L’équipe cycliste pro féminine affichée sur la façade du conseil départemental de la Mayenne- leglob-journal.fr –
La préfecture de la Mayenne, interrogée, nous a fait savoir que « les conditions de mise en concurrence feront l’objet d’un contrôle de légalité ». Il faut dire que la commission d’appel d’offres a siégé au conseil départemental le 30 mars 2026 et le marché public de sponsoring cycliste a ciblé, comme on pouvait s’y attendre, un seul candidat. Le bénéficiaire, sans surprise, a été l’équipe cycliste professionnelle Reva 17 avec qui le conseil départemental avait déjà signé un contrat à l’hiver 2025. On vous avait décrit par le menu comment la charrue avait été mise avant les bœufs, cette fois on vous explique comment le choix était fait d’avance.
Par Marrie de Laval

Le projet de sponsoring cycliste disposait pourtant de l’année civile 2025 en entier pour se mettre en place, selon les règles, sans stress, en toute transparence, en utilisant l’article L3 du code de la commande publique. Il stipule que « Les acheteurs et les autorités […] respectent le principe d’égalité de traitement des candidats à l’attribution d’un contrat de la commande publique » […] en adoptant « les principes de liberté d’accès et de transparence des procédures » , […] assurant ainsi « l’efficacité de la commande publique et la bonne utilisation des deniers publics.«
Tout dans cette histoire réunit de nouveau les ingrédients pour que la justice puisse s’interroger sur un possible délit de favoritisme alors que l’appel d’offres en « procédure ouverte » devait s’adresser à tous. Si on retrouve toutes les étapes de la procédure nécessaire, hélas elles sont dans le désordre… La gestion du dossier de sponsoring cycliste par le Département pose une question : n’était-il pas envisageable de tout faire correctement sans se mettre en porte-à-faux avec le code de le commande publique ? Le contrôle de légalité de la préfecture aura sans doute à se prononcer avec tous les documents qu’elle aura en sa possession, ce qui n’est pas le cas au moment où nous écrivons cet article.
Le délit de favoritisme c’est se passer purement et simplement du code des marchés publics comme l’aurait fait le directeur de la communication et de l’attractivité du conseil départemental de la Mayenne, Guillaume Néron Bancel – pour l’heure l’enquête est en cours et l’auteur, présumé innocent. La justice cherche à vérifier si il a effectivement donné – à des exécutants choisis – des bons de commandes que une ou des entreprises ont honorés.
Pour empêcher le clientélisme, le favoritisme, le gonflement des factures au détriment des finances publiques, le respect des étapes de l’attribution d’un marché public est extrêmement important et bien cadré dans le code de la commande publique. S’en dispenser c’est s’exposer à des poursuites. C’est notamment le cas lorsque l’appel d’offre apparait purement symbolique et que le bénéficiaire du marché est déjà connu bien en amont.
Nous apprenions l’existence de la structure sportive de haut niveau Reva 17 au début du mois de décembre 2025. Une fuite dans la presse locale amène alors le Département à faire une annonce officielle, celle d’accompagnement sous forme de sponsoring d’une équipe cycliste féminine. La collectivité parle d’un accord financier avec Réva 17 d’un montant de 200 000 € pour monter une équipe cycliste féminine professionnelle. Les documents de l’assemblée du Conseil départemental en décembre 2025 révèlent les chiffres et la commission permanente se réunit le 5 janvier 2026. Par la suite, un appel d’offres pour la fourniture « de prestations de sponsoring sportif, dans le cadre de la stratégie d’attractivité territoriale du Département destinée à renforcer sa notoriété et accroitre sa visibilité auprès de publics élargis« est lancé le 13 février 2026 sur le site du département et sur la plateforme européenne des marchés en ligne. Sachant que l’équipe cycliste bénéficiaire est déjà connue puisque déjà bénéficiaire d’un contrat de soutien au cyclisme féminin : comment aurait il été possible de soutenir une équipe inscrite en « pro team » pour 200 000 € puis sponsoriser une autre structure pour un million, d’autant plus que la première formation s’appelait déjà Mayenne-Monbana-My pie ? C’est mettre comme nous l’avons écrit « la charrue avant les bœufs« , et dénaturer une procédure réglementaire d’appel d’offres.
