Carte scolaire – des RPI touchés par des fermetures de classe, les parents se mobilisent

La fête de l’École du RPI Villiers-Ruillé, RPI Alexain – La Bigottière – Saint-Germain-le-Guillaume - © leglob-journal.fr
La fête de l’École du RPI Villiers-Ruillé, RPI Alexain – La Bigottière – Saint-Germain-le-Guillaume touché par une fermeture de classe – Collection privée

« Vingt-cinq fermetures de classes pour douze ouvertures » en Mayenne. Ce sont les chiffres de la carte scolaire présentés le 25 mars 2026 par le Directeur académique des services de l’Éducation nationale et dévoilés par les syndicats. Bien évidemment dans les villages concernés les parents d’élèves ne sont pas d’accord avec ces nouveaux prélèvements de poste en Mayenne dans le service public de l’Éducation. De nombreux rassemblements se sont déroulés ou vont avoir lieu. Petite cartographie des doléances.


Par Thomas H.


« Des réunions publiques avec le RPI Villiers-Ruillé, RPI Alexain – La Bigottière – Saint-Germain-le-Guillaume, des rencontres avec les parents à Cuillé, et à Argentré… Mais aussi des blocages d’école le vendredi 27 mars à Ruillé-Froid-Fonds, et des rassemblements à Argentré, à la Bigottière, à Ruillé-Froid-Fonds… » . Steve Gaudin du syndicat Snudi-FO majoritaire en Mayenne pour qui « le budget d’austérité ne peut pas s’appliquer dans l’Éducation Nationale » , estime à « 98 les besoins en postes pour notre département, effectifs décents dans les classes, remplacement des absences non-remplacées, RASED complets pour un bassin de 800 élèves maximum, postes d’enseignants référents, postes d’enseignants spécialisés… » Des « actions » ont été conduites en liaison avec des parents d’élèves qui refusent « cette nouvelle salve de fermetures de classes prévues dans nos écoles » .

« Ce mardi matin [31 mars 2026, NDLR] , il faut être devant la DSDEN, pendant le CSA, là où ça se décide, avec les parents et les élus, à 9h ! » . Un énième appel à rassemblement de la CGT, FSU et Sud d’un coté et de FO de l’autre. Les syndicats ne sont pas totalement unitaires, même si ils seront en fait côte à côte le 31. Force Ouvrière « appelle avec la FCPE et plusieurs comités de défense des écoles publiques et des regroupements de plusieurs communes… » Objectif : manifester devant l’inspection d’académie où se déroulera un CSA SD : un Comité Social d’Administration spécial départemental, présenté par l’institution comme la « nouvelle instance unique de dialogue social » où siège la Préfète, l’inspecteur d’académie et syndicats, avec un rôle purement consultatif. Et sans les parents d’élèves pourtant concernés de fait. Le CDEN, lui, devrait se tenir le 9 avril.

Pour Maud Gagnant, la co-présidente de l’Association des parents d’élèves du RPI Alexain – La Bigottière – Saint-Germain-le-Guillaume, face à l’annonce d’un projet de fermeture de classe pour la rentrée prochaine, c’est incompréhensible. « Aujourd’hui, nos [trois] écoles comptent six classes avec des effectifs stables. Pourtant, une fermeture est envisagée, ce qui suscite une vive inquiétude chez les parents d’élèves , les enseignants et les élus. » Pour la représentante de la principale fédération de parents d’élèves, cette fermeture aurait des « conséquences concrètes : augmentation du nombre d’élèves par classe, dégradation des conditions d’apprentissage, désorganisation entre les écoles des trois communes, et plus largement un impact sur l’équilibre de nos territoires ruraux. »

Trois maires sont en effet concernés par cette suppression de classe. Celui de La Bigottière, Claude Tarlevé « nouvellement élu » et qui siège aussi au conseil départemental n’était pas au courant raconte Maud Gagnant. Trois maires et donc trois écoles à deux classes et séparées d’environ quatre kilomètres avec des ramassages scolaires… « Ce qui complique les choses, nous déclare Maud Gagnant, c’est en cas d’exécution de la menace par l’Éducation nationale de savoir quelle commune se retrouvera avec une classe unique ? » . On peut comme elle le dit s’attendre à une sorte de « guerre entre les trois communes… D’autant que Saint-Germain-le Guillaume a rénové sa cantine et son école… Et puis quel sera le comportement des parents d’élèves ? » s’interroge encore Maud Gagnant « Scolariseront-ils leurs enfants à Andouillé ? »

Le RPI Villiers-Ruillé, RPI Alexain – La Bigottière – Saint-Germain-le-Guillaume, c’est un « vieux » Regroupement pédagogique intercommunal… »Mon fils était en maternelle à La Bigottière, c’est la commune centre du RPI où nous habitons, mon fils est à présent au collège » nous confit la représentante FCPE. « Pour les parents, c’est un RPI qui est bien adapté, bien accepté, il fonctionne très bien… Alors pourquoi en changer ? »


« En décalage avec la réalité du terrain »


