A Argentré, un parc gourmand en euros et en terres agricoles – Par François Mansart

Depuis la mi-septembre, une concertation publique a été lancée dans les communes impactées par un projet d’échangeur autoroutier, sur la commune d’Argentré. Un ouvrage Vinci pour desservir le futur parc d’activités du Grand Ouest de 109 hectares (Ex-Parc multimodal). La concertation s’achèvera le 31 octobre prochain. Porté par Laval Agglomération, le projet de parc du Grand Ouest, et son échangeur autoroutier, ne laisse pas indifférent. Témoin cet habitant d’Argentré.

« Un chantier à rebours du défi climatique »

Par François Mansart*


Coincé entre la nouvelle LGV et l’autoroute A81, l’échangeur autoroutier poussera tel un nouvel îlot de béton et de goudron au milieu des champs. Il permettra de desservir une vaste zone d’activités industrielles budgétisée pour un montant de 51,70 millions d’euros. Livraison finale programmée en 2024.


L’enquête publique sera lancée en Février 2021, la simple concertation de la population se termine le 31 octobre 2019 – © SPL-LMA

Si ce projet de Parc du Grand Ouest dit d’« Argentré-Bonchamp» est dans les cartons depuis plus d’une douzaine d’années, on peut se demander s’il n’est pas devenu obsolète, au regard des grands enjeux environnementaux de notre siècle. Pour amadouer, on annonce qu’il serait accompagné de création d’emplois. Combien? C’est flou, variable et changeant. Avec des chiffres qui pourraient bien grossir à l’approche des élections municipales désormais couplées avec la désignation des représentants communaux siégeant à l’Agglo. Et comme souvent dans ce type de dossiers, on ignore précisément la provenance et la nature de ces emplois qui seraient promis aux habitants de l’Agglo après travaux.

Le plan de l’échangeur autoroutier, pour accéder au Parc, qui sera construit par Vinci – © SPL-LMA

Rappelons que des dizaines de projets de ce genre, en France, ont accouché d’une souris, dotant les communes concernées d’un bel échangeur autoroutier, certes, mais sans le moindre emploi à la clé, ou si peu, comparé au nombre escompté. Faut-il rappeler l’exemple du Parc d’activités de Vaiges en Mayenne? Ensuite, s’agit-il d’emplois qui seront expressément créés dans le territoire ou des emplois qui, en quelque sorte, seront importés d’ailleurs ? Autrement dit, déshabillerait-on une autre ville, une autre région pour habiller l’Est de l’agglomération lavalloise ? Ce qui serait déjà très différent d’une création véritable d’emplois locaux. Et d’ailleurs, qu’en penseraient les élus et les habitants qui seraient ainsi dépouillés de leurs entreprises ? Enfin, de quels types d’emplois parlons-nous ? S’agit-il de jobs précaires, comme Laval et sa périphérie en regorgent déjà ?

« Modèle économique à bout de souffle »

Surtout, quid de l’impact environnemental sur le territoire ? Notre « planète brûle », réellement cette fois-ci, et nous continuons de regarder dans le rétroviseur, celui qui renvoie l’image d’un modèle économique à bout de souffle, inspiré des années 1970, et s’appuyant encore sur le dogme du « tout-bagnole ». Nous en sommes toujours là, à l’aube de 2020 ! Car, à bien des égards, ce projet survient à rebours du combat pour la sauvegarde de notre environnement et de la lutte contre le dérèglement climatique, devenus plus urgents que jamais.

Quelques rares panneaux sont plantés en campagne pour annoncer la concertation © leglob-journal

Ce projet, s’il aboutit, générera immanquablement une augmentation du trafic routier dans un secteur, celui de Bomchamp-Louverné-Argentré, déjà saturé par le flux des poids lourds et des voitures, à certaines heures de la journée. Ce projet, s’il aboutit, mangera des terres agricoles, [Le foncier représente 16,30 millions d’euros sur le coût total du Parc, NDLR] favorisant ainsi l’artificialisation des sols dans une zone qui, par ailleurs, continue à multiplier les constructions résidentielles, comme un peu partout autour de Laval.

Ce projet, s’il aboutit, détruira un peu plus la biodiversité déjà grandement menacée, précisément aux confins des espaces périurbains. Ce projet, s’il aboutit, ajoutera des nuisances en tous genres dans un périmètre déjà traversé par la LGV et l’autoroute A 81. Ce projet, s’il aboutit, montre surtout que les milieux politiques, économiques, voire médiatiques, demeurent viscéralement attachés au productivisme.

