Vers un rejet du recours contre le PSE de Luminess à Mayenne – Par Guillaume Frouin

Le siège social de Luniness a Mayenne - image capture écran Luminess
Le siège social de Luminess à Mayenne – capture écran © Luniness

Le tribunal administratif de Nantes a mis son jugement en délibéré et rendra sa décision dans trois semaines. Le comité social et économique (CSE) de Luminess (ex-Jouve) et le Syndicat national de l’Ingénierie, du Conseil, des Services et Technologies de l’Information (SNICSTSI) – CFTC avaient demandé aux magistrats nantais, vendredi 3 avril 2026, d’annuler le feu vert donné par l’inspection du travail au Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) imaginé par la direction.


Par Guillaume Frouin*


la belle lettre L sur leglob-journal

L’imprimerie à Mayenne, née en 1903, était plus connue jusque-là sous le nom de Jouve. Et puis en janvier 2022, voilà qu’elle change de nom pour devenir Luminess qui se présente comme un « acteur majeur de l’écosystème numérique français » . Elle comptait 2.000 salariés dans le monde en juin 2022, dont 200 à son siège de Mayenne avait commencé par recadrer la rapporteuse publique lors de l’audience au tribunal de Nantes. Luminess avait choisi d’abandonner son activité historique d’imprimerie pour se consacrer au traitement des données sensibles des banques, assurances et mutuelles, mais aussi de plusieurs acteurs publics ou industriels.

Après avoir « constaté une baisse de son activité et de sa rentabilité » , la société avait engagé un plan social pour, selon elle « restaurer les équilibres économiques » de cette entreprise fondée en 1903 par l’éditeur Henri Jouve. Trente-sept postes devaient ainsi être supprimés. Ce plan social « illégal » selon les représentants du personnel et le syndicat, au vu de « l’ampleur des licenciements » , avait malgré tout reçu « l’homologation administrative » de la Direction régionale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS) des Pays de la Loire.

Le comité social et économique (CSE) de Luminess et le Syndicat national de l’Ingénierie, du Conseil, des Services et Technologies de l’Information (SNICSTSI) affilié à la CFTC, avaient donc conjointement saisi la justice administrative : « l’absence d’efforts d’anticipation des difficultés apparues depuis plusieurs mois » devait aboutir à la censure de cette décision, selon eux. Le « montant élevé de la trésorerie » de la holding qui détient Luminess – la société Presse-Participations – et le fait que les dirigeants étaient financièrement « intéressés à une éventuelle cession de la société » faisaient aussi douter de la réalité des « difficultés » invoquées pour justifier ces licenciements économiques.


Améliorer le PSE


Les services de l’État avaient fait des suggestions de propositions d »amélioration du plan social. Les « dix-sept démissions » dénombrées lors de la phase d’élaboration du plan social font également planer des « risques psycho-sociaux » sur les personnels restants en poste au vu de leur « charge de travail alourdie » , avaient-ils mis en garde.

Mais ce vendredi 3 avril 2026, au tribunal administratif de Nantes, la rapporteuse publique a jugé que les « mesures d’accompagnement » prévues par Luminess pour son personnel étaient au contraire « suffisamment précises et concrètes : des échanges de courriels attestent du sérieux des recherches de reclassements » . Et les représentants des personnels et syndicaux, affiliés à la CFTC n’établissent pas que la cellule serait sous-dimensionnée » , considère la magistrate.

Le site Jouve 1 devenu Luminess situé rue du Docteur-Sauvé à Mayenne, et racheté par Mayenne communauté - Image google map

Le site Jouve 1 devenu Luminess situé rue du Docteur-Sauvé à Mayenne, et racheté par Mayenne communauté – Image google map

« Pas d’éléments » non plus, selon elle, pour dire que « l’impact » des dix-sept démissions serait « significatif » en termes de charge de travail. « Seule la démission d’un ingénieur logiciels » pourrait donner lieu à une telle critique au vu de « l’effet domino » qu’elle a provoqué, a-t-elle dit aux trois juges nantais. « Trente-neuf managers » ont au demeurant été « formés à l’identification et au traitement des risques psycho-sociaux« , a relevé la magistrate, avant de conclure au rejet de la requête des élus du personnel et délégués syndicaux.

L’avocat des intéressés a malgré tout dénoncé le « manque d’impartialité » de la DREETS des Pays de la Loire dans cette affaire au vu des « échanges opaques » qu’elle a eus avec la direction de Luminess : elle avait en effet « conseillé » à l’entreprise de « retirer » un premier projet de PSE qui encourait la censure et lui avait fait des « suggestions de propositions d’amélioration » qui sont « contraires au code du travail » . L’information des élus du personnel n’a pas été « spontanée » : ils ne l’ont su qu’après avoir « confronté » l’administration sur ce point.


« Treize millions d’€ de primes » en jeu pour la Luminess


Me Mohamed Triaki a également rappelé que « treize millions d’euros de primes » pour la direction de Luminess allaient « dépendre de la vente ou non de l’entreprise » alors que la trésorerie de la holding affiche « trente millions d’euros d’excédents » et que le « budget » du Plan de sauvegarde de l’emploi est de « seulement 1,4 million d’euros » .

« On a fait quinze réunions et des négociations avec les organisations syndicales pendant cinq mois… On n’est pas sur quelque chose qui a été fait rapidement ou par-dessus la jambe » , a répliqué l’avocat de l’entreprise. Me Aymeric de Lamarzelle a également réfuté toute « collusion » entre la DREETS et la direction de Luminess : cette « évolution favorable » au personnel du PSE est survenue au terme de plusieurs « échanges » préalables à la date-butoir fixée par la loi.

Surtout, pour l’avocat de la direction, le « motif économique » des licenciements se justifie par la « perte du plus gros contrat » de l’entreprise : son « organisation était calée dessus » . Et « Il y a avait une dégradation d’absolument tous les indices économiques, qui étaient en chute libre » , a certifié l’avocat de Luminess. « Dans ce cas-là, soit on continuait à faire l’autruche, soit on adaptait la structure de la société. Sans cela, peut-être cent postes auraient été perdus. » Le tribunal administratif de Nantes, qui a mis son jugement en délibéré, rendra sa décision dans trois semaines. ⬛


Guillaume Frouin est journaliste PressPepper


le slogan du Glob-journal