L’avenir de l’Enseignement supérieur, en Mayenne et en « débat »

Le Codul et les invités du débat sur l'énseignement supérieur à Laval en Mayenne

Futur

5 500 étudiants en Mayenne. Soit 4% des 139 000 que compte l’académie de Nantes. Avec une « envie », à terme le doublement de l’accueil, soit « l’objectif de 10 000 étudiants » sur le campus de Laval. Et une cohabitation entre le Privé, très présent en Mayenne et le public qui peine parfois à débloquer des financements pour créer des filières d’enseignements supérieur que son « concurrent » créé avant lui… Justement comment développer l’offre et dans quelques conditions ? La réunion du Codul a tourné autour de la question, avec en filigrane la sempiternelle problématique des moyens financiers…

Public – privé : la cohabitation

Par Thomas H.


la belle lettre a sur leglob

Au sortir de l’amphi de l’Agri campus Laval, par cette phrase lapidaire « ça a eu le mérite d’exister ! » , un spectateur analyse rapidement ce qu’il a retenu de ces deux heures d’échanges. Le ton est donné… L’amphi était clairsemé, car peu de personnes avait fait le déplacement sur l’Agri campus de Laval pour assister à ce « débat » sur la place de l’Enseignement supérieur en Mayenne. Dans les rangs, face à la scène, les habitués, presque tous les membres du Codul et tous ceux qui font, il faut bien le dire, la contestation dans le département. Pourtant ce n’était pas faute d’avoir fait la promo ! Le quotidien Ouest France qui devait « animer le débat » avait à plusieurs reprises annoncé l’ « évènement » dans ses colonnes et qui plus est dans les pages départementales…

Mais il faut reconnaître au Codul la petite prouesse d’avoir pu réunir presque tous les acteurs politiques et institutionnels qui sont les leviers du développement de l’Enseignement supérieur en Mayenne. Même si personne ne représentait l’ « Université » catholique de l’Ouest (UCO), qui aurait eu, selon un observateur éclairé, « des craintes de se faire étryer publiquement, après l’avoir déjà été« ? selon lui, auparavant…

Même s’il fut question de mettre en comparaison le coût d’une année, (quelques centaines d’euros pour l’inscription dans le public), face au 5000 € annuel en moyenne de scolarité pour l’UCO, cette dernière n’ayant pas été franchement au centre de la soirée. Le Codul, afin de ne pas être taxé d’une « bande de vieux laïcards » avait surtout eu envie d’écarter l’aspect confessionnel et le manque de respect de la loi sur la laïcité liés au dossier UCO… ce fut réussi…


Les acteurs du Codul en Mayenne qui défende l'Enseignement supérieur Phot leglob-journal.fr
Les acteurs du Codul – © leglob-journal.fr

Comment les élus sur la scène ont-il mis en avant leur différences ? Ce fut d’abord cette petite phrase : « les collégiens sont les futurs clients de l’enseignement supérieur » d’Olivier Richefou, le président du Département, à laquelle fut répondu « l’Enseignement supérieur est un moyen d’émancipation » de Florian Bercault le président de l’Agglomération de Laval. On a tout de suite senti la nuance politique, entre la droite et la gauche. Quant à la représentante de la Région des Pays de la Loire Samia Soultani, elle a rappelé d’emblée que son institution s’était fixée « un plafond de 20% pour financer le privé« . Un seuil arrêté qu’il faut par la suite tenir…

Public contre privé ? « Il ne faut pas faire de dogmatisme » a lancé Olivier Richefou, le financement de l’enseignement privé est selon lui « d’intérêt général et ne doit pas faire débat… ». Sauf qu’il avait en face de lui un « public » qui non seulement pense le contraire mais regrette « le non-investissement dans l’enseignement public de l’Etat, le manque de classes Prépa dans les lycées en Mayenne« , avec des contreparties pour le financement du privé qui sont « insuffisantes ». Sans oublier aussi « l’absence de concertation avec les habitants de la Mayenne » …


« La chance d’être alignés » ?


« Le campus de Laval et de la Mayenne est un site secondaire et non prioritaire et c’est pour cela a avancé Samia Soultani que  » la Région pallie les carences de l’Etat. L’UCO, a-t-elle développé rapidement, reçoit 7 millions d’€ de l’Etat et reverse 1,3 million à ses établissements qui possèdent 35% de boursiers » . Et la conseillère régionale d’ajouter « Nous avons une chance d’être alignés, Département, Région, Agglo, réjouissons-nous ! cela n’existe pas dans d’autres départements, comme en Sarthe où le Conseil départemental ne subventionne pas, c’est son choix, l’enseignement supérieur. » Plus politique, Florian Bercault a rappelé que l’Etat avait « déraillé avec la mise en place de l’autonomie des Universités qui a été prônée par Valérie Pécresse… » a -t-il lancé en regardant sa voisine LR … Le président de l’Agglo de Laval, soit 130 000 habitants, a redit : « Il faut des contreparties qui soient demandées à l’enseignement privé ce qui permettra d’interagir avec lui… et c’est ce que nous faisons » laissant entendre que lui et son équipe avait rompu le processus qui prévalait jusque-là : le financement du Privé en fermant les yeux… Plus généralement et sur la politique mise en place depuis des années par les majorités de droite et même de gauche qui se sont succédées, Florian Bercault a déclaré qu’au delà du financement qui a toujours été plus ou moins consensuel, « il faut peut-être arrêter de penser l’Enseignement supérieur en terme du Tout Campus« , sous entendu, « des pôles d’étudiants en centre ville pourrait aussi contribuer à développer la ville« .

Pour Olivier Richefou, politique aussi, comme il sait le faire, il a avancé que « Laval n’a pas les moyens d’avoir deux campus. Celui du quartier Ferrié n’aura pas de restauration… Je le regrette… ce fut un mauvais choix de la part de Messieurs Auxiette et Garot [Ex président de gauche de la région et de Laval Agglo] d’implanter les formations de Santé sur Ferrié… Il est trop tard maintenant, mais la Région met beaucoup d’argent… Et pensez-vous que ce soit normal que les collectivités locales financent en lieu et place de l’Etat? On a même une ligne budgétaire pour le matériel… Mais pour ma part je souhaiterais qu’il y ai un cinquième département à l’IUT… » Le président Richefou a plaidé pour des formations en phase avec les entreprises du territoire. Pragmatique, il verrait bien un département « Sciences de l’environnement » par exemple en raison de la présence de Séché, l’entreprise de gestion des déchets, en Mayenne.

« Se faire concurrence entre le privé et le public, cela n’a pas d’intérêt » , a avancé simplement Vincent Barré qui représentait l’Université publique en Mayenne. « Dans quatre ans, nous aurons sur le campus de Laval 1400 étidiants, 10% de plus ce n’est pas négligeable… » Sauf que « le Resto U du Crous est embouteillé aux heures de pointe, et pour des étudiants qui n’ont qu’une heure de battement pour déjeuner, cela pose problème » a remarqué sur scène une représentante étudiante. « Et puis il faut que Laval soit plus dynamique si la ville veut retenir ses étudiants… » a-t-elle préconisé, ce qui a fait tiquer son maire Florian Bercault…


« Fatalisme »


Gérard Prioul, sur scène, qui parlait officiellement au nom du Codul oubliant sa casquette de président de La Libre Pensée a recadré les choses. « Ce sont des millions qui sont déversés pour l’offre marchande de l’Enseignement privé qui tourne le dos à l’égalité des chances des élèves. Des sommes de plus en plus importantes vont au secteur privé… L’Etat organise les trous dans la raquette pour que le Privé s’y engouffre, et l’offre en Mayenne ne permet plus l’égalité des chances dans l’Enseignement supérieur. Nous avons besoin de clarté sur le projet de l’UCO et du bail avec aussi de la transparence sur les structures immobilières de l’ « Université » catholique de l’Ouest » . Loïc Broussey, le maire de Chalons-du-Maine a interpellé sur les bancs de l’amphi les élus. Il a regretté : « l’Etat a abandonné… et du coup le Privé s’installe dans la faille… » Mais comme aucun représentant de l’UCO, pourtant invité, n’était présent, la question est restée un peu en suspens.

Michel Ferron [Contributeur par ailleurs au Glob-journal] est intervenu lui aussi depuis les banc de l’amphi pour déplorer justement cette absence de l’UCO, et questionner : « la solution trouvée autour de son implantation sur le campus va-t-elle apaiser le conflit ? je ne suis pas sûr… » C’est Olivier Richefou qui a répondu, Florian Bercault est resté prudent en ne prenant pas la parole … « Ce sera un bail classique, il n’y aura pas de loup… vous verrez ! » Quant à l’Estaca dont l’extension va couté à chaque collectivité la bagatelle de 4,5 millions d’€, sans péréquation en fonction des budgets respectifs, et à fond perdu puisque le bâtiment appartiendra à l’école d’ingénieurs, « il n’y a pas de crainte à avoir selon Olivier Richefou… C’est comme pour l’UCO, ces écoles sont à but non lucratif et je ne pense pas qu’il fasse du business ! » a-t-il avancé à l’interrogation de Michel Rose de la Ligue de l’Enseignement.

Pour sa part Aurélien, militant de la France Insoumise a fustigé « la dépolitisation du débat… Je vous trouve tous très fatalistes a-t-il envoyé à l’endroit de certains élus… Il n’y a pas d’argent… Il n’y aura pas de deuxième Resto U à Ferrié… Que du négatif ! Cela fait peur… Ce constat de fatalisme est décevant ! » Un constat sans concession… ◼


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