Jeux Olympiques : pas de quoi s’enflammer – Par Michel Ferron 🔓

Les anneaux olympiques - image Pixabay

Tribune

Par Michel Ferron


La belle lettre P sur leglob-journal

Peu d’événements sportifs, même de grande audience internationale, bénéficient comme les J.O. d’autant de préludes au calendrier de la mise en route des compétitions successives.

Pour ce qui est des Jeux Olympiques, Ă  peine officialisĂ©e la sĂ©lection de la ville accueillant l’évĂ©nement, de multiples Ă©chĂ©ances se mettent en place durant un long parcours de prĂ©paration, jalonnĂ© de tâches diverses : planning de travaux de construction pour diverses infrastructures rendues nĂ©cessaires (parmi lesquels le chantier consacrĂ© Ă  la dĂ©pollution de la Seine a dĂ©frayĂ© la chronique), inventaire des modalitĂ©s d’hĂ©bergement pour les athlètes et le public, vente des billets, etc. , le tout, couronnĂ© par les festivitĂ©s populaires autour du parcours de la flamme olympique.

En bref, à quelques encablures du démarrage des compétitions, la France a déjà eu l’occasion de vibrer collectivement, au point de donner l’impression d’avoir vécu une partie d’un événement … qui n’a même pas encore commencé.

Pour autant, avant que ne s’ébranle le long défilé des pays participants, il apparaît pertinent de nuancer la grande ferveur qui va s’emparer du pays. Soyons clairs : en-deçà d’une tradition qui se réclame de la mythologie et de la religion de l’Antiquité grecque, cette manifestation va se banaliser en une célébration ordinaire du SPORT, mettant à l’honneur de nombreuses disciplines déjà fortement médiatisées dans la plupart des pays.

Sans vouloir jouer les trublions, affublés de bonne conscience et de morale grincheuses, on assistera à la classique répartition entre les nombreux inconditionnels de la fête du SPORT et la minorité de ceux qui voudront tempérer l’enthousiasme des foules. En particulier, le contexte général de cette édition des J.O. 2024 risque d’impacter sensiblement l’atmosphère générale.

Sur le plan de la politique intĂ©rieure française tout d’abord : les Jeux se dĂ©rouleront au lendemain d’une grave crise institutionnelle, engendrĂ©e par un lourd calendrier Ă©lectoral (Ă©lections europĂ©ennes, dissolution de l’AssemblĂ©e nationale, suivie des lĂ©gislatives qui n’ont pas provoquĂ© la clarification attendue).

La politique internationale me sera pas non plus absente des stades, avec, notamment, les retombées de la guerre en Ukraine, qui ont pesé sur le processus de désignation des compétiteurs, les athlètes russes se voyant refuser l’accès au défilé inaugural.

Nous voilà loin, à nouveau, de la traditionnelle trêve olympique prévoyant dans l’Antiquité la suspension des conflits durant les Jeux. L’état actuel du site d’Olympie se réduit en effet à une jolie carte postale surannée, même lorsque l’on y fait figurer de belles silhouettes de danseuses, revêtues de leurs robes liturgiques…


joolympiegrece

Sur le site d’Olympie en Grèce antique – image pixabay

Cette permĂ©abilitĂ© des Jeux aux conflits environnants n’est pas sans rappeler deux dates mĂ©morables :

  • 1936, en plein nazisme, aux JO de Berlin, la victoire de l’athlète noir Jesse Owens provoque la fureur de Hitler, quittant le stade pour ne pas avoir Ă  serrer la main d’un « nègre Â»â€¦
  • 1972 Ă  Munich, l’assassinat de 11 athlètes israĂ©liens par le commando palestinien Septembre Noir plonge le public dans la stupeur

On pourrait aussi se tourner vers la statue du vĂ©nĂ©rable refondateur des Jeux modernes, le baron Pierre de Coubertin : longtemps prĂ©sentĂ© comme visionnaire et apĂ´tre de la fraternitĂ© entre les peuples, il a vu son charisme Ă©cornĂ© d’une face sombre rĂ©gulièrement dĂ©noncĂ©e (racisme, colonialisme et misogynie…)

Quitte Ă  briser les « idoles Â», la simple honnĂŞtetĂ© intellectuelle incite Ă  modĂ©rer l’idĂ©alisation du SPORT comme vecteur prĂ©tendu de toutes les vertus nobles et chevaleresques : dĂ©passement de soi, culte de l’effort, respect de l’adversaire, Ă©mancipation de la jeunesse … En tant que mode d’expression populaire du corps social, le SPORT peut aussi devenir le vĂ©hicule de contre-valeurs ; culte de l’argent et du business, racisme et homophobie, actes de prĂ©dations sexuelles, porte-drapeau du nationalisme exacerbĂ© sous la forme du chauvinisme agressif …

Mais ne boudons pas la FĂŞte : The show must go on ! … ⬛


le slogan du Glob-journal

1 commentaire sur “Jeux Olympiques : pas de quoi s’enflammer – Par Michel Ferron 🔓”

  1. Deux omissions m’ont Ă©tĂ© signalĂ©es par des lecteurs avisĂ©s :

    * parmi les incidences fâcheuses de l’organisation des JO, on peut aussi mentionner les mesures prises pour dĂ©loger les Ă©tudiants des citĂ©s universitaires, afin de pouvoir profiter de places d’hĂ©bergement pour les athlètes

    * il eĂ»t Ă©tĂ© pertinent, dans cette tribune, de consacrer aussi quelques remarques aux Jeux paralympiques, qui, loin de bĂ©nĂ©ficier de la mĂŞme mĂ©diatisation et des mĂŞmes publics, n’en reprĂ©sentent pas moins une Ă©tape complĂ©mentaire permettant de cĂ©lĂ©brer d’authentiques valeurs : abnĂ©gation, dĂ©passement de soi-mĂŞme, combativitĂ© et pugnacitĂ© ….

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