La façade de L’Avant scène, le cinéma Art et essai à Laval – leglob-journal.fr
Par Thomas H.
Contraint à une fermeture temporaire d’une semaine pour les fêtes de fin d’année, en raison d’une réorganisation en cours menée pour assurer sa pérennité, le cinéma d’Art et Essai de Laval qui présente majoritairement des œuvres « singulières » re-ouvrira bien le 2 janvier 2025…

« C’est facile je vais vous dire ça : le film de Ruffin à réalisé 575 entrées depuis le mois d’octobre où il a été programmé pour la première fois... » C’est certes bien moins qu’un blockbuster à l’affiche dans un des nombreuses salles des complexes d’un groupe de cinéma comme UGC ou Pathé par exemple, ces mastodontes de l’industrie cinématographique qui monopolisent la diffusion des films français ou étrangers. Le complexe Cinéville, le régional de l’Ouest privilégié à l’époque par le maire François D’Aubert, avec ses neuf salles à Laval peut accueillir en même temps près de 1900 spectateurs. Une autre dimension, même si le prix des places constitue manifestement un repoussoir pour la plupart.
« 575 » , c’est le nombre de spectateurs qui ont pu voir grâce au cinéma L’avant-scène le film de François Ruffin Au Boulot ! Une œuvre engagée et qui dérange, forcément. Mais sans la structure associative, il n’est pas certain non plus que Le chant des vivants le film de Cécile Allegra programmé dans le cadre de la Journée internationale des migrants aurait eu une certaine audience… Réclamé à corps et à cri par les amoureux du Septième art, ce cinéma qualifié d’ « Art et essai » qui présente majoritairement des œuvres « singulières » a vendu la première année de son existence, 120 000 tickets d’entrée.
Une fermeture temporaire
L’objectif de L’avant-scène, c’est de « déconstruire les normes et lutter contre la standardisation des goûts. » Il répond manifestement, à un besoin : s’installer à Laval, dans une ville où depuis des décennies les cinémas ont joué la « dernière séance » ne permettant plus au public doté d’un certain regard d’être satisfait par l’offre du « cinoche » .
Et pour les spectateurs, il s’agit d’ouvrir la réflexion. Et pour les jeunes, de les détourner des films d’actions dont la qualité éducative est souvent soumise à controverse. Ainsi la programmation orientée « film d’animation » comme Tony, Shelly et la lumière magique ou bien Flow; le chat qui n’avait plus peur de l’eau est censé attirer cette catégorie de spectateurs plus jeunes pendant les congés scolaires.
Mais L’Avant-scène sera fermé pendant les vacances scolaires de fin d’année pendant une semaine. Un panneau sur fond de branches de sapin est projeté sur le grand écran avant la projection des films. « C’est pour les salariés et les bénévoles, à leur demande, pour qu’ils puissent souffler un peu… On avait déjà fermé entre le 15 juillet et le 15 aout de cette année… Faire fonctionner un cinéma, c’est très chronophage… » avance à leglob-journal.fr le responsable de L’Avant-Scène Julien Favrot qui est directeur général depuis 2018 de la Ligue de l’Enseignement 53. Une fermeture même temporaire qui envoie un mauvais message si l’on regarde ce qui se dit sur les réseaux sociaux…
« Une pétition en ligne parle d’absence de transparence, c’est sidérant !… explique Julien Favrot. Mais contrairement à ce qui est dit, il n’y a pas de remise en cause du projet initial et si deux salariés à temps partiel à qui on avait demandé d’augmenter leur temps de travail sont partis malgré tout, c’est qu’ils ont refusé et c’est un choix personnel : ils partiront au 31 décembre … mais nous rouvrirons le 2 janvier 2025… Le ticket d’entrée sera augmenté en moyenne de 50 centimes… » . « Je n’étais pas d’accord avec cette décision de fermeture pendant les fêtes décidée par le Conseil d’administration de la Ligue de l’enseignement et d’ailleurs je ne resterais pas, je m’en vais… » commente en souriant, ce salarié qui a décidé de quitter la Ligue de l’Enseignement de la Mayenne…
Un année difficile pour la Ligue
En préambule du lancement du cinéma, une collecte sur helloasso n’avait permis de récolter que « 2 105 € soit 4 % seulement de l’objectif fixé à 50 000 € » , peut-être par manque de communication avance-t-on… « Ensemble donnons vie à L’avant-scène, cinéma associatif lavallois » disait la présentation de la collecte : « La ligue de l’enseignement, ajoutait-elle, se lance dans un projet cinéma singulier et fragile à Laval porté avec et pour les habitants mayennais. » . « Fragile » , en effet.
