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Dans la région Pays de la Loire plus de 250 nouveaux producteurs en agriculture biologique en 2017 et dans la grande distribution, le développement notable des rayons de produits vendus sous le vocable « Bio », sous le prétexte avancé que ces produits doivent être accessibles à l’ensemble de la population. Les grandes enseignes utilisent tout leur savoir-faire marketing pour mettre en place du packaging alléchant, des emballages à dominance de vert et d’orange pour attirer la sympathie des futurs acheteurs et consommateurs, les "bioaddicts". Mais qu’en est-il précisément ? L’analyse de Jean-Bernard Briere

- Par Jean-Bernard Briere*

L’enseigne Carrefour se positionne en précurseur en lançant les magasins Carrefour-Bio. Une dizaine se structures viennent d’être ouvertes en France. Lidl propose aussi par exemple depuis la rentrée 2016, toute une gamme de produits bio baptisés, d’un joli slogan marketing « Si bon, si bio ». La grande distribution redouble donc d’appétit pour le phénomène bio, même si ce secteur ne représente somme toute que 3 % de la consommation alimentaire en France. Certes, c’est peu, mais c’est un début qui semble plutôt encourageant.

Cela dit et si on prend du recul, ne serait-ce pas plutôt une simple stratégie commerciale qui viserait à endiguer l’érosion d’une clientèle de plus en plus consciente qu’elle mange mal ou pas bien ; des consommateurs confrontés finalement à ce qu’on appelle la malbouffe ? Et puis ces produits certifiés « Bio  » arrivent en provenance de grandes exploitations maraîchères, situées dans des pays européens, spécialisées dans des produits précis (tomates, salades, fruits, etc.).

Une progression de 23%

L’agriculture biologique aurait le vent en poupe dans les Pays de la Loire. Une « très belle progression » dont se satisfait Christophe Dougé, qui est conseiller régional du groupe Écologiste et Citoyen à Nantes : « On compte plus de 250 nouveaux producteurs en agriculture biologique dans notre région en 2017, soit 15 000 hectares de surfaces agricoles supplémentaires. Il s’agit de nouvelles installations ou de producteurs régionaux qui sont en conversion vers l’agriculture biologique. Cette forte progression vient pleinement répondre aux demandes croissantes des consommateurs, en quête de produits sains et de qualité. C’est une bonne nouvelle pour la santé humaine puisque les conséquences de l’agriculture intensive en matière de maladies de peau, de problèmes respiratoires, de cancers sont connues, mais aussi pour la qualité de l’eau et la biodiversité. »

Selon l’Agence Bio, les surfaces de terre agricole engagées en agriculture biologique en France ont affiché en effet une forte progression en 2015, d’un peu plus de 23 %. L’analyse qu’on peut en faire c’est que la reconversion jouerait à plein pour des agriculteurs qui sont déçus de l’agriculture conventionnelle, possède une éthique plus forte et plus affirmée, et rechignent à utiliser sans discernement des pesticides dont il savent qu’ils sont dangereux pour les consommateurs, pour eux-mêmes et pour la planète.

Une étude récente de l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB) et réalisée sur commande du ministre de l’Agriculture qui s’intéresse aux externalités de l’agriculture biologique vient d’être rendue publique. Ses conclusions sont claires : « l’agriculture biologique a de réels avantages par rapport à l’agriculture chimiquement intensive qu’il s’agisse du climat, de la biodiversité ou encore la qualité de l’eau, de l’air et des sols. ».

L’étude présentée démontre notamment que «  l’agriculture biologique permet non seulement de stocker plus de carbone - 37,4 tonnes par hectare contre 26,7 tonnes pour l’agriculture dite "conventionnelle"  », mais possède « des services écosystèmiques indéniables notamment sur les pollinisateurs  ».

9% de fermes bio en plus en 2015

Soit. Mais les conditions de production et de transport de ces produits maraîchers que l’on dit bio ne comptabilisent pas par exemple le bilan carbone ; ainsi que les conditions de travail des salariés qui ne sont pas prises en compte ; ni d’ailleurs le monopole des grands semenciers, véritable scandale agrico-alimentaire de ce siècle. Actuellement, la bio-diversité potagère et fruitière a perdu 75% de ses variétés comestibles, pour une banalisation des produits. Impressionnant.

Prenons un exemple pour comprendre. celui des tomates produites dans de grandes serres chauffées et qui fonctionnent toute l’année de façon à conserver une clientèle habituée à leur consommation en hiver. Le système productiviste est ainsi reproduit. Il appliqué au bio afin de rentabiliser les investissements. Dans ce contexte, nous c’est-à-dire les consommateurs, mais aussi les producteurs bio locaux et de proximité, à savoir les producteurs de la première heure, nous devons dénoncer cette dérive.

Comment populariser le bio

Si le nombre de fermes tournées vers le bio a augmenté de 9 % en 2015, avec 28 884 exploitations en France, elles ne représentent pourtant à elles seules que 10 % des emplois agricoles français. Alors question : où est donc passée la philosophie du bio, basée à la fois sur la qualité des produits, le bien-être animal et le respect des conditions sociales des producteurs et des salariés ?

À travers la création de collectifs de producteurs – appelés aussi « consomm’acteurs », nous nous devons donc de réagir. Nous nous devons d’apporter par exemple des solutions pour que l’ensemble de la population puisse accéder vraiment à ces produits bio. Et que ce ne soit pas seulement pour quelques privilégiés. C’est pourquoi, il faut absolument développer un système de groupements d’achats performants.

Pour bien comprendre de quoi il en retourne, il s’agirait, et c’est relativement simple, d’installer dans les quartiers c’est-à-dire au plus près des populations précarisées des lieux où il serait possible d’accéder à des produits bio de qualité avec des volumes suffisants et importants afin de diminuer les coûts. Et rendre les produits accessibles.

En répondant aux besoins de cette population qui passe finalement, et bien malgré elle, à coté d’une alimentation plus saine, on pourra ainsi veiller à l’équilibre sanitaire global de la collectivité ; avec moins de maladie, moins d’obésité par exemple cela voudra dire moins de dépenses de santé pour la collectivité. Et tout le monde, finalement, y gagnera.

*Jean-Bernard Briere est fils d’agriculteurs, citoyen, syndicaliste-militant et retraité.


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Le bio et ses enjeux dans les années à venir

Publié le: 16 juillet 2017
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