Passe d’armes entre le syndicat Alliance Police et le maire de Laval – Par Thomas H. 🔓

Floriant Bercault le maire de Laval en conversationa avec des policiers en civil - © leglob-journal.fr
Florian Bercault le maire de Laval (DVG) en conversation avec des policiers en civils Ă  Laval en marge de la manifestation lycĂ©enne du mardi 6 octobre 2026 – © leglob-journal.fr

Échanges de courriers tendus entre un maire Divers Gauche et un syndicat de police largement majoritaire Ă  Laval, historiquement ancrĂ© Ă  droite et mĂŞme orientĂ©e vers l’extrĂŞme droite. Avec en toile de fond des Ă©lections professionnelles en dĂ©cembre 2026 et des PrĂ©sidentielle en 2027.


Par Thomas H.


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« Je continuerai Ă  m’exprimer sur ces questions comme je l’entends… » . Le maire de Laval Florian Bercault (DVG) ne cède pas Ă  la pression du reprĂ©sentant lavallois de Police Alliance 53, SĂ©bastien Tessier, secrĂ©taire dĂ©partemental du syndicat qui avait rĂ©agit Ă  un courrier du 5 octobre 2026 envoyĂ© au ministre de l’Éducation nationale par le maire.

Sebastien Tessier que nous avons contactĂ© a bien voulu rĂ©pondre Ă  nos questions. Pour lui, « Il s’agit d’une inversion des responsabilitĂ© de la part du maire. On a l’impression que toute la police est en cause. […] le 24 septembre, Florian Bercaul est venu nous voir au commissariat pour nous soutenir après Saint Nicolas. Il nous a apportĂ© son soutien et il nous a remerciĂ© d’avoir rĂ©tablit l’ordre… »

Depuis pour SĂ©bastien Tessier, le patron d’Alliance il y aurait eu une sorte de revirement : « Pourquoi ces remises en cause de nos techniques de maintien de l’ordre. Je ne comprends pas l’intĂ©rĂŞt d’un tel courrier, cela jette de l’huile sur le feu, je trouve ça lunaire! » a rĂ©agit le reprĂ©sentant dĂ©partemental d’Alliance PN 53 . Dans un communiquĂ© envoyĂ© plus tĂ´t, le 7 octobre qui se veut « un droit de rĂ©ponse » Ă  cette lettre de Florian Bercault, on peut lire sous la plume du mĂŞme syndicaliste : « le maintien de l’ordre n’est pas de la rĂ©pression, c’est la protection de tous, y compris des lycĂ©es mobilisĂ©s dont les revendications sont lĂ©gitimes, Le dispositif a Ă©tĂ© gĂ©rĂ© correctement et dĂ©mocratiquement » .


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« Je refuse de croire que nos institutions ne soient pas en capacitĂ© d’organiser, de manière pacifique et responsable, les conditions d’expression de la jeunesse. Nous attendons une rĂ©ponse forte par le dialogue plutĂ´t que la rĂ©pression » – Le maire de Laval

Alliance PN 53 est syndicat de Police affiliĂ© Ă  la CFE-CGC et qui « n’est pas Ă  gauche » , c’est le moins qu’on puisse dire et mĂŞme plutĂ´t Ă  droite et parfois toute. Contrairement Ă  UnitĂ© Police 53, l’autre syndicat prĂ©sent Ă  Laval, qui lui est affiliĂ© Ă  FO, qui « n’est pas Ă  droite » Alliance PN 53 apparait comme hĂ©gĂ©monique au commissariat en pesant 76% des policiers sur Laval. « Nous sommes ultra majoritaire et on espère bien progresser encore lors des Ă©lections professionnelles qui auront lieu en dĂ©cembre, lance policier qui ajoute qu’ « énormĂ©ment de mes collègues, remontĂ©s m’appellent depuis le courrier du maire pour soutenir Alliance » .


