A grands coups de bombes de peinture et de couleurs, valorisons le patrimoine

Un appel à projets a été lancé, le 25 avril, par la Fondation Mécène Mayenne (Medef) présidée par Luc Boisnard « pour la création d’une fresque murale monumentale sur des parois de deux silos agricoles appartenant à Terrena », et situés Zone des Touches à Laval. Il s’agit, disent ses concepteurs, d’un « projet [qui] s’inscrit dans une logique patrimoniale en combinant les dimensions culturelle et artistique dans un contexte de développement local, le but étant de valoriser le patrimoine industriel de la Mayenne. ». L’habillage de silos pour « éveiller de manière plus expressive les regards sur la ruralité ».

Bouger la Mayenne

Par Thomas H.


Bombes et couleurs seront de la partie. Mais pas que : il est question d’ « une grande variété de styles, des plus populaires en passant du graffiti, au pochoir, au sticker art ou au yarn-bombing. » lit-on dans le document de présentation de la fondation. Mais pour ceux qui seront sélectionnés, si « le choix de l’expression artistique utilisé est libre, nous serons réceptifs à toutes les propositions » avancent les organisateurs, il faudra tout de même se limiter à créer dans un cadre imposé. Car la liberté artistique sera encadrée par des contraintes qui fixeront le champs d’intervention du ou des street-artiste(s). « Les projets seront étudiés par le comité, puis sélectionnés avec attention » explique l’appel à projets pour la réalisation de cette « oeuvre de Street-Art. »

Selon la Fondation Mécène Mayenne, création du Medef, la décoration murale des silos lavallois (chaque silo mesure vingt-cinq mètres de hauteur et huit de largeur) doit, en effet , être « non polémique et non politique ». C’est dit… L’oeuvre devra donc être consensuelle. Si vous souhaitez critiquer sous une forme ou une autre la société de consommation, ou bien dénoncer en véhiculant un message, oubliez cette idée très vite. Car l’artiste, ou le collectif d’artistes devra réaliser un habillement des silos qui devra « être lisible, visible, pérenne (10 ans) et en cohérence avec son environnement ». Ils sont situés dans la zone industrielle des Touches à Laval.

Street-art à Auxerre, sur les silos du Batardeau – Florent Maussion

L’originalité de l’oeuvre de Street Art qui doit être de mise, on l’imagine, aura donc été pensée. Pas question de laisser son imagination du moment s’inscrire sur les deux colonnes de béton contenant du grain, dans des courbes et des lignes, certes artistiques, « l’art du graffiti s’est développé à la marge, dans des pratiques s’affranchissant parfois de la légalité » explique la Fondation, mais il ne parle pas au plus grand nombre et ressemble le plus souvent à des signatures. La réalisation finale « tout en étant bien en rapport avec l’esprit et les objectifs souhaités par l’appel à projet » devra donc « être interprétable par le tout public » tout en « sollicit[ant] l’intérêt des personnes ».

Pour la fondation Mécène Mayenne qui regroupe 17 entreprises avec un budget annuel de 85 000 euros, « ces immenses réservoirs agricoles encore en usage et visibles depuis la ligne de chemin de fer montrent l’environnement du paysage Lavallois qui est tourné vers le milieu agricole. » Ils le seront d’autant plus, car décorés, ils devraient offrir une sorte de vitrine qui pourra attirer l’oeil « pour éveiller un dynamisme sur le territoire et porter une identité lavalloise plus forte. » Car « Laval et son agglomération sont caractérisées par un bocage fragmenté, une activité agricole encore très présente et influente avec un développement péri urbain autour de Laval. » écrit le dossier de presse.

Et si on poursuit la lecture : on y découvre, noir sur blanc, un autre visage. Celui de « Luc Boisnard,  alpiniste chevronné, chef d’entreprise, auteur et conférencier, (…) le premier français a avoir organisé une expédition de dépollution de l’Everest, la plus haute décharge du monde. » lit-on. Plus loin on le présente encore comme un « spécialiste de l’audace, du culot et de la véritable prise de risque, celle qui est assortie de sanctions mais surtout de réussite. » Amis Street-Artists, vous voilà prévenus.

« Dévoué au développement et à la démocratisation des arts et de la culture », Mécène Mayenne explique encore « accorder un intérêt tout particulier au street-art ou art urbain sur le territoire mayennais. » L’idée qui prévaut, c’est ni plus ni moins de « remettre en valeur le « délaissé urbain» et c’est dans cette logique que « la fondation a déjà participé en 2017 au financement de deux fresques dans le cadre du projet France-Colombie avec deux artistes colombiens du collectif « Crew Peligroso » : Pac Dunga et Arte Vital. »

La Fondation Mécène Mayenne a été lancée par le Medef en 2016

« Grâce à ce projet street-art, Laval pourrait voir naitre ses visites guidées street-art, comme une sorte de balade muséale d’art à part entière avec d’immenses fresques. Un mélange entre l’histoire et l’art de la rue qui changera surement les regards sur la ville. » estime la fondation, pour qui « produire des oeuvres marqueurs dans le paysage urbain lavallois permettr[a] à des artistes émergents locaux ou non de se faire connaître. C’est aussi l’un des objectifs de Mécène Mayenne. »

Douze critères de sélection ont été arretés. En première position dans ce tableau : le « Caractère artistique innovant, créatif, original, contemporain » de l’oeuvre à venir. Viennent ensuite : la « Qualité de la démarche artistique » et la « Pérennité de l’oeuvre ». Qu’elle soit « Au plus proche d’une initiative responsable et écologique », quant à l’« Aspect esthétique de l’oeuvre » il arrive en cinquième position. En fin de ce tableau des critères de notation, on trouve : « Le respect de la forme imposé du dossier de candidature ».

D’un point de vue pratique encore, on peut lire dans l’appel à candidatures que « l’association, l’artiste ou le collectif d’artistes peut recourir aux techniques de son choix, sous réserve que cette technique soit adaptée au support investi. » Le silo est généralement construit avec du béton ayant fait appel à la pose de barres de renforcement, et sa surface est plutôt lisse ; mais avec le temps, celle-ci a pu pâtir de l’érosion.

Provoquer, mais soft : le pavé façon fleurs – source Mécène Mayenne

D’ailleurs, « la fondation d’entreprises Mécène Mayenne prendra en charge matériellement et financièrement le nettoyage préalable des silos ». Elle accompagnera aussi la démarche de création du ou des artistes et s’engage à « mettre en oeuvre un dialogue régulier et formalisé avec l’artiste ou collectifs d’artistes résidents. Cette collaboration sera formalisée dans une convention. »

Petit détail encore, mais il a son importance avant d’enfiler votre habit de travail et de prendre votre sac à bombes de couleurs et vos masques de protection : la livraison de l’énergie électrique sera normalement assurée par les soins du propriétaire du site Terrena. Enfin, « la location d’élévateur au chantier est à la charge de l’artiste ou du collectif d’artiste. », précise en rouge l’appel à projets. Ce qui n’est pas sans intérêt.

Si vous êtes intéressé, il faut savoir qu’après le 31 mai, il ne sera plus possible de candidater. Quant au démarrage de la fresque, il est programmé au 1er septembre 2019. Entre temps, la commission d’attribution se sera réunie du 21 juin au 15 juillet.

Image de Une : street-art dans une rue de Bruxelles – © leglob-journal

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