L’équipe féminine Reva 17 venue de Charente maritime était en négociation avec ses sponsors chinois à la fin de l’année 2024 pour poursuivre le partenariat, obtenir une licence « pro team ». Et puis Jean-Christophe Barbotin, dirigeant de l’équipe, annonce dans Vélo-club.net en ce mois de décembre 2024 : « Il nous fallait ce label Pro Team pour pouvoir nous projeter sur 3 ans, 2026 – 2028. Si on ne l’avait pas eu, je ne donnais pas cher de la structure. Là, je sais que Winspace [Un des sponsors chinois, NDLR] continuera avec nous en 2026, mais il faudra également trouver d’autres partenaires. L’obtention du label va nous donner plus de visibilité, et la bonne nouvelle, c’est que l’avenir n’est pas bouché pour nous fin 2025. » .
En octobre 2024, le Département de la Mayenne avait annoncé la fin du contrat avec le skipper Maxime Sorel et évoquait donc déjà l’idée d’avoir recours au cyclisme. De son coté, au printemps 2025, Justine Gégu passait pro, en signant en juillet sous l’ancienne appellation de l’équipe cycliste (« Winspace-Orange-Seal »). Le groupe cycliste sécurisé dans son montage financier pouvait donc poursuivre sa préparation de la saison pour participer à des courses professionnelles importantes. Dans le même temps, le Département, il l’expliquera plus tard, cherchait officiellement des partenaires privés pour boucler son projet de sponsoring. Et c’est en Mars 2025 que le financement de l’aventure nautique départementale prend fin après le Vendée-globe lancé en novembre 2024.

Au conseil départemental lors de l’examen d’un compte financier unique – © Archives leglob-journal.fr
Quant à l’enveloppe nécessaire pour se lancer dans le cyclisme pro, on a pu observer que le Département procède à des reprises sur des fonds non consommés au titre du soutien aux équipements sportifs, pour un peu plus de 900 000€. Ce qui est acté lors de la commission permanente du 7 novembre 2025. On peut donc supposer que le million d’€ pour le sponsoring cycliste était trouvé.
Une procédure dite « ouverte »
La procédure dite « ouverte » de l’appel d’offres, – on appréciera l’ironie de l’appellation – aurait dû permettre de recevoir plusieurs propositions de structures sportives de haut niveau, candidatant pour concourir à l’enrichissement de l’attractivité du département de la Mayenne. Mais une seule proposition a été reçue et examinée le 30 mars 2026 en commission d’appels d’offres. Une procédure d’ouverture en fait très rétrécie… Vu le calendrier, il n’y avait plus d’équipe sur le marché pour l’année 2026. Soit elles avaient trouvé leurs sponsors, soit elles avaient jeté l’éponge. Les autres s’étant rendus compte, notamment par voie de presse, que l’équipe cycliste était déjà choisie, ont sans doute dû penser que les dés étaient déjà jetés. Et que l’appel d’offres n’était finalement qu’une simple formalité … puisque nous l’écrivions « le président du conseil départemental devait expliquer qu’il faudra en fait recourir à un marché public selon la procédure dite « ouverte », pour faire suite à l’alerte de la Chambre Régionale des Comptes de Nantes qui lui faisait « obligation de recourir à cette procédure » , à la suite d’un audit se révélant accablant effectué en 2022.
Pourtant, dès l’annonce de la fin du sponsoring nautique pour mieux se consacrer au cyclisme, le Département aurait pu lancé un appel à projet. L’équipe Arkea B&B Hotel et celle de Saint-Michel Aubert 93, par exemple, auraient pu se faire connaitre. Elles-mêmes, à l’époque connaissaient des soucis de bouclage de leur budget. Le secteur était sinistré, au point de voir disparaitre l’édition 2026 du tour de l’avenir féminin.
La commission permanente n’a pu qu’entériner, comme souvent depuis l’affaire de l’Espace M de la Tour Montparnasse (devenu M Paris), une procédure déjà en cours et dont l’issue est déjà connue … Elle a été en quelque sorte obligée de la régulariser, puisque ce dossier était à l’ordre du jour. Réunie le 5 janvier 2026, elle a voté en sa faveur alors que les conseillers départementaux d’opposition à Olivier Richefou, ont tous voté Contre et ont envoyé un courrier à la Préfète de la Mayenne pour réclamer un contrôle de légalité.
Le délit de favoritisme est puni par l’article article 432-14 du code pénal de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 200 000 €. ⬛
