Jumelage Laval-Garango : la fin du vote consensus – Par Thomas H.

Une image du site du comité de jumelage Laval Garango -©️ leglob-journal.fr
Une image du site du comité de jumelage Laval-Garango

Pour la première fois depuis que le jumelage coopératif, créé en 1974 sous la municipalité de Robert Buron entre la ville de Laval et Garango au Burkina Faso existe, le consensus autour de l’aide accordée par la ville de Laval a volé en éclat en conseil municipal. Par le truchement de Vincent d’Agostino, l’opposition s’est abstenue au moment de voter la subvention de coopération, s’appuyant sur le changement de régime au Burkin Fasso devenu une dictature militaire. Sans penser aux populations locales


Par Thomas H.


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Vincent d’Agostino, élu de l’opposition à Florian Bercault et ancien « chef de file LREM » aux municipales de 2020 a d’abord simplement demandé, benoitement, s’il était possible de voter les subventions séparément, c’est-à-dire une par une et non en bloc comme le proposait le maire de Laval Florian Bercault. On sentait qu’il était question d’une subvention mais on ne savait pas encore précisément laquelle. Puis Vincent d’Agostino est intervenu plus explicitement sur la subvention allouée à Garango. Il a expliqué, ce qui est vrai, que le coup d’État militaire du 30 septembre 2022 avait fait basculé le Burkina-Faso, anciennement la Haute Volta sous le joug d’une dictature.

Sommes-nous certains que les allouées iront bien là où elles doivent aller ? a-t-il développé en substance. Même si la France a coupé officiellement les ponts avec le Burkina Faso, – plus aucune émanation gouvernementale ou étatique n’est autorisée officiellement à aider le pays burkinabé -, c’est oublier que se sont en bout de course les civils, les populations locales qui sont les bénéficiaires des dons et subventions. Ce que lui a fait remarquer l’adjoint de Florian Bercault, Georges Poirier qui a reproché à Vincent d’Agostino de ne pas avoir été présent à l’Assemblée générale du 13 mars 2024 du comité de jumelage Laval-Garango. Si vous aviez été là vous auriez su… lui a-t-il lancé en substance.

A Laval, lors de cette AG, des chiffres ont en effet été communiqué. Ils permettent de comprendre comment l’argent déployé en Mayenne est utilisé dans ce pays d’Afrique. Selon l’association ce sont « 44 451 euros [qui] ont été versés par l’Agglo de Laval en 2023 au titre de la loi Oudin-Santini [Cette loi autorise les collectivités territoriales à consacrer jusqu’à 1% de leur budget alloué à la gestion de l’eau pour financer des actions de coopération internationales dans ce secteur, NDLR], via le comité de jumelage explique Georges Poirier, l’adjoint en charge des associations et « vie quotidienne et citoyenne » à la ville de Laval.. Sur le site de l’association Laval Garango, on peut lire aussi « Le troisième programme Eau et Assainissement a été finalisé en 2022. Au total les trois premiers programmes (lancés en 2010, 2017 et 2020) ont permis la réalisation de 25 blocs de latrines (80 postes), de 46 forages et d’un raccordement au réseau public. Ces programmes ont été financés principalement par Laval-Agglo et l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et ont bénéficié aussi d’une participation du Conseil Départemental de la Mayenne. Leur coût total est de 580 775 €. « 

Parallèlement ajoute Georges Poirier ce sont « 24 946 euros [qui] ont été donnés par 203 parrains pour 316 filleuls soit environ 120 euros par parrain (10 euros par mois) » , énumère-t-il. Centralisées sur place à Garango, selon l’élu, « par une religieuse qui se charge de l’acheminement de ses fonds mayennais. »

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Quant à la « subvention de 28 000 euros de la Ville, [elle] a servi à hauteur de 16 698 euros au financement de 25 micro-projets sur place. Le programme en 2022 avait permis de réaliser 30 micro-projets pour un montant total de 11,25 millions de francs CFA soit 17 150€, pour un coût moyen d’un projet est donc de 571 €. selon le rapport de l’association,

En outre 8 974 € ont été consacrés pour la cellule d’accompagnement sur place et son conseiller technique Jean-Pierre Ouédraogo et 1 500 € [sont fléchés] pour les frais de fonctionnement du bureau exécutif à Garango » détaille encore Georges Poirier.