Mêmes impressions du côté de Ruillé-Froid-Fonds où une classe est menacée de fermeture dans le RPI avec Villiers-Charlemagne. « L’école est composée de six classes et accueille des effectifs stables depuis plusieurs années. Les prévisions pour les prochaines rentrées ne prévoient aucune baisse significative du nombre d’élèves. » Et pour étayer ces propos, les représentants des parents d’élèves expliquent que « sur les deux communes, il y a eu seize naissances en 2023 et vingt-cinq en 2024. » Les représentants de parents soulignent aussi les efforts déployés par les élus des deux communes qui, selon le communiqué que nous avons reçu, « développent une politique forte d’habitat : un lotissement de vingt-cinq parcelles en fin de viabilisation [est programmé] en juin 2026, et un ensemble de dix à douze logements collectifs [doit voir le jour en lien] avec Mayenne Habitat. Et un autre futur lotissement est en projet.« 

Qualifiée d’ « injustifiée, une telle décision aurait des conséquences concrètes et immédiates. Augmentation des effectifs par classe, dégradation des conditions d’apprentissage pour les élèves, complexification du travail des enseignants, et fragilisation de l’organisation du RPI entre les deux communes » argumentent les parents.

Stoppée lors de la rentrée scolaire précédente, cette fermeture de classe à Ruillé-Froid-Fonds réapparait pour celle à venir. Il y va selon les parents d’élèves de « l’équilibre de nos communes rurales. L’école est un service public de proximité indispensable, un facteur d’attractivité pour les familles et un élément structurant de la vie locale. Un nouveau commerce de proximité [A l’enseigne Api, des supérettes en libre-service, ouvertes tous les jours de l’année, NDLR] vient d’ailleurs d’être installé et favorise l’installation de nouvelles familles sur nos communes. » ajoutent les habitants qui souhaitent rappeler leur attachement à « une école de qualité, à taille humaine, permettant un suivi individualisé des enfants et le maintien d’un cadre éducatif favorable » . C’est d’ailleurs ce que disent tous les parents qui se voient soumis à une fermeture dans les communes.


160 fermetures de classe en quinze ans


Les autorités académiques reconsidéreront-elles tous ces projets de surpression de poste engendrant une fermeture de classe, au regard des effectifs réels et des enjeux de territoire ? On imagine que tous les paramètres inhérents à ces prélèvements de postes en Mayenne opérés en fonction des autres départements plus attractifs comme la Loire-Atlantique ont été mesurés et mis dans la balance de ces « vingt-cinq fermetures de classes pour douze ouvertures » . Pour le SNU-ipp, « Le Directeur académique se fait fort de « déployer des PAS dans tout le département » au mépris des conditions de travail des personnels AESH et des conditions d’accompagnement des élèves en situation de handicap. Les PAS, c’est toujours plus d’accompagnement avec moins de moyens. » dit le syndicat. L’objectif du PAS consiste à apporter aide et soutien à tout élève qui rencontre une difficulté dans les apprentissages ou son parcours scolaire selon l’Education nationale. Le SNU-ipp appelle à la grève aussi le 31, conjointement avec la CGT-Educ et SUD.

« Dans les trois ans qui viennent, en 2028 le département de la Mayenne aura perdu près de 28% des effectifs d’élèves. Une baisse structurelle en raison de la baisse de la natalité, du solde entre les entrées et les sorties du département et le taux de mortalité » avait argumenté Marc Vauléon sur leglob-journal.fr, en février 2025, le Directeur académique des services de l’Éducation nationale par intérim en Mayenne, avant l’arrivée en mars de Fabien Audy, l’actuel Dasen.

Plus généralement et le déclin semble assez inexorable, « depuis 2010, la Mayenne a perdu 5223 élèves dans le réseau public, soit une baisse de 23%… avait-il ajouté. La Mayenne a connu 160 fermetures de classe pour 7413 élèves de moins, soit une classe fermée pour un peu plus de quarante-six élèves de moins » . Un constat là-aussi effectué en 2025 par l’Institution scolaire sonnant comme un justificatif des mesures de fermeture à prendre. Un bien triste bilan en somme à mettre en rapport avec les actions menées par ailleurs pour tenter d’accroitre l’attractivité du département… ⬛


Les fermetures envisagées * :

Deux-Evailles ; Congrier ; Châlons-du-Maine ; Cuillé
Quelaines-St-Gault (+ Fusion des deux écoles – maintien décharge direction six classes pendant un an)
RPI Alexain – La Bigottière – Saint-Germain-le-Guillaume
Entrammes ; Commer ; Saint-Ouën-des-toits
RPI Ruillé-Froid-Fonds – Villiers-Charlemagne
Parné-sur-Roc ; Pré-en-Pail ; Argentré ; Saint-Pierre-la-Cour
Laval Jacques Prévert élémentaire ; Château-Gontier Le chant d’oiseau maternelle (+ éventuelle ouverture UEMA (classe spécifique via l’unité d’enseignement autisme) + maintien décharge)
Château-Gontier Jean de la Fontaine ; Château-Gontier Jean Guehenno élémentaire
Saint-Berthevin Le lac maternelle
Evron Jean Monnet
Mayenne Jules Ferry (+ maintien décharge 0,5 direction)
Changé ; Ambrières ; Louverné maternelle

* Source Snudi-FO


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