A Laval, « composer et fusionner » : challenge de la gauche pour le second tour

A Laval, le premier tour condamne la liste de gauche de Florian Bercault à réussir la fusion avec l’autre liste de gauche, celle d’Isabelle Eymon. A elles deux, Demain Laval Ensemble et Laval Écologique et Solidaire comptabilisent 51,39 des voix. Les deux listes ont jusqu’à Mardi soir pour se mettre d’accord et déposer une nouvelle équipe sur le papier. Didier Pillon (Laval Passionnément) fait au final 40,82 %, un score pratiquement identique à celui qu’avait réalisé François Zocchetto au premier tour en 2014 avec Ensemble réveillons Laval. Quant au Rassemblement National, il perd quatre points par rapport à 2014, et tombe à 6 %.

Une fusion et une alternance au bout?

Par Thomas H.


Au soir d’une longue journée, avec une abstention beaucoup trop forte sur fond de Covid-19, s’est dessinée une « drôle » d’impression. Quand j’écris ces lignes, il me vient le sentiment que nul n’est satisfait pleinement des résultats issus des urnes et de la volonté populaire d’une partie de l’électorat. Reculs pour les uns et obligations de résultats pour les autres, mais pas vraiment d’exultation au bout de cette étrange campagne, au soir du premier tour.

En premier lieu le Rassemblement National et sa tête de liste Jean-Michel Cadenas qui avait joué pourtant à « Cadenas ouvert » en enfilant un costume de candidat respectable, au discours policé et aux arguments recevables.

Une stratégie qui n’a pas fonctionné. Le militaire à la retraite réalise un très mauvais score qui ne lui permet pas d’être présent au second tour comme avait pu le prétendre en 2014 Jean-Christophe Gruau, de justesse avec un peu plus de 10 % des voix.


Jean-Michel Cadenas et Odile Menant découvrant leurs résultats à la mairie de Laval – © leglob-journal

Exit donc le RN! Le parti de Marine Le Pen ne siégera plus au conseil municipal de Laval. « L’affaiblissement du RN est une très bonne chose » analyse pour le PCF Jacques Poirier. Quant à Jean-Michel Cadenas qui peut prétendre à la fusion avec la droite dite classique emmenée par Didier Pillon, en raison de son score supérieur à 5 %, il estime qu’il est « hors de question d’aller avec une liste ouverte à LREM. » Il ne donnera pas de consigne de vote, « les électeurs étant libres. » dit-il.

Didier Pillon, justement, qui se disait « serein » quelques heures encore avant le dépouillement, tout en ayant exhorter la veille les électeurs sur Twitter à venir le rejoindre dans les urnes en ayant lancé un étonnant « J’ai besoin de vous! » répété à l’envie. il perd la bagatelle de presque six points par rapport au score (46, 40%) de François Zocchetto de 2014. Est-ce l’effet négatif de la politique nationale menée par LERM ? Vincent d’Agostino de La République en Marche en Mayenne, présent sur la liste De Didier Pillon en cinquième position n’est évidemment pas d’accord.

Seule, maintenant, à droite, la liste Laval Passionnément ne peut compter que sur elle-même. N’a-t-elle pas réalisé la « fusion » à droite dès le premier tour? Scénario pour le second tour, « grappiller des voix au RN« . Mais sans passer d’alliance bien évidemment, ni faire des appels du pied trop appuyés. Équation difficile.


Les sacs bleus dans lesquels parviennent les résultats des 32 bureaux de vote à la mairie – © leglob-journal

A Gauche, voilà les « sœurs siamoises » comme les a qualifiées Marrie De Laval récemment dans un papier sur Leglob-journal. Demain Laval Ensemble et Laval Écologique et Solidaire sont condamnées effectivement à réaliser une opération, loin de la séparation de fusion qui leur permettra, espèrent-elles, de gagner.

Florian Bercault ne se « réjouit pas de la situation qu’il qualifie d’exceptionnelle avec le Covid-19, il n’y a pas d’autre mot. Je suis prudent, tout dépendra de l’équation participation…  Mais ajoute-t-il, dès ce soir, je vais entamer le dialogue avec Isabelle Eymon, parce qu’on se retrouve autour de ce projet commun et de valeurs partagées, pour une ville plus juste, plus dynamique plus solidaire, plus durable. Sincèrement, depuis le départ on souhaite l’union, on a qu’un adversaire, c’est la droite et l’extrême droite! Cette union de la gauche autour de valeurs et de projet commun, elle est essentielle et c’est elle qui nous fera gagner, pour gouverner ensemble. De manière saine, partagée et dans une même majorité. Faudra composer bien sûr mais le fait d’avoir des scores nets et précis à gauche, cela nous permet d’avancer d’autant plus facilement.»


Au meeting de fin de campagne d’ #EymonLaval, Gobelets et flyers – © leglob-journal

Pour un co-listier d’Isabelle Eymon, « c’est le positionnement au centre gauche et la caution Guillaume Garot qui a permis à Bercault, outsider de la gauche, d’arriver en tête… Pendant nos porte à porte, on a beaucoup entendu parler de vote utile par des lavallois qui regrettaient que nous ne soyons pas ensemble… » Florian Bercault en tête à gauche devant une liste qui se définit comme écologique, dans l’air du temps donc et arrivant malgré tout en seconde position, qu’est-ce que cela signifie ? « Faut-il y voir derrière Becault la persistance du poids de Guillaume Garot ? » questionne un candidat de la liste d’Isabelle Eymon.

On a bien senti au soir du premier tour de la déception dans les esprits de Laval Écologique et Solidaire, celle d’arriver en deuxième position derrière Demain Laval Ensemble. « Cette liste, c’est une belle infrastructure, compliquée certes, mais très enrichissante en raison de la présence de cinq partis, avec des engagements politiques marqués… » analyse un co-listier de Laval Écologique et Solidaire.

Fusionner, cela veut dire que la composition de la nouvelle équipe est libre. Mais qu’il faudra tenir compte de toutes les composantes, de personnes, de préséances, de programmes, y compris celles de la société civile. Les candidats devront se mettre d’accord avant mardi sur une nouvelle liste. Challenge. Un nouveau nom qui plaise à tous, et tenir compte aussi des contraintes légales, comme la parité notamment, déjà en vigueur au premier tour. En théorie, rien n’empêche la liste arrivée en seconde position d’être mieux lotie, même si, dans les faits, on sait bien que ceux qui sont en tête sont bien évidemment en position de force. Et comme le sait Florian Bercault, « Faudra composer bien sûr […] les scores nets et précis à gauche, cela nous permet d’avancer d’autant plus facilement.»


Les résultats du premier tour – source Laval.fr

Photo de Une : une partie de l’équipe au travail au soir du premier tour dans la permanence de Florian Bercault – © leglob-journal


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Ils ont commenté cet article :

  1. Avoir maintenu les élections municipales est incohérent avec l’ampleur de la contagion et les décisions annoncées. Ces élections sont donc sans valeur.
    La réalité, c’est que les intérêts particuliers de certains partis politiques ont empêché, jeudi dernier, que soient reportées ces élections municipales. C’est totalement irresponsable, alors qu’aujourd’hui ils ont virés casaque en réclamant à cor et à cri le report du second tour.

    61% d’abstention à Laval. Quelle valeur accorder à ce premier tour ?

    Ce soir, le Président de la République s’adressera à la Nation pour annoncer probablement d’autres mesures.
    La situation sanitaire est très sérieuse. Il en va du civisme de chacun pour endiguer cette pandémie. On hallucine quand on voit des images de samedi soir dernier, des restaurants et bars parisiens remplis de monde comme si de rien n’était !
    Le civisme de chacun est de penser aux personnels soignants qui sont en première ligne pour protéger la population.

  2. « on a qu’un adversaire, c’est la droite ET l’extrême droite !  »
    Heu, ça en fait 2 plutôt, non ?!
    Et quelle est la progression ou non de lutte ouvrière. Cela pourrait être intéressant de suivre son évolution, comparativement à celle du RN, non ?

    1. En 2014, au premier tour, Lutte Ouvrière avait comptabilisé 1,69% contre 1,59% pour ce scrutin. Un léger tassement de 0,10 points pour un vote qui apparaît plus de conviction que celui du RN, de réaction, qui chute fortement par rapport à 2014…

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