Au total , « 96 659 euros » ont été « versés dans la région de Garango » en 2023 .


Le stand du comité de jumelage Laval Garango sur le dernier marché de Noël à Laval – Image comité jumelage
Le stand du comité de jumelage Laval-Garango sur le dernier marché de Noël à Laval – Image comité jumelage

La réaction de Georges Poirier à l’attitude de l’opposition, après le conseil municipal démontre à la fois de la tristesse et de l’indignation. « Depuis la création du jumelage initié par Robert Buron, il y a toujours eu un consensus pour financer le jumelage-coopération avec Garango, au-delà des alternances de majorité à Laval. C’est la première fois que l’opposition s’abstient, il faut déplorer cette attitude.

Si ces élus avaient participé à la réception de la délégation de Garango en septembre ou bien à l’assemblée générale du comité de jumelage Laval-Garango le 13 mars, ils auraient obtenu toutes les informations nécessaires. Nous continuerions d’apporter notre part solidaire à nos amis garangolais en direct et sans intermédiaire étatique. Tout autre attitude aurait un impact désastreux pour les populations locales » .  


Il n’est pas « interdit pas aux collectivités d’y poursuivre leurs actions ou d’en engager de nouvelles, conformément au principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales. »

Stéphane Séjourné, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

Aussitôt saisi par la municipalité de Laval par un courrier concernant la situation au Burkina Faso et la possibilité de continuer à financer des projets de solidarité pour venir en aide aux civils, le ministre de l »Europe et des Affaires étrangères a répondu le 12 février 2024 au courrier du maire de Laval.

Stéphane Séjourné écrit : « Mon attention a été appelée sur vos préoccupations concernant la poursuite des actions de coopération conduites par les collectivités territoriales françaises au Burkina Faso après l’annonce de la suspension de l’aide publique au développement française à destination de ce pays.

Le 6 août dernier, la France a annoncé la suspension de son aide au développement au bénéfice du Burkina Faso, dans un contexte de dégradation de notre relation bilatérale. Néanmoins, pour ne pas pénaliser les populations, nous avons maintenu notre aide humanitaire et un certain nombre d’actions de coopération culturelle et universitaire.

Cette décision a conduit le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à suspendre ses cofinancements aux projets de coopération décentralisée des collectivités françaises au Burkina Faso. Pour autant, elle n’interdit pas aux collectivités d’y poursuivre leurs actions ou d’en engager de nouvelles, conformément au principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales.

Bien conscient du rôle de la coopération décentralisée dans le maintien et l’approfondissement du lien fort qui lie les populations et des dynamiques de développement qu’elle suscite ,je reste pleinement mobilisé pour trouver les meilleures réponses face aux enjeux actuels. »

Au delà de l’aspect financier et d’entraide internationale, localement les Burkinabés doivent se ressaisir et faire face, c’est qu’estime Didier Ouédraogo, le président du Mouvement burkinabé des Droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), section de France qui avait fait un passage à Laval pour une conférence publique sur la situation géopolitique dans son pays. Il estime d’ailleurs sur le site d’informations Le Faso.net que « nul ne peut s’accommoder de la réduction en cours des périmètres des droits et devoirs citoyens au sein de la société burkinabè » . Dans une tribune sur ce site internet, il « demande aux Burkinabés de se redresser pour résister à toutes les manœuvres qui font régresser la construction d’une démocratie à la hauteur des enjeux de notre société. Il faut constater, comprendre et agir ensemble, de manière organisée, démocratique et populaire » . ◼️


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