Comment en Mayenne, nos élus entrevoient le jour d’après – Par Thomas H.

Quel système de santé demain ? Quel monde du travail ? Et comment partager le pouvoir ? C’est encore l’incertitude même si l’on sait par le président Macron que le confinement devra durer au moins jusqu’au 11 mai. En Mayenne essayons de voir si ceux qui ont été au pouvoir ou le sont encore, ont déjà l’esquisse d’une « vision citoyenne de l’après-crise ». Réfléchissent-ils à ces problématiques? Le réseau « social » Twitter qui fait maintenant office de support de « conférence de presse sans journaliste, ni invitation » permet d’autant plus, en cette période de confinement, de véhiculer officiellement le message qu’on veut faire passer. Petite « revue de presse » sur Twitter.

Comment ils se concentrent sur l’après

Par Thomas H


Aujourd’hui, c’est déjà demain. La lutte contre le Covid-19 n’est ni de droite ni de gauche. Elle est. Mais une union sacrée de circonstance laisse parfois poindre les vrais positionnements politiques, souvent de façon presqu’involontaire. Dans le schéma de l’après-pandémie, le clivage politique reste là, bien ancré. Malgré tout peu d’interventions, en Mayenne sur « l’après Covid-19 » comme si cela n’apparaissait pas ou peu important. Il se trouve que nos politiques mayennais se focalisent surtout sur le « moment santé » lié au virus et aux moyens d’y échapper. Ainsi le Département et son président Olivier Richefou (UDI) a délaissé le « bateau V and B aux 720 000 euros TTC de sponsoring sur trois ans » pour s’intéresser à la santé de ses administrés.

Notez comme il personnalise. Le « je » est souvent mis en avant. « J’ai pris la décision, en relation avec l’industrie textile de la Mayenne, TDV industries, de passer commande de 300 000 masques barrières lavables et réutilisables qui seront distribués à chaque Mayennais. Déconfinement. La santé de chacun est notre première préoccupation. » écrit-il sur Twitter. Attractivité, publicité, positionnement politique, tout y est. Reste à savoir comment ils arriveront dans les boites aux lettres des Mayennais. Le département cherche des volontaires pour distribuer les « May’Masques« …

Une initiative aussitôt saluée par beaucoup de ses aficionados qui retweettent sans distanciation presque toujours par déférence et positionnement politique. On ne sait jamais ! Samia Soultani (LR), la vice-présidente de la région Pays de la Loire, candidate à la ville de Laval, en deuxième position sur la liste de Didier Pillon a relayé ; mais James Charbonnier aussi par ailleurs Président d’Emmaüs-53 et candidat sur cette même liste aux Municipales à Laval. Ou encore Philippe Jehan qui fut le « remuant » président de la FDSEA dans le département de la Mayenne. Ce dernier écrit à propos de l’idée des masques alternatifs du Département : « Ne pas attendre tout de l’état. Cette initiative peut-elle faire reprendre notre vie normale ? Travail , études – C’est une première en France, le Département de la Mayenne commande un masque par habitant ».

« Ne pas attendre tout de l’État ». Celui-ci donc, à bien lire cette petite phrase apparaît plus comme un « ennemi », un empêcheur de tourner en rond parce que pourvoyeur d’administration et de paperasse.


« Le jour d’après, allons-nous enfin reconnaître nos contradictions : faire payer le progrès par les entreprises (…) »


Lui, il n’hésite pas à prendre position sur l’« Après Covid-19 ». « Ancien ministre. Membre honoraire du Sénat. Ancien président du Conseil général de la Mayenne. Maire honoraire de Château-Gontier. », voilà comment il se présente sur son compte twitter omettant de convoquer dans son énumération (oubli révélateur ?) son passage à Bruxelles comme député européen. C’est Jean Arthuis dont il est question, le prédécesseur d’Olivier Richefou au Département de la Mayenne.

« Le jour d’après, allons-nous enfin reconnaître nos contradictions : faire payer le progrès par les entreprises qui produisent chez nous sans filet protégeant des importations, et appliquer une politique de concurrence visant la baisse des prix ? Le beurre, l’argent du beurre et la crémière en plus. » En quelques lignes, on se rend déjà bien compte que « pour que tout change, il faut que rien ne change » comme le déclarait le jeune et dynamique Tancredi dans le livre de Tomasi Di Lampedusa – Il gattopardo ( en français, Le guépard) confronté à la révolution garibaldienne et qui rejoindra l’armée régulière.


