérable pour le monde éducatif. » . Antoine Valpremit, conseiller départemental et maire de Sacé en Mayenne a réagit sur Facebook : « Que la pédagogie Freinet qui promeut la liberté des enfants ne soit pas la tasse de thé du nouveau maire de Ville de Mayenne, cela n’étonnera personne, ce dernier ayant par exemple écrit pendant la campagne [municipale] que la politique de la Ville était injuste envers l’enseignement privé. Mais que l’association des Amis de Freinet soit mise en demeure de déménager en plein été un volume important d’archives (d’une portée scientifique internationale), sans aucune explication ni aucun projet de réutilisation des locaux, cela en dit long sur la méthode du maire et de son directeur de cabinet… « Mayenne s’écrit ensemble » nous ont-ils annoncé. » conclut l’élu qui pointe les méthodes du nouveau maire proche d’Olivier Richefou dont il fut le collaborateur.
Leglob-journal.fr publie ci-dessous une tribune dans laquelle Hervé Moulié, le président de l’association des Amis de Freinet, n’ose pas « envisager la mise en déchetterie de documents et de trésors inestimables » …
Par Hervé Moullé*

Sommes-nous en train de revivre à Mayenne l’Affaire Freinet, aussi appelée Affaire de Saint-Paul (1932-1933), quand le maire de l’époque, Joseph Demargne, avait décidé d’évincer Célestin Freinet de son école publique ? L’affaire fit grand bruit et l’image de Monsieur le maire en fut ternie à jamais.
Toujours est-il que depuis plus de 20 ans, l’association Amis de Freinet, déclarée en 1969 à Nantes et reconnue d’intérêt général, gère un Centre de ressources international à Mayenne. Un centre mayennais dont l’importance est reconnue mondialement. Le 8 juin dernier, Monsieur le maire de Mayenne a envoyé par mail, au président de l’association, une lettre d’injonction : « Je vous invite à retirer l’ensemble de vos effets, des locaux qui sont mis à votre disposition, pour le lundi 24 août 2026. »
L’association Amis de Freinet rassemble là de très importantes archives papier, des objets et des œuvres d’art d’enfants et d’adolescents, au premier étage de l’école Jules Ferry, dans des locaux mis à disposition successivement par les équipes des maires Claude Leblanc, Michel Angot et Jean-Pierre Le Scornet.
Trois associations y ont leurs sièges sociaux : Les Amis de Freinet, la Fédération internationale des mouvements d’École Moderne (FIMEM) et la Coopérative d’entraide pédagogique de la Mayenne et de l’Orne (Coopéda).
La Décision communale n°148 du 2 novembre 2005, signée par Claude Leblanc, autorisait « la signature de la convention de mise à disposition permanente d’un local situé à l’école primaire Jules Ferry, pour l’association les Amis de Freinet ». Ladite convention fut signée le 12 novembre 2005. Une inauguration officielle, organisée dans les locaux, rassembla des élus, des Mayennais, des adhérents et la presse. La municipalité d’alors était fière et enthousiaste d’accueillir des trésors de l’éducation.
En 20 ans, l’association a bien travaillé. Les collections forment un ensemble d’environ 200 mètres linéaires.
Pendant un temps, une salle transformée en musée recevait des visiteurs le dimanche. A la demande, on y reçoit des chercheurs, des universitaires, qui parfois viennent de très loin pour consulter les fonds. On y organise des rencontres, des stages, des Assemblées générales, des conférences.
Une commission de sécurité, en visite dans l’établissement le 23 février 2026, a émis plusieurs prescriptions à réaliser par l’établissement. Une d’elles concerne l’association. Elle a estimé, au regard des normes actuelles, que les locaux devaient être adaptés (isolés) ou vidés avant la prochaine visite. Elle a donné un avis favorable de poursuite de l’activité de l’établissement jusqu’à la prochaine visite. L’association a pris acte.
Pour avoir une bonne compréhension du dossier, le président a rencontré le lieutenant du SDIS53 qui a informés que la prochaine visite de contrôle aurait lieu en 2031.
