« Affaire romaine » : Silence, ça tourne ! au conseil municipal de Laval

Pouvait-on s’attendre à autre chose que du non-dit ? Au lendemain d’un important conseil municipal où un rapport sur la gestion de la ville de Laval jugée « préoccupante » par la Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire a été longuement évoquée, rien ou presque en revanche sur « l’affaire romaine » qui vise François Zocchetto, trois ans après les faits.

Retour sur un non-dit de circonstance

Par Thomas H.


« Un silence qui fait mal aux oreilles… ». C’est la phrase très courte de commentaire d’un journaliste du quotidien local, en réponse à un tweet du Glob-journal qui estimait un peu ironiquement que « le conseil municipal battait son plein ». L’assemblée des élus a échangé longuement sur le rapport de la Chambre régional des comptes des Pays de la Loire – les deux parties ont d’ailleurs campé sur les positions – mais aucune allusion n’a été faite à « l’affaire romaine » avant d’aborder les « dossiers » inscrits à l’ordre du jour.

Rien n’a été porté sur la place publique, alors que le premier magistrat de la ville, quelques heures avant la réunion de l’assemblée locale a été mise en cause dans un témoignage plutôt accablant. Au pays de Laval, il semble que le non-dit soit décidément bien plus pratique à manier que l’intervention et la prise de parole. Le silence est souvent utilisé : on ne dit rien, mais on en pense pas moins, qui plus est sur une affaire de comportement à caractère sexiste et/ou sexuel. La prudence est de mise, en invoquant la manipulation politique et/ou le doute…

Politique de la chaise vide

La « minorité », c’est-à-dire les conseillers municipaux d’opposition à François Zocchetto, aura attendu finalement la lecture du « Rapport annuel 2019 sur la situation en matière d’égalité femmes-hommes » pour agir. Ils avaient décidé, en réunion préparatoire de quitter volontairement la salle de l’Hôtel de ville où se tient le conseil municipal pour manifester leur désaccord, estimant qu’à propos de cette « affaire romaine » impliquant le maire, il y a les paroles, comme la mise en place par la municipalité « depuis 2008, d’une élue déléguée aux droits des femmes appuyée par une chargée de mission pour lutter contre les violences faites aux femmes (…)  » et puis, il y a les actes. Un double langage. Une politique de la « chaise vide » qui allait être dénigrée sur Twitter par l’élue rapporteur du dossier. Nadia Caumont a parlé dans son commentaire sur la sortie des élus d’opposition de « mépris pour toutes les femmes. »

Seul Aurélien Guillot, le conseiller municipal (PCF) qui fait aussi parti du groupe opposition et qui a été prévenu seulement à l’ouverture du conseil municipal de l’action des ses « camarades », est resté assis. Il a souhaité s’exprimer en ces termes à l’adresse de François Zocchetto « C’est une affaire grave. Je n’ai pour ma part pas plus d’élément que ce que j’ai pu lire dans la presse. Je ne suis pas juge mais conseiller municipal d’opposition, je me contente de juger la politique menée à Laval. C’est à la justice de juger cette soirée romaine. Si ce n’est pas le cas, en cas de non-dépôt de plainte, ce sera aux électeurs de juger… ». Assis aux coté de son premier adjoint Xavier Dubourg, le maire de Laval n’a pas bronché, impavide, François Zocchetto est resté silencieux, se contentant d’un simple « Quelqu’un d’autre veut-il prendre la parole ?… ».

Une rencontre annulée

Tout est non-dit. Ne pas juger. « Il est beaucoup plus pratique de ne pas s’exprimer de part et d’autre, c’est en effet plus facile » confiait au Glob-journal un spectateur attentif à Laval de la chose politique depuis 35 ans. «Le maire de Laval a eu raison de ne pas renchérir, de pas s’exprimer, c’est la meilleure des attitudes à avoir » confiait cet autre à la fin de la réunion.

Sur les chaises mises à la disposition du public, les « visiteurs d’un soir » étaient nombreux pour assister à ce qui ne s’est pas produit… Une assez grosse délégation du collectif de gauche Demain Laval ! emmenée par Florian Bercault, avec des EELV et de la GRS (Gauche républicaine et socialiste) a assisté aux « débats » ; on remarquait aussi des adhérents de Laval c’est vous !, avec Vincent d’Agostino porte-parole du collectif d’En Marche 53, dont certains membres sont pressentis pour figurer sur la liste du maire sortant. Des marcheurs qui pour l’heure avaient décidé, assez rapidement, qu’il n’iraient pas « à la rencontre de François Zocchetto » en ce vendredi 15 novembre 2019, comme cela avait été programmé, longtemps à l’avance, bien avant qu’Audrey ne témoigne…


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