Agriculture, il nous faut changer de cap – Par Dominique Morin

Une agriculture plus résiliente, c’est-à-dire à même de supporter et de surmonter les crises, des acteurs du monde agricole qui puissent vraiment s’épanouir grâce au fruit de leur travail et dans nos assiettes des produits sains qui permettent un réel mieux-vivre. La Confédération Paysanne 53 qui s’apprête à rencontrer des députés et le représentant de l’Etat en Mayenne exhorte les acteurs du monde agricole, de toute la filière, à changer de direction en effectuant un tournant majeur, pour éviter d’aller dans le mur. Tribune.

Changer de cap, au « Nom de la terre »…

Par Dominique Morin*


Vendredi dernier, 13 septembre 2019, le SPACE [ A Rennes – Ille-et-Vilaine] a refermé ses portes. Comme chaque année, le salon international des productions animales aura été la vitrine d’un certain monde agricole… Ou plutôt de l’industrie nourrie par le monde agricole, l’agro-industrie et les équipementiers restants au cœur de ce salon.

Les années passent mais il semble que cet événement promeuve encore et toujours le même modèle agricole. Comme si la société n’était pas secouée de débats sur le bien-être animal, sur l’utilisation des pesticides, sur la qualité de l’air et de l’eau, sur le climat et son dérèglement, sur les accords de libre-échange, sur le revenu des agriculteurs, sur leur taux de suicide si élevé…

À la Confédération Paysanne de la Mayenne, nous affirmons que l’agriculture doit changer de cap. On ne peut plus continuer ainsi et mener les derniers 448 000 agriculteurs de ce pays dans le mur.

« Une alimentation de qualité »

Nous défendons des fermes plus résilientes et autonomes, avec des travailleurs nombreux. Les équipements ne doivent pas servir à détruire nos emplois, ils doivent améliorer notre bien-être d’agriculteurs. Nous défendons des fermes où des travailleurs nombreux et heureux vivent de la terre, du sol qu’il est de notre responsabilité de protéger. Nous défendons des fermes grandes ouvertes sur leur environnement et les citoyens qui les entourent, qui produisent une alimentation de qualité, vendue à un prix juste.

Des champs à perte de vue, c’est l’agriculture intensive

La PAC a été utilisée pour industrialiser l’agriculture, pour produire à outrance sans se préoccuper des conséquences sociétales et environnementales, sans mesurer les répercussions ici, et partout ailleurs dans le monde. Ce que la PAC a défait, elle doit le refaire.

« Changer les pratiques agricoles »

L’orientation des aides vers des systèmes de production vertueux est un choix politique qu’il est urgent de prendre. Cela passe par l’accompagnement pour changer les pratiques agricoles, par le maintien et le renouvellement du bocage, par l’incitation à exclure les pesticides, par l’éducation des consommateurs dans leurs choix d’achat, par la mise en place de systèmes de productions cohérents.

Alors que l’Amazonie brûle, que les pôles fondent et que, chez nous, la France est menacée par la sécheresse et a connu deux épisodes de canicule, nous affirmons que tout le monde a son rôle à jouer pour protéger la Terre et qu’il est urgent de changer de cap.

Nous appelons à la conscience de chacun pour répondre à l’urgence du défi qui est face à nous. L’avenir de l’humanité est menacé. Il n’y a qu’un cap à suivre : tout mettre en œuvre pour protéger la planète.

*Dominique Morin est « paysan » et porte parole de la confédération paysanne en Mayenne


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Ils ont commenté cet article :

  1. Le vocable « agriculture » renferme des réalités de plus en plus différentes et peut-être que le temps est venu de le remplacer par « agricultures » au pluriel.
    En effet, quoi de commun entre d’une part l’agriculture conventionnelle intensive tournée vers l’exportation, qui se transmet de plus en plus difficilement de générations en générations, et d’autre part l’agriculture de territoire ou paysanne qui émerge : la bio, les circuits courts, les labels, … tournée vers la demande intérieure, et dont les paysans qui la pratiquent vivent souvent mieux que leurs homologues conventionnels.
    Cette réalité devient de plus en plus prégnante dans nos campagnes : deux agricultures se pratiquent et qui ont de moins en moins de choses en commun.

    Le temps est peut-être venu de s’interroger sur l’utilité des organisations professionnelles agricoles notamment les Chambres d’agriculture, qui sont le bras administratif du syndicat agricole dominant. Celui-ci empêche l’interdiction du glyphosate et a tout fait pour le maintien de la production des tomates bio sous serres chauffées.

    Rappel : aux dernières élections des Chambres d’agriculture, seuls 37 % des agriculteurs ont voté. Ce qui signifie que 2 agriculteurs sur 3 ne se sentent plus concernés ou ne se retrouvent dans cette institution.

    1. Merci pour ces remarques pertinentes.
      Le monde agricole, qui est devenu un vaste patchwork, est en effet en pleine mutation. Cela est en train de se faire sous le joug de la technologie en général et celle, en particulier, liée au numérique (Cf l’article de Marrie de Laval sur l’agrinumérique). Cela se fait aussi sous la pression bénéfique et salutaire de ceux qui sont en bout de chaîne. A savoir les consommateurs qui commencent à se faire entendre.
      Et pour les agriculteurs, producteurs et éleveurs, qui parfois continuent de penser que ces mêmes consommateurs ne souhaitent qu’acheter des produits  » à pas cher » dans les grandes surfaces, et donc issus de la production agricole conventionnelle et intensive, cela leur permet, en fait, de justifier les pratiques agricoles faisant appel aux phytosanitaires et néfastes à la santé, mais qu’ils savent rentables et génératrices de revenus. Quant aux Chambres d’agriculture, vous avez raison, plus de contrôle est sans doute nécessaire pour plus de transparence. Surtout quand de l’argent public est engagé.

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