Dans la presse locale, dans un article de Ouest-France publié en ligne le 2 août 2018, à propos de ce projet d’échangeur autoroutier, on pouvait lire : « Car sans raccordement à l’A81, comment faire venir des entreprises dans une zone dont l’atout principal est d’être à équidistance de la pointe bretonne comme de la capitale ? ». Sur le fond, rien n’a changé depuis 40 ans. Invariablement, C’est la même fable qui est ici récitée comme un mantra depuis la fin des Trente Glorieuses, celle qui nous conduit aujourd’hui à une impasse écologique et sociale. L’article oublie un peu vite que la périphérie lavalloise est déjà dotée non seulement d’échangeurs autoroutiers, mais aussi de parcs d’activités et autres zones commerciales. Non, Laval, est loin d’être le désert économique qu’on nous présente volontiers et qui justifierait qu’on détruise une nouvelle fois encore la nature.

Un projet très coûteux

On annonce que ce projet, dans sa globalité, coûtera 51,70 millions d’euros selon les chiffres officiels de la SPL-LMA (Laval Mayenne Aménagements). On investit donc pour attirer des entreprises dont on ne sait rien et qui, in fine, pourraient parfaitement changer d’avis ; on investit donc sur une vague espérance, sur un avenir hypothétique. On mise sur le hasard avec l’argent des contribuables, comme on jouerait au casino. On espère en tout cas que la campagne électorale qui s’amorce à l’échelle de l’agglomération pourra mieux nous éclairer quant aux noms de ces entreprises.

Vue aérienne du projet, échangeur et parc présentés au cour de la concertation en mairie d’Argentré – © SPL-LMA

Quoi qu’il en soit, il semble qu’un large consensus politique se soit fait jour autour de ce projet d’un autre âge. Ce qui en soi n’a rien d’étonnant, tant la plupart des élus locaux d’aujourd’hui ressemblent à s’y méprendre à ceux du 20ème siècle (c’est parfois les mêmes). Mais plus curieusement, on peine à entendre la voix des élus écologistes de l’agglomération lavalloise sur ce dossier.

Localement, à Argentré, on s’interroge pourtant sur la pertinence d’un tel projet. Située dans la deuxième couronne de l’Agglo, en limite de la communauté de communes des Coëvrons, la paisible commune conserve encore un caractère rural et champêtre, et une vie de bourg. Nombre d’habitants souhaitent préserver leur cadre de vie, conserver un équilibre ville-campagne sans être totalement absorbés par l’urbanisme galopant et, pour ainsi dire, sans être complètement avalés par Laval Agglo.

Sur le ton de la boutade, le maire d’Argentré, Christian Lefort (SE), par ailleurs candidat à sa propre réélection en 2020, dit à qui veut bien l’entendre que ce projet sera « notre petit Notre-Dame-des-Landes ». Que faut-il comprendre? Est-ce de l’humour teinté de résignation ou une simple pirouette ? On peut aussi y voir l’image d’un (gros) caillou dans la chaussure…

Changer la donne politique

Au bout du compte, ce projet arrive au pire ou au meilleur moment, c’est selon. Au pire moment, car il intervient après un nouvel été caniculaire en France où la sécheresse se fait encore sentir par endroits, après les gigantesques feux de forêts en Amazonie et ailleurs dans le monde, après mille et un signes et quantité de rapports scientifiques qui montrent que nous sommes au bord du gouffre climatique. Au meilleur moment aussi, car il survient après une rentrée marquée par le désir ardent de la jeunesse de sauver la planète. Au bon moment encore, car nous sommes à la veille d’une élection municipale, associée au renouvellement des élus communautaires. Par conséquent, ce projet aurait de quoi ouvrir quelques pistes de réflexion : quel développement pour l’agglomération voulons-nous demain ? Souhaitons-nous continuer dans la voie de l’étalement urbain à outrance ? Voulons-nous imiter la métropole rennaise, avec le risque certain d’une gentrification de la ville-centre depuis l’arrivée de la LGV en Mayenne ? C’est bel et bien une vision d’ensemble qui est nécessaire ici, puisqu’elle manque cruellement.

