Abstention : regard sur des quartiers périphériques au centre-ville de Laval


Municipales Second Tour – L’abstention, grande inconnue de ce scrutin-équation des municipales. La ville de Laval joue son avenir, ce dimanche 28 juin 2020, avec le choix pour les électeurs entre « le renouveau » et « l’expérience ». Mais dans les quartiers, loin du centre-ville choyé, les habitants nous disent qu’ils ont le sentiment d’être « délaissés par la municipalité ». Jeunes et moins jeunes ne semblent pas, ou plus, »concernés par la politique », même locale. Photographie.

Un gouffre entre les beaux quartiers et les autres

Par Thomas H.


A Saint Nicolas, à Murat, aux Pommeraies, et au Pavement, il règne dans ces quartiers où les tours, même rénovées par des opérations incluant l’Etat, un profond sentiment de déclassement. « A quoi ça sert d’aller voter! » disent les habitants. Des jeunes qui ont très souvent mis en avant qu’ils n’étaient pas inscrits sur les listes électorales. Ceux qui le sont, ne croient pas « que cela changera quoi que ce soit« . Le maire ? Ceux que nous avons rencontré disent carrément ne l’avoir pratiquement « jamais vu dans le quartier« . A Saint Nicolas, cette abstention dans les gènes s’est caractérisée par le taux de participation au scrutin du premier tour le plus bas de la ville. Un peu plus de 25%. Soit 75% d’abstention, triste record battu…


Mayenne Habitat, l’office public HLM, avec un programme de rénovation – © leglob-journal

De fait, au bas des grands ensembles qui, lorsqu’ils ont été l’objet d’une rénovation extérieure (Photo ci-dessous), on ne sait pas franchement dire quels sont les candidats qui sont en lice. Vous connaissez des noms de candidats ? La réponse est invariable. C’est « non« . Il faut monter en âge pour savoir qui se présente et pourquoi éventuellement on va voter.


De grands ensembles où l’on se perd dans une solitude collective – © leglob-journal

C’est le cas de cet homme à la casquette, d’une soixantaine d’année, qui a toujours vécu dans le quartier. Il explique vouloir « voter pour le changement ». Qui l’incarne selon lui ?  » C’est la droite, lance-t-il et surtout l’extrême-droite. » Et quand on lui rétorque qu’il n’y a pas de candidat du RN, à ce second tour et qu’il a été éliminé au premier, il déclare aussitôt : « Tant pis, je n’irai pas voter, alors! » Et il ajoute,  » Ici, vous savez, c’est un dortoir… et on ne se sent plus chez nous… »


60 ans de présence à Saint-Nicolas – © leglob-journal

« Je vais aller voter cette fois, je vais mettre un masque comme tout le monde« , explique Monique, cette retraitée de 79 ans qui s’est abstenue au premier tour. « La première fois je crois que j’aurais voter pour Garot… » et puis elle se reprend » pour Bercault ! « . Elle raconte, ce coup de fil, d’une dame de la mairie qui « me demandait pour qui je votais et je ne lui ai pas dit, et je voyais bien qu’elle voulait que je vote pour Monsieur Pillon… elle m’a demandé si je pouvais me déplacer, j’ai dit que je pouvais, parce qu’ils avaient des voitures disponibles pour venir chercher les anciens ou un truc comme ça si on voulait… C’était il y a quinze jours… » Des pratiques qui ne sont pas sans rappeler celles qui ont été mises en oeuvre dans les années 90 dans des villes du Sud de la France, où le clientélisme et l’amicale pression avaient force de loi…


Monique, son petit chien et « la dame de la mairie » – © leglob-journal

A l’ombre des grands ensembles, c’est l’heure du repos. Dans les petits appartements, le confinement a été difficile à supporter. La copine du centre-ville (Photo ci- dessous) a rendu une petite visite à Marie-Thérèse qui aime bien le calme et vit à Murat. « Je ne vivrais pas du tout à Murat, explique son amie, j’ai besoin de magasins, de voir du monde... faut que ça bouge! »


Marie-Thérèse et sa copine du centre-ville – © leglob-journal

Le vote de Marie-Thérèse ? Elle a toujours voté à droite et maintenant pour l’extrême-droite. Pourquoi ?  » parce que je n’ai pas confiance dans les autres candidats. » finit-elle par avancer. « Je ne sais pas pour qui je vais voter cette fois, ajoute-t-elle, ni l’un ni l’autre ne me conviennent... » Sa copine avance : « au premier tour, j’ai voté pour Guillaume Garot … » Garot ça fait tilt ? je questionne… « Oui, je ne sais pas pourquoi, je trouvais que c’est quelqu’un qui pouvait s’occuper de Laval. et le fait qu’il soit sur la liste de Bercault, cela m’aide peut-être à faire mon choix.. Je trouve qu’avec cette histoire de virus, on n’est pas…(silence) on n’est dans rien en ce moment. Le confinement… on n’arrive pas à reprendre comme avant… C’est triste!  »


« La gauche, la droite, c’est différent, mais ils sont tous pareils… » – © leglob-journal

« La gauche, la droite, c’est différent, mais ils sont tous pareils…et au final.. que ce soit l’un ou l’autre…. » avance tout de go la jeune femme à la jupe longue qui marche (sur la photo ci-dessus) à coté de sa copine. Quant à cette dernière, elle lui fait remarquer que « parler de Florian Bercault comme un jeune… faut pas dire le jeune, parce que derrière, il a Guillaume Garot quand même, il n’est pas tout seul, il va l’aider... Il a été maire et c’était un bon maire, lui, il venait dans les quartiers. » Pourquoi c’est pas le cas pour celui qui est sortant ? « Je crois peut-être que l’actuelle municipalité voulait peut-être faire plus en ville… »


L’adepte du « grand écart » – © leglob-journal

Pour cet ancien du Parti de gauche qui « aurait facilement voté d’Aubert » , c’est en revanche ni l’un ni l’autre! » Puis il se ravise, « je n’ai rien contre la droite, mais la gauche, c’est même pas la peine, c’est mort! Quand je vois certains branquignols qui sont sur la liste, faut arrêter ! D’Aubert c’est peut-être du grand écart, mais au niveau de la gestion de la ville, ce maire-là n’était pas si mauvais que cela... »


Le bureau de tabac, presse, loto, un des rares commerces – © leglob-journal

« Ici c’est un village, l’ambiance est bon enfant et cela se passe bien dans le quartier… Les pelouses ? Si vous aviez vu pendant le confinement … Là, c’est nettement mieux… » explique, derrière son comptoir, la buraliste qui avoue voter dans la Sarthe. L’un des deux commerces de proximité du quartier, le bureau de tabac-presse est situé à coté d’un bâtiment complètement muré, abandonné et dégradé qui abritait dans le temps des commerces.

Dégradée aussi , la façade de la maison de quartier où, « il y a du monde à passer » commente cette jeune femme. Un lieu de rencontre populaire et très fréquenté qui est toujours dans son jus. D’ailleurs, une entrée par l’arrière de la maison de quartier avec un escalier dont marches et contremarches se décrochent, a été interdite d’accès. Bien avant le confinement, le temps semble s’être arrêté ◼


Dernière minute


Et puisqu’on parle de Saint Nicolas ou des Pommeraies, le comité de soutien à la liste Demain Laval Ensemble écologique et solidaire, conduite par Florian Bercault, « compte 150 noms. Des Lavalloises et Lavallois de tous âges et de tous les quartiers, nous dit le communiqué de presse que leglob-journal a reçu vendredi soir 26 juin 2020. On notera notamment la présence dans ce comité de soutien de deux conseillères municipales sortantes qui figuraient dans l’équipe de François Zocchetto et représentaient des quartiers populaires, Hanan Bouberka (Pommeraies) et Anita Robineau (Saint-Nicolas). Présents également Philippe Ganne, [Président du Marathon des Ecluses, NDLR], mais aussi l’ancien médecin hospitalier Dominique Delansorne et Yves Collet ancien principal de collège [Le collège Pierre Dubois, NDLR]. »


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