Comment le collectif, bien avant le scrutin, agit sur la campagne des Municipales

Politique – A Laval, on a pu observer un maire sortant, candidat à sa propre succession qui infléchit un projet sous la pression d’une association qui pense différemment ; des marcheurs pas assez nombreux pour constituer une liste qui se constituent en collectif ; un groupe de la société dite civile qui réfléchit collectivement pour l’avenir d’un parti politique mis à mal, en vue des Municipales ; sans parler de la crise majeure des Gilets Jaunes… Le collectif revient en force. Les hommes et les femmes politiques ne peuvent plus, que ce soit au niveau international, national ou local, décider seul et imposer, même avec de la concertation affichée.

Le collectif impose de plus en plus

Par Thomas H.


Paradoxalement dans une société du plus en plus individualiste, il faut exister collectivement et se compter. C’est devenu de plus en plus nécessaire. Les exemples ne manquent pas. Dans ces temps de pré-campagne électorale. Ne faut-il pas par exemple pour exister sur la scène médiatique locale faire émerger une tête dans un collectif autour d’idées pour penser un programme en vue des Municipales en rêvant d’une éventuelle alternance. Quant aux marcheurs, regroupés en collectif eux aussi, ils entendent « peser sur la campagne » en attendant de monter sur la liste sortante du maire François Zocchetto. Les Républicains qui viennent de se doter d’un nouveau président national sont pour le moment plutôt silencieux.

Gare donc au collectif qu’il vaut mieux avoir avec soi que contre soi. Fort peu-être de ce constat, François Zocchetto s’est vu contraint d’opérer ce qu’on a pu qualifier de « verdissement » soudain, sous la pression d’une somme d’individus rassemblés, eux aussi, en collectif. Une asssociation cette fois et lanceuse d’une pétition. Ils proposent une autre façon de concevoir l’aménagement de la place du 11 novembre. Association, site internet, utilisation des réseaux sociaux et pétition, L’Autre concertation a apparemment réussi son coup. En remettant au goût du jour une façon simple d’intervenir, au sens propre comme au figuré, sur la place publique. Le collectif a réussi à faire fléchir le décideur.

Une certaine idée de la démocratie

Dans cet épisode, le maire de Laval a dû stopper son élan sur ce projet de « cœur de ville » pour lequel la municipalité avait obtenu des aides de l’État. Il sera repensé. Une association de citoyens intéressés par leur ville a donc eu raison du projet de François Zocchetto qui prévoyait, comme l’association l’écrivait « après une vaste opération de concertation, un centre commercial avec l’abattage des 120 arbres présents sur la place ». De façon pragmatique, pour L’autre concertation, le réaménagement de cette place à Laval « ne semble pas en concordance avec l’urgence de la transition écologique » en prévoyant notamment « un parking souterrain (…) de 370 véhicules. (…) pour un coût de construction de 28 000€ la place. » Le maire-candidat pouvait-il se donner une telle image négative?

La réponse est non, bien évidemment. Alors le maire fait machine arrière. Il ne se cambre plus sur son projet. Au contraire, avec une certaine idée de la démocratie, il prend en compte l’avis émis par des tiers. Celui de l’association, au nom de l’exigence dit-il. Dans un courrier [Daté du 27 septembre 2019, NDLR], François Zocchetto écrit « Certains projets se doivent d’être exigeants (…)» Comme L’autre concertation a « exprimé des doutes » et posé des questions pertinentes, « [le maire] est déterminé à améliorer le cadre de vie du centre-ville de Laval » et à approfondir les « réflexions » émises sur « les espaces publiques et paysagers » bien au-delà de la Place du 11 Novembre ainsi que « la question du plan de circulation vélo ». L’autre association aurait donc gagné une bataille… simplement par les idées.

Un changement d’orientation généré par une idée simple : l’électeur peut peser aussi bien avant les urnes qu’au moment de voter. Comment? En agissant collectivement, donc plus facilement que s’il est seul. Derrière ce retournement de situation, il y a bien évidement l’ambiance globale qui est à la prise de conscience au niveau de l’environnement, collective elle aussi. Avec un sentiment de colère feutrée mêlé à de la peur sourde. Climat déréglé, environnement lourdement chahuté par les éléments, présence des pesticides à nos portes, et réchauffement climatique faisant monté la température et le niveau de océans, bref la question écologique et donc l’implication politique au sens noble du terme sur la problématique devient une question cruciale, où l’électeur a de plus en plus de velléités. Il veut être écouté, et le politique semble l’entendre.

Peser sur le débat public

En marche 53 met aussi les pieds dans le plat. Les marcheurs ont expliqué publiquement vouloir peser sur la campagne des Municipales, et proposent un programme qu’ils voudraient voir repris. Dans ces propositions, il y a par exemple la gratuité totale des transports en commun sur Laval. Une belle idée quand EELV en Mayenne propose, plus pragmatique, de rendre les bus gratuits simplement le samedi pour redonner du souffle au centre ville. Histoire que ce dernier puisse recouvrer son attractivité.

Alors LREM 53 lance « Ouvrons le débat » sur les réseaux sociaux à travers une série de tweets. Les marcheurs réunis en un collectif dont fait partie Béatrice Mottier, l’adjointe de François Zocchetto encore officiellement en charge de l’Attractivité, ne veulent pas, parce que pas assez nombreux, être les laissés pour compte de la politique locale. Plus tard, ils seront peut-être des femmes et des hommes d’ouverture, d’appoint, ou de coalition. C’est selon.

Une proposition de gratuité totale des bus qui fut promptement retoquée dès le lendemain sur Twitter par le Premier vice-président de Laval Agglomération et maire de Saint Berthevin. Yannick Borde a dans un court message clôt le débat, pour ainsi dire, une bonne fois pour toute, du haut de ses multiples mandats. Il a simplement fait remarquer que les transports en commun sur Laval étaient de la compétence de l’intercommunalité, c’est à dire de Laval Agglomération. Comme si tout était immuable et que rien ne pouvait changer.

La nouveau complexe du