Date limite le 31 octobre 2019 pour donner votre avis dans les mairies d’Argentré, Bonchamps-les-Laval, Louverné et la Chapelle-Anthenaise – © SPL-LMA

Si les seuls membres du conseil municipal d’Argentré n’ont sans doute pas toutes les cartes en main, bien qu’ils aient approuvé ce projet, il apparaît qu’une première forme de résistance à cet échangeur autoroutier soit en train de naître dans la population, sans que l’on connaisse son degré d’opposition ni ses intentions. Ira-t-on vers la constitution d’une deuxième liste à l’occasion des élections municipales ? En soi, ce serait déjà une petite révolution localement, même si c’est surtout sur l’ensemble des communes de l’Agglo, la ville de Laval en tête, qu’il faudrait peser pour entrevoir une nouvelle majorité politique globale. Ou bien encore, puisque le maire d’Argentré compare volontiers, fût-ce sur le ton de la plaisanterie, ce projet avec celui, mort et enterré, de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, se dirige-t-on vers une occupation des terres à la manière des ex-zadistes du bocage breton ? En tout état de cause, les prochains mois risquent d’être orageux à l’orient de Laval. Et nous verrons bien qui de la botte militante ou du bulldozer aura le premier les pieds dans la boue.

*François Mansart est le nom d’emprunt d’un habitant d’Argentré.


Soutenez votre média en ligne en Mayenne en faisant un don

Ils ont commenté cet article :

  1. Oh l’article bien sectaire !

    Tous les éléments de langage ou presque, de la gauche-ecolos-bobo-Enseignement public- etc. y sont ; déni de la réalité économique ; les jobs crées par les entrepreneurs sont bien sûr précaires ; ces derniers se gavent d’argent public et ne prennent aucun risque – ben voyons ! sans compter ces amalgames outranciers sur les bon thèmes du moment : les enjeux environnementaux du siècle, dérèglement climatique, Notre-Dame-des-landes et autres ZAD, la canicule, les feux de forêts en Amazonie …. Et sur le plan bien local : ces pauvres ruraux envahis par les urbains, l’agglo dévorant comme un ogre ces belles terres agricole … Vous parlez de Laval là ??
    Je ne crois pas que l’on vive dans la même Mayenne ou peut-être ne sortez vous jamais de votre canton !?

    Oui, c’est la guerre entre les villes-agglos au sein d’une même région ou au-delà ! Pour ne se référer qu’à nos voisins, réalisez ô combien les villes/agglos d’Angers, du Mans, (ne parlons pas de Rennes bien sûr), mais aussi la Roche s/Y (et presque toute la Vendée d’ailleurs), Cholet, ….. se sont considérablement plus et mieux développées que la petite agglo Lavalloise, dont la ville centre se désertifie (lentement certes, mais durablement), que la première couronne ne grandit plus et qu’il faille « avaler » la petite communauté de Loiron pour maintenir un semblant de progression.
    Vous oser parler de « gentrification » de la ville-centre, donc laval ! Vous ne devez pas y venir souvent et encore moins y vivre. Personnellement je vis dans l’hyper-centre de laval, un quartier autrefois très plaisant et vivant … les familles sont parties, Les maisons bricolées par des « investisseurs » locaux privés et transformés en une multitude de studios et petits appartements loués à des personnes seules, à des migrants qui trouvent là de quoi se loger « à peu cher », croient-ils, mais ceux-là n’ont pas le choix ! Sans parler du nombre de foyers et autres habitations d’associations aidant les plus démunis – c’est parfait que cela existe ! Mais de grâce ne parlez pas de gentrification – c’est faux et malhonnête intellectuellement.

    Je vous donne néanmoins raison au moins sur un point ; oui c’est un pari, oui il y a un risque ! Car s’il suffisait de créer l’espace d’accueil pour qu’il se remplisse tout seul et sans autres efforts …
    C’est un combat qui devra être gagné par des hommes (et femmes) volontaires, énergiques et qui ne spéculent pas sur la défaite. Salutations distinguées

    1. Rassurez-vous, nous vivons dans le même département et je connais bien la ville de Laval et son agglomération. Apparemment, nous avons une vision assez différente des choses, en un sens tant mieux, car nous sommes (encore) en démocratie et nous pouvons (encore) débattre librement. Cependant, ce n’est pas une raison suffisante, me semble-t-il, pour employer un ton presque méprisant (je n’oserais pas dire outrancier 😉
      Cordialement.

Commenter cet article