« IncomprĂ©hensible et inadmissible » – Alliance Police 53


Le syndicaliste questionne Florian Bercault dans ce texte envoyĂ© Ă  la Presse : « Combien de plainte pour violences policières, combien d’enquĂŞte IGPN Ă  Laval, combien de blessĂ©s […] Vos propos M. le Maire envers les forces de l’ordre qui Ĺ“uvrent chaque jour pour votre/notre ville sont incomprĂ©hensibles et inadmissibles…Quel intĂ©rĂŞt Ă  cela ? Sans Police c’est le chaos !!! » .

Pour ce qui est des Ă©changes entre force de l’ordre et lycĂ©ens devant le LycĂ©e RĂ©aumur, SĂ©bastien Tessier parle Ă  leglob-journal.fr d’ « un tir de mortier utilisĂ© d’un diamètre de 15 centimètres pouvant tirer 380 coups » pour justifier le maintien de l’ordre. Peut-on avoir une photo pour se rendre compte ? « Non elle est Ă  l’instruction… » dit-il. Selon un autre policier, il y aurait eu « une voiture avec un coffre rempli de mortiers » de ce type et des interpellations. Mais lĂ  aussi, c’est silence radio.


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« Combien de plainte pour violences policières, combien d’enquĂŞte IGPN Ă  Laval, de blessĂ©s […] Vos propos M. le Maire envers les forces de l’ordre qui Ĺ“uvrent chaque jour pour votre/notre ville sont incomprĂ©hensibles et inadmissibles…Quel intĂ©rĂŞt Ă  cela ? Sans Police c’est le chaos !!! » – SĂ©bastien Tessier Alliance Police 53

Dans ce courrier qui a mis le feu au poudre, envoyĂ© au Ministre de l’Éducation nationale et que leglob-journal a pu consulter Florian Bercault y avait tenu des propos somme toute très modĂ©rĂ©s, ceux qu’un maire qui se veut responsable se doit de tenir. Une dizaine de ligne seulement sur deux pages envoyĂ©es Ă  Édouard Geffray dans lesquelles le maire Ă©voque le « maintien de l’ordre, avec des mĂ©thodes d’intervention qui ont choquĂ© les Ă©lèves et ont inquiĂ©tĂ© les parents et les personnels. L’usage de gaz lacrymogène a rendu I’espace public suffisamment dangereux pour que nous devions confiner une Ă©cole Ă©lĂ©mentaire en proximitĂ© de la zone d’intervention des forces de l’ordre. MĂŞme si certains individus viennent manifestement perturber te mouvement, ces faits et cet usage de la force m’interpellent et me conduisent Ă  vous demander que soient examinĂ©es les conditions de ces interventions.

Je refuse de croire, ajoutait-il, que nos institutions ne soient pas en capacitĂ© d’organiser, de manière pacifique et responsable, les conditions d’expression de la jeunesse. Nous attendons une rĂ©ponse forte par le dialogue plutĂ´t que la rĂ©pression. » . Ces lignes ont Ă©tĂ© Ă©crites le 5 octobre. Les Ă©changes nourris qu’Ă©voque le maire de Laval sont antĂ©rieurs Ă  cette date.


« Un principe dĂ©mocratique fort » – Florian Bercault


Le vendredi 9 octobre, dès 8 H 30 un mail envoyĂ© par le cabinet du maire tombe dans les boites des rĂ©dactions. Il est intitulĂ© Droit de rĂ©ponse de Florian Bercault au syndicat Alliance en voici l’intĂ©gralitĂ© :

« Je tiens Ă  rĂ©pondre clairement au syndicat Alliance :  interroger une doctrine d’intervention n’est en aucun cas mettre en cause les policiers qui la mettent en Ĺ“uvre.

Les agents engagĂ©s sur le terrain lors des mobilisations lycĂ©ennes agissent sur ordre et dans le cadre qui leur est fixĂ©. En m’adressant au gouvernement et dans une lettre au ministre, ce sont les choix opĂ©rationnels, et eux seuls, que j’ai questionnĂ©s : le recours aux gaz lacrymogènes et aux lanceurs de balles de dĂ©fense face Ă  de très jeunes manifestants, majoritairement mineurs. Ce dĂ©bat est lĂ©gal et relève de la responsabilitĂ© de ceux qui dĂ©finissent ces doctrines. C’est un principe dĂ©mocratique fort que celui de mettre Ă  la discussion le cadre d’intervention des forces de sĂ©curitĂ©, c’est ce qui confère Ă  l’État ce qu’on appelle le monopole de la violence lĂ©gitime.


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« Je tiens Ă  rĂ©pondre clairement au syndicat Alliance :  interroger une doctrine d’intervention n’est en aucun cas mettre en cause les policiers qui la mettent en Ĺ“uvre. » – Florian Bercault

Je ne laisserai pas dire que je ne soutiens pas les services de police. En tant que maire de Laval, depuis 2020, constatant l’état des moyens humains et matériels à Laval et dans la zone police, j’ai alerté systématiquement les ministres successifs au Ministère de l’Intérieur, pour demander des moyens et des effectifs pour répondre aux nouveaux enjeux de sécurité et de prévention de la délinquance. Mon action continue dans ce domaine a permis des moyens nouveaux au commissariat de Laval.


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« C’est un principe dĂ©mocratique fort que celui de mettre Ă  la discussion le cadre d’intervention des forces de sĂ©curitĂ©, c’est ce qui confère Ă  l’État ce qu’on appelle le monopole de la violence lĂ©gitime. […] DĂ©fendre la police, c’est aussi pouvoir dĂ©battre, sans tabou et sans procès d’intention, des mĂ©thodes qu’on lui demande d’employer. » – Florian Bercault

Je continuerai Ă  m’exprimer sur ces questions comme je l’entends : dĂ©fendre une prĂ©sence quotidienne visible sur l’espace public, des moyens de formation pour mieux prendre en compte les violences sexistes et sexuelles et les violences intrafamiliales, des moyens d’investigations pour prendre en compte les nouveaux territoires du narcotrafic. Je m’engage aussi pour amĂ©liorer la relation police – population qui est une condition de la mise en Ĺ“uvre optimale des moyens sur le terrain.

Je veux dire ma reconnaissance aux policiers de notre ville et de notre territoire pour leur engagement quotidien au service de la sĂ©curitĂ© de nos concitoyens, souvent dans des conditions difficiles. Ma considĂ©ration pour leur travail est entière, et je n’accepte pas qu’on la rĂ©duise Ă  une polĂ©mique Ă  des fins Ă©lectorales dans un contexte d’élections professionnelles et avec la perspective des prĂ©sidentielles. DĂ©fendre la police, c’est aussi pouvoir dĂ©battre, sans tabou et sans procès d’intention, des mĂ©thodes qu’on lui demande d’employer. »

Cette « passe d’armes » , cet Ă©change d’arguments serrĂ©s, de part et d’autre Ă  propos de l’intervention policière que leglob-journal avait pointĂ© sur Laval lors des Ă©vĂ©nements de Saint Nicolas et ceux du 2 octobre 2026 lors du mouvement lycĂ©en devant le lycĂ©e RĂ©aumur, est symptomatique d’une difficultĂ© croissante de mettre en questionnement le positionnement des forces de l’ordre. Notre dĂ©mocratie suppose le respect d’un certain nombre de principe. Mais il est difficile de pouvoir remettre en cause un temps soit peu dans notre pays les forces rĂ©galiennes de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure.

Relisons la DĂ©claration des Droits de l’homme et du citoyen, pour prendre encore un plus de hauteur. Elle nous dit dans l’article 3 que « Tout individu a droit Ă  la vie, Ă  la libertĂ© et Ă  la sĂ»retĂ© de sa personne » .Quand l’article 21 dispose que « Toute personne a le droit de prendre part Ă  la direction des affaires publiques de son pays […] » . Florian Bercault est de celles-lĂ  et muni qui plus est d’une Ă©charpe tricolore. Entre les lignes nous, il nous laisse entendre qu’il n’est pas dupe quand il Ă©crit : « Ma considĂ©ration pour [les policiers] et leur travail est entière, et je n’accepte pas qu’on la rĂ©duise Ă  une polĂ©mique Ă  des fins Ă©lectorales dans un contexte d’élections professionnelles et avec la perspective des prĂ©sidentielles. » ⬛


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