Le 6 mai 2026, dans un premier courrier daté du 6 avril 2026, adressé par mail au président de l’association, Monsieur le maire de Mayenne Adrien Mottais demande « de bien vouloir veiller à ce qu’une solution soit trouvée d’ici la fin du mois d’août 2026 ». L’association s’est donc mis au travail et comptait bien présenter ses conclusions à la date précisée.
Le 12 mai 2026, dans un courrier du 8 juin 2026, adressé par mail au président de l’association, Monsieur le maire de Mayenne Adrien Mottais demande à l’association de quitter les locaux pour le 24 août.
Pas de concertation, pas d’explication, pas de délibération du Conseil municipal !
Le choc est immense et incompréhensible !
Comment envisager la mise en déchetterie de documents et de trésors inestimables ? Le fond d’archives, d’objets et d’œuvres d’art est exceptionnel et unique au monde. Les collections concernent l’éducation, la pédagogie, principalement la Pédagogie Freinet et son histoire.

La municipalité a-t-elle chiffré le coût des travaux nécessaires à une mise aux normes ?
Un autre lieu de la commune pourrait-il héberger ce fonds ?
Monsieur le maire a-t-il visité le Centre de ressources international Amis de Freinet ?
Monsieur le maire s’est-il entretenu avec le président de l’association ?
Depuis l’annonce du rapport de la commission, nous travaillons chaque jour à la recherche d’une solution pérenne.
Nous multiplions les contacts. Nous avons envoyé des dossiers à des grandes villes, à plusieurs Archives départementales, aux Archives nationales, à des personnalités, de nombreux organismes.
Comme l’Amnépe (Association des Amis du Musée national de l’éducation, des musées de l’école et du patrimoine éducatif), le Musée de l’éducation à Rouen, la Médiathèque de Vence, les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, etc.
Nous avons reçu début juillet une délégation des Archives départementales de la Mayenne dans nos locaux dont la directrice adjointe, des élus de la municipalité de Mayenne, la presse locale. Nous avons pris contact avec les précédents maires, les députés de la Mayenne, la préfète de la Mayenne. Des demandes réitérées par mail et par téléphone au secrétariat de Monsieur le maire a permis d’obtenir une audience le 15 juillet. Enfin, nous allions pouvoir nous présenter, rappeler l’histoire, expliquer nos activités et montrer des archives. Mais, le 6 juillet 2026, par un appel téléphonique, le directeur de cabinet annonça au président l’annulation de la réunion, sans report. Il évoqua le manque de temps, l’inutilité de se rencontrer et rappela que nous devions quitter les locaux avant le 24 août 2026. Quand on lui dit que l’on tenait à rencontrer directement Monsieur le maire, comme nous avons toujours fait, il répondit : « en me parlant, c’est comme si vous parliez au maire ».
Nous avons toujours rencontré les maires successifs qui nous ont toujours fait confiance. Ils ont visité nos locaux, participé aux conférences organisées au théâtre municipal ou dans les locaux, à commencer par Claude Leblanc qui en a décidé l’existence puis la mise en œuvre avec les services techniques et qui les a inaugurés. Michel Angot, son successeur, lui-même élève dans une classe Freinet du département, nous a accompagnés avec enthousiasme. Ce fut aussi le cas avec Jean-Pierre Le Scornet.
Nous comprenons qu’il faille répondre à la Commission de sécurité mais nous ne comprenons pas une telle urgence d’évacuation, matériellement impossible à mettre en œuvre tant que nous n’avons pas trouvé un nouveau lieu. Nous avons bien évidemment besoin de temps pour trouver un lieu pérenne et adapté.
Nous avons espoir de trouver une solution dans une grande ville de la région ou dans un important établissement national d’archives, mais rien n’est acté et il est évident que cela prendra beaucoup de temps.
Le 6 juillet 2026, à la question concernant le projet qui suivrait notre départ, le directeur de cabinet a informé qu’il n’existait aucun projet. ⬛
*Pour l’association Amis de Freinet, le président