« L’épreuve doit nous aider à engager enfin les réformes si longtemps ajournées (…) »


Dans l’intervention qui suit, on aurait pu croire en commençant à lire le tweet que Jean Arthuis allait reconnaître la nécessité d’un changement important quand il déclare : « La crise et le confinement portent à l’introspection, par faiblesse notre système visait le court terme et la facilité. » Et puis, en fait, voilà de vieilles convictions qui refont surface. « L’épreuve doit nous aider à engager enfin les réformes si longtemps ajournées, débloquer les conservatismes et les corporatismes, décentraliser vers les territoires ». Si l’on jouait au naïf, on pourrait poser cette question : de quels « conservatismes et corporatismes » s’agit-il ?

Plus loin, l’ex-député européen estime que la crise en terme de décentralisation a du bon. Apôtre lui aussi du «toujours moins d’État », – c’est une des antiennes très souvent chantée par la Droite, – Jean Arthuis remarque : « Effet prometteur de la crise, des maires décident des mesures de renforcement du confinement sans attendre que le gouvernement s’en charge. Osons faire confiance aux responsables territoriaux. Il poursuit : La vraie décentralisation doit enfin voir le jour, initiative et responsabilité. Urgent. L’excès de centralisme tue l’initiative et la responsabilité. L’état doit fixer les grands principes et veiller à leur respect. » Là encore, cette idée du « moins d’État » ; l’Etat, « ennemi du libéralisme », de la liberté d’installation et d’entreprise, alors que les Français redécouvrent avec cette crise sanitaire les vertus de l’Etat providence. Les mouvements sociaux comme celui des « gilets jaunes » ou même celui sur les retraites ne réclamaient-ils pas justement plus de considération et plus de prise en charge? L’élu souhaite voir l’Etat cantonné à n’émettre que de « grands principes » sans intervention providentielle.


« Les dysfonctionnements de notre système de santé ne se résument pas à une question de moyens budgétaires. (…) »


«  Plus qu’une crise budgétaire, c’est une crise de l’organisation de notre système de santé que nous vivons… » tweete Gérard Larcher, le président du Sénat, reprenant ainsi un passage de l’entretien récent qu’il a donné au Point. L’occasion pour Jean Arthuis l’ancien ministre des finances d’Alain Juppé de lui rétorquer : « Les dysfonctionnements de notre système de santé ne se résument pas à une question de moyens budgétaires. Dualité public privé, statuts et modes de rémunération différenciés, financement public et liberté d’installation, pouvoir médical opposé au pouvoir administratif, centralisme. ». Autrement dit, ce n’est pas une question de moyens, de financement. Mais bien plus, selon Jean Arthuis, une question systémique avec comme point d’orgue le duel entre le secteur de santé public et privé. Quel devrait en être le gagnant? 


Le monde change, il faudra s’adapter…

A la question d’un intervenant sur Twitter qui se présente comme un « expert commerce » et qui l’interpelle de la sorte : «  Acceptez-vous, Monsieur, de soutenir un plan de relance économique de la France selon les principes de Charles de Gaulle, par la consommation », Jean Arthuis ne répond pas directement, mais semble tout de même acquiescer en mettant toutefois des bémols : « À condition de produire l’essentiel de ce que nous consommons, ou pour le moins d’importer l’équivalent de ce que nous exportons. ».


« (…) Notre objectif commun est clair : unir nos moyens pour amplifier l’aide en direction des entreprises (…) »


lettrevnew-3.jpg

Voilà pour la partie concernant Jean Arthuis, celui qui a piloté, dirigé et influencé la Mayenne pendant plusieurs décennies. De loin la plus importante contribution sur Twitter de la part d’un élu mayennais depuis que l’on évoque l’après Covid-19. En revanche, pas de prise de position sur la question de la part des autres acteurs politiques de la majorité départementale, – rappelons que la Mayenne est une terre ancrée à droite. Il est surtout question de mettre en avant les initiatives prises par les élus « majors » et éventuellement réagir aux tweets des « amis ». On est encore dans le gros de la pandémie, de cette « guerre« , sans s’intéresser aux moyens et aux actions qu’il faudra bien déployer quand « un retour à la normale » sera décrété.