La ligue de l’enseignement de la Mayenne – FAL53 gère et pilote le cinéma labellisé Art et Essais avec une subvention de 56 000€ de la ville de Laval. « Sans cette subvention ce ne serait pas possible… » avance le directeur général de la ligue de l’Enseignement 53 qui reconnait qu’ « en 2023 le déficit de l’association était très important .: 300 000€ sur un budget de 1,5 M€… Nous étions 25 salariés, il y a eu des fins de contrat non-renouvelés et trois demandes de rupture conventionnelle d’acceptées… Tous cela dans le dialogue social… On a vendu aussi nos locaux 400 000 € pour faire de la trésorerie ; nous louons nos locaux actuels à Murat [dans le quatier Saint-Nicolas], et d’autres sont mis à disposition à titre gracieux et en 2024 nous sommes à l’équilibre avec un léger déficit de l’ordre de 30 000€. » . Pour Pascal Isambert délégué du personnel syndiqué Solidaires Asso : « Il faut laisser un peu de temps au temps et nous donner les moyens de redresser la Ligue financièrement : les locaux ont été vendus mais la totalité de la somme de la vente ne sera effective en trésorerie qu’en 2025… » avance-t-il.
Cinéma associatif donc, qui connait comme toute association des hauts et des bas, L’avant-scène a nécessité pour une salle de 120 places assises la somme de « 240 000€ » pour des « travaux financés à 30 % par la Ville de Laval et la Région Pays de la Loire dans le cadre de la loi Sueur qui autorise les communes, les départements et les régions à apporter des aides directes aux salles de spectacle cinématographique […] Le reste, soit 160 000€, repose sur les fonds propres de la Ligue de l’Enseignement de la Mayenne » . Une réalisation qui a pu voir le jour, toutefois sans les 40 000 € de « l’aide sélective du Centre national du Cinéma et de l’Image animée (CNC), le projet ayant été retoqué… » selon L’avant-scène. En tous cas, une somme à cinq chiffres aurait mis certainement du beurre dans les épinards.. Mais L’avant scène n’a pas eu d’aide du CNC car un représentant du Cinéville siégeait dans la commission en question. « Malgré le fait qu’il se soit déporté pour ne pas participer au vote, ce dernier n’a pas été favorable et la subvention s’est envolée » . Le Vox à Mayenne, en comparaison, sans doute parce qu’il n’y a pas de complexe cinématographie à proximité, avait pu bénéficier en 2016 de « 245 000€ » d’aide du CNC dans le cadre de la « restructuration et l’extension d’un cinéma de deux à trois salles » .
Trois ans plus tard, en mars 2019, une pétition sur Change.org lancée par Valentin Renard avait recueilli 575 signatures dans le but « d’ouvrir les yeux à l équipe du Cinéville sur leur programmation pour qu’elle soit plus diversifiée et surtout représentative des sorties nationales. Une autre solution ajoutait le texte de la pétition serait d’ouvrir le marché permettant alors l’installation d’un autre cinéma sur l’agglo ce qui diversifierait l’offre […] » . Quelques années plus tard en 2023, L’avant-scène voyait le jour . Auparavant Cinéville Laval avait mis à la disposition des cinéphiles et des autres une offre de cinéma « qu’il faut au moins avoir vu dans sa vie » ; des films qualifiés de « cultes » et donc incontournables dans la culture du Septième art comme par exemple Les hauts du hurle vent projeté un soir dans son intégralité. Recolorée et remastérisée. La situation de monopole oblige toutefois à se remettre en question…
« Nous sommes en train de mettre en place une réorganisation au sein du cinéma L’avant-scène, en raison des départs que nous connaissons et qui se feront au 31 décembre 2024... relate Pascal Isambert délégué du personnel… Depuis de nombreux mois, des bénévoles assurent l’accueil le vendredi soir et les week-end … Plusieurs salariés sont actuellement former en interne pour lancer les films et s’occuper des séances de visionnage … Il y a une phase d’adaptation qui est nécessaire et nous serons totalement près en février prochain…«
L’avant-scène devrait vivre et passer cette phase de turbulences. Il n’y a pas le choix. Car c »est selon les fondateurs un « cinéma autrement, accessible à toutes et à tous et qui participe au développement et à la richesse du territoire mayennais. » . C’est indubitable. Julien Favrot le directeur général de la Ligue de l’Enseignement 53 est lucide : « Avec un chiffre d’affaire de 116 000 € en 2024, et une fois enlevé la TVA et ce qui est dû aux distributeurs, il ne nous reste plus que la moitié de cette somme qui va dans la trésorerie. Vous savez, nous sommes une association et L’avant scène est un service que nous offrons aux Mayennais… Mais les temps changent, ajoute le directeur général. Il y a quinze ans on pouvait compter sur les subventions qui représentaient 65% des budgets et les prestations et ateliers que nous dispensions pesaient seulement 35%. Aujourd’hui, c’est l’inverse et c’est à nous d’inventer… C’est valable pour toutes les associations… Mais rassurez-vous, nous ré-ouvrons bien le 2 janvier 2025… » ⬛
