Les raisons d’une défaite à Droite – Par Georges Poirier

Samia Soultani-Vigneron lors de son meeting à la Salle polyvalente pendant la campagne municipales 2026 - © leglob-journal.fr
Samia Soultani-Vigneron lors de son meeting (12 mars 2026) à la salle Polyvalente de Laval pendant la campagne des municipales 2026 – © leglob-journal.fr

Georges Poirier, adjoint et compagnon de route du maire Florian Bercault a réagi au Grand entretien que Samia Soultani-Vigneron (SSV) nous a accordé : « Elle s’exprime avec sincérité et sérénité. Respect à elle pour son engagement aux racines profondes. Elle dévoile surtout ce qui la motive, plus qu’une analyse des résultats du 15 mars. Elle ne s’attarde guère sur les raisons de la défaite. » dit-il. Celui qui fut en 41ème position sur la liste du maire sortant nous apporte son éclairage sur les raisons qui ont conduit SSV à une « sacrée défaite ». Analyse.


La belle lettre guillemet du Glob-journal

« Je ne comprends pas » avait-t-elle confié dans Ouest-France pour expliquer sa défaite. Les chiffres sont pourtant implacables. Avec 31,40%, elle a rétréci la droite. De plus de 9 points ! En 2020, Didier Pillon avait obtenu 40,82% au premier tour : c’était déjà le moins bon score de la droite depuis quarante ans. Il fallait remonter à 1977 pour voir François d’Aubert se contenter de 39,95% face à André Pinçon.

Pourquoi cette chute brutale à 31,40% ? Son meilleur score, à 42,84% à Bootz (16), ne lui permet pas de sauver un bureau. Devancée de 28 voix à Hairy (18), l’un des bureaux traditionnellement les plus à droite (et ce n’est pas la faute du RN qui y fait l’un de ses moins bons scores à 6,89%), elle est distancée de 264 voix à Pagnol (7), fief de gauche du Bourny. Submergée dans tous les bureaux de vote de Laval, Samia Soultani-Vigneron concède à Florian Bercault un grand chelem assez inédit aux municipales. En 2008, lorsque Guillaume Garot remporta la mairie dès le premier tour, François d’Aubert gardait la tête dans huit bureaux dont cinq à plus de 50%. C’est dire si Florian Bercault a ratissé très large, de la droite modérée anti-Soultani à un électorat LFiste anti-Ogbi. Des deux côtés, on ne se cachait pas de voter Laval à venir dès le premier tour. Hasard du tirage au sort : Florian Bercault avait une position centrale sur les panneaux électoraux, avec deux listes à sa droite et deux listes à sa gauche.

N’étant plus élu, je reprends une casquette journalistique pour essayer de comprendre ce mauvais résultat de Samia Soultani-Vigneron et de sa liste par une analyse clinique.


Le centre de gravité politique de Laval se situe au centre-gauche


Une personnalité ressentie comme « trop clivante ». Deux mots revenus très souvent sur les marchés, dans les quartiers, dans les associations. Certes, elle avait amadoué le propos et poli le discours mais le ressenti forgé au fil des ans ne s’estompe pas en une campagne. Lors du débat organisé par le Jeune Chambre économique à la Salle polyvalente, il a été constaté et remarqué qu’elle utilisait ses jokers pour tacler tel ou tel, là où les autres candidats s’en servaient pour prolonger leurs propos. C’est un nouvel échec après ceux de 2011 (départementale), et de 2012 et 2017 (législatives) : il est un fait qu’elle ne parvient pas à se faire élire sur son nom.


Un positionnement trop à droite


Samia Soultani-Vigneron ne peut ignorer les fondamentaux politiques de la ville. Depuis cinquante-cinq ans, Laval a été gouverné trente-six ans à gauche et dix-neuf ans à droite. Lors des présidentielles de son mentor Nicolas Sarkozy, celui-ci n’obtint à Laval que 46,39% en 2007 et 43,82% en 2012. Aux régionales de 2021, la liste Morançais, où elle figurait, ne glane que 25,91% au premier tour à Laval et 38,28% au second. Le centre de gravité politique de Laval se situe au centre gauche. Samia Soultani-Vigneron a clairement mis le curseur très à droite. Son premier tract sur la sécurité, avec une paire de menottes, a heurté des modérés. Elle a écarté les centristes du Modem et dissimulé dans sa liste deux ou trois macronistes, jamais sollicités durant la campagne. Surtout, tout en affirmant vouloir « dépolitiser », elle fut la seule à nationaliser le scrutin municipal en invitant l’ancien ministre Bruno Retailleau et la présidente de Région Christelle Morançais, tous deux très marqués à droite dans l’opinion lavalloise. Elle a aussi publié une tribune dans le JDD du groupe Bolloré, plutôt catalogué ultra-droite.


Lors du débat sur la Sécurité à Laval avec Samia Soultani-Vigneron -© leglob-journal.fr

Lors du débat sur la Sécurité à Laval avec Samia Soultani-Vigneron – © leglob-journal.fr

Une liste jugée mal ficelée


Samia Soultani-Vigneron a beaucoup mis en avant, et en début de liste, ses recrues jeunes, dont la responsable locale des jeunes LR. Cette volonté a été néanmoins éclipsée par la réapparition, dix-huit ans après, de six anciens de l’équipe d’Aubert 2008 (de plus, l’insistance à recycler des propositions déjà avancées en 2014 a créé l’impression d’un retour vers le passé). Il y avait aussi deux piliers fondateurs de l’espace Saint-Julien, vendu en fin de mandat par la municipalité Zocchetto.


Samia Soultani-Vigneron et les jeunes pouces en politique qu'elle souhaite mettre en avant - © leglob-journal.fr

Samia Soultani-Vigneron au milieu de ses jeunes pouces en politique qu’elle a souhaité mettre en avant – © leglob-journal.fr

Une grande impasse remarquée : aucun candidat issu du grand Saint-Nicolas (2500 électeurs). Résultat : un maigre score de 17,37%, de 21,40% et de 22,22% dans les trois bureaux du quartier. A l’inverse, une énigmatique concentration de cinq candidats du quartier Bel-Air Beauregard, relégués de la 32e à la 43e place. Des erreurs de casting au Bourny et aux Pommeraies n’ont pas résisté à une vague Bercault à plus de 60% dans ces quartiers. Outre l’absence des centristes, pas de ténors culturels ni de dirigeants associatifs notoires, beaucoup échaudés par la politique de la Région que Samia Soultani-Vigneron a validée comme vice-présidente et qu’elle a encaissée en boomerang.


Un second, adepte de la méthode Coué


Le recrutement de Philippe Royer comme second, « complémentaire », est apparu comme une belle prise. Cet « entrepreneur du bien commun » était toutefois peu connu dans les quartiers. Durant l’automne, il a donné des gages à droite-droite, relayant sur Facebook le général Pierre de Villiers et Thierry de Montbrial. Il a aussi fait éditer son livre Fils de paysan, notre bon sens commun chez Fayard (groupe Bolloré lui offrant une entrevue à Europe 1 [Chez Pascal Praud, NDLR] et une pub dans le JDNews). Durant la campagne, Philippe Royer a écrit des épitres sur Facebook pour donner du sens à une « politique autrement ». Cela a tourné parfois au prêchi-prêcha avant d’user de la méthode Coué pour galvaniser une dynamique de campagne peut-être plus rêvée que réelle. Ancien président national des dirigeants chrétiens et engagé dans des mouvements caritatifs comme Fratello, Philippe Royer a toutefois raté un événement imprévu en milieu de campagne : la Saint-Valentin solidaire avec près de 500 personnes au Théâtre. Mieux qu’un meeting ! Ce fut la soirée du Tout Laval solidaire à laquelle participèrent Florian Bercault et ses adjoints. Parmi les bénévoles militants, nombre de cathos de gauche loin d’une droite tradi et conservatrice.


Erreurs de diagnostic sur le commerce


Samia Soultani-Vigneron escomptait, dit-on, le vote des commerçants et des agents municipaux. Première erreur : dans ces deux cibles électorales, plus d’un n’habitent pas et ne votent pas à Laval. Deuxième erreur : incriminer la municipalité dans les fermetures de boutiques en centre-ville. Chacun sait que la cessation de onze magasins entre Cordeliers et Théâtre était liée à la disparition de nombreuses enseignes nationales (Camaieu, Naf-Naf…) affectant tous les centres villes de France. D’ailleurs, en novembre dernier, un rapport sur l’avenir du commerce de proximité a été remis au gouvernement par trois personnalités dont la maire LR de Saint-Quentin. Le stationnement n’est pas seul en cause : depuis un an, des enseignes nationales ferment dans des zones commerciales à grand parking (Casa près de Carrefour, Hémisphère sud près du Leclerc St-Berthevin…). Dernière erreur qui a irrité des électeurs : vouloir défendre l’attractivité du cœur de Laval tout en le dénigrant…


Une tutelle encombrante


Le président du département, candidat à Changé, a multiplié les interférences durant la campagne lavalloise. Secondé parfois par le maire de Saint-Berthevin jusqu’à la dernière semaine. Ainsi a resurgi, pour une énième fois, la question du pont de Pritz. Ceci a fait sourire nombre de Lavallois qui ont de la mémoire, tout comme ils se souviennent du dossier du collège Puech, délaissé par le département. Olivier Richefou, proclamé président du comité de soutien à Sami Soultani-Vigneron, est allé jusqu’à lui couper l’herbe sous le pied en se positionnant comme potentiel président de l’Agglomération. Il a fallu, lors du débat de la Jeune Chambre économique, que tous les candidats réaffirment que c’est le maire de Laval qui doit postuler à la présidence de l’Agglomération. Olivier Richefou a dû remiser ses velléités, surtout après la large victoire de Florian Bercault.


Un comité de soutien fantôme


Que présidait finalement Olivier Richefou ? Le programme de la liste Avec vous pour Laval contenait trois messages de soutien, ceux de Christelle Morançais, Olivier Richefou et Yannick Borde. Tous trois non électeurs à Laval. Contraste évident avec les 150 noms affichés par la liste Laval à venir, dont de nombreux présidents d’associations. Une dernière image a, enfin, frappé les observateurs : le premier rang de notables lors du dernier meeting de Samia Soultani-Vigneron à trois jours du scrutin, quasiment que des hommes, pour la plupart non électeurs à Laval.

La belle "brochette" des élus de Droite "rassemblés" par SSV lors de son meeting - © leglob-journal.fr

La belle « brochette » des élus de Droite « rassemblés » par SSV lors de son meeting – © leglob-journal.fr

Une population lavalloise qui évolue


Enfin, il y a des indices qu’il vaut mieux surveiller. Si la tendance politique des bureaux de vote et l’écart de participation entre ceux-ci semblent perdurer d’une élection à l’autre, il n’en demeure pas moins que la population évolue sur une période de six ans. L’attractivité d’une ville se mesure aussi avec un baromètre objectif : celui du nombre d’inscrits aux élections.

En 2014, il y avait 32 856 inscrits et en 2020, seulement 30 317 inscrits, soit une baisse de 1939 inscrits sous la mandature Zocchetto (y compris sans doute des radiations mais sans l’impact du départ du 42e Régiment de Trnsmission en 2011 qui s’était traduit par une chute de 600 inscrits à la présidentielle de 2012). En 2020, on comptabilisait donc 30 317 inscrits et en mars 2026 31 935 inscrits, soit une hausse de 1618 inscrits sous la mandature Bercault. Depuis six ans, Laval semble donc regagner des habitants. Avec une incidence sans doute sur les résultats électoraux. ⬛


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