La priorité est donc ciblée sur la poursuite de l’économie et le soutien aux entreprises par le biais d’un fonds baptisé Résilience. La présidente (LR) de la région Pays de la Loire a vu son tweet relayé par François Zocchetto, l’ex-sénateur-maire de Laval qui soutient officiellement l’action de Christelle Morançais. D’ailleurs la présidente de la région qui a succédé à Bruno Retailleau, qui lui-même avait pris la place de François Fillon, tient à remercier le maire de Laval et à le dire publiquement : « Merci à @olivierrichefou & @fzocchetto qui rejoignent le #FondsRésilience. Notre objectif commun est clair : unir nos moyens pour amplifier l’aide en direction des entreprises de @LavalAgglo en difficulté, notamment les plus petites d’entre elles. »


« C’est sûr qu’on va relancer les entreprises avec un coup de baguette magique et de trésorerie dégradée. »


Yannick Borde, qui se veux indépendant des appareils politiques – il n’est pas UDI comme François Zocchetto ou Olivier Richefou – s’amuse à prendre position sur Twitter sur tous les sujets qui vont à l’encontre de ses intérêts. Il tance les journalistes et délivre des satisfecits à d’autres, et va jusqu’à préconiser « Et le vaccin contre « les déclarations à la con » on l’aura quand ?» quand un élu du RN émet un avis critique sur le Président Macron.

Le chef d’entreprise et élu de différentes collectivités n’a pas pu s’empêcher donc de réagir par exemple à la déclaration de la CFDT qui fait figure de « traître » – le syndicat n’était-il pas présenté par les médias comme un soutien lors de la crise sur les retraites – à propos de la proposition du patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux : « Travailler plus après la crise ? « C’est totalement indécent« , a jugé Laurent Berger (CFDT) qui appelle les entreprises à leurs responsabilités.

Les nombreux thèmes à travailler – image capture Le jour d’après

Yanick Borde l’élu mayennais « Divers Droite » aux multiples fonctions se présente sur Twitter comme « Psdt @Procivis – VP Ush – DG Procivis Ouest #immobilier – Psdt CIF – #logement Maire (DD) @saintberthevin (53) VP @LavalAgglo dév. économique – Saint-Berthevin (Mayenne)« . Se sentant, sans doute, fort de tous ces mandats et ces diverses expériences professionnelles, il écrit aussi : « C’est sûr qu’on va relancer les entreprises avec un coup de baguette magique et de trésorerie dégradée. j’ai vu @CFDT @CfdtBerger + inspiré. On donne coup de collier pdt qq mois et on voit, il va se passer tellement de choses« . Il prévient aussi – pour qu’ils soient au courant de sa prise de position – le « @Medef53″ et « @MedefPDL » présidé en Pays de la Loire par le mayennais « @Samueltual« .


« (…) Sagesse, volonté et imagination doivent être au rendez-vous #lejourd’après »


Positionné à gauche sur l’échiquier politique, le député (PS) de la Mayenne Guillaume Garot est de ces parlementaires qui soutiennent l’initiative citoyenne de participation au débat sur l’après -Covid-19. Il a fait savoir d’ailleurs qu’il fait partie des élus de la Nation qui appellent les Français à construire le monde d’après via la plateforme collaborative simplement intitulée Le jour d’après. Un positionnement qui ressemble à une communication politique bien sentie.

Trois jours auparavant, ce même Guillaume Garot l’ex-maire de Laval qui avait ravi la place de maire de Laval à François d’Aubert, relaye un tweet de Ségolène Royal qui évoque la fin du confinement et les éventuelles décisions qui devront être prises pour sortir de l’impasse politico-économico-sociétale dans laquelle nous nous trouvons. Guillaume Garot se plait à retwitter la petite phrase de l’ex-ministre de l’environnement qui suggère : « Intégrons fortement la nature et le combat climatique dans la relance économique. Sinon d’autres crises sanitaires surgiront. Sagesse, volonté et imagination doivent être au rendez-vous #lejourd’après ». L’ex-candidate à la présidentielle pense-t-elle plus loin que le confinement?

Avoir conscience qu’il faut surfer sur la vague et le dire, semble, si l’on se réfère à ce qu’on lit sur Twitter, la stratégie de la gauche. Ainsi le député socialiste estime par exemple que l’« entretien avec l’universitaire François Dubet est passionnant». [François Dubet est sociologue, Professeur émérite à l’Université de Bordeaux, et ancien directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales EHESS.] . Le Mayennais qui fut secrétaire d’Etat à l’agroalimentaire signale que l’ont peut s’attarder sur l’interview du sociologue en suggérant simplement qu’il est « à lire ». François Dubet écrit ces quelques lignes qui ont encouragé le député socialiste à les retwitter : « Quand on sortira du confinement, il faudra rediscuter du statut du personnel soignant, de ceux qui travaillent et que l’on méprisait plus tôt, des revenus exorbitants des uns et de la précarité des autres. C’est la revanche des petites inégalités». Une idée que le Président Macron a soulevé dans son quatrième discours télévisé à l’heure du J.T. de 20 heures ce lundi 13 avril 2020. En toute fin d’allocution.


J’adhère – Je fais un don

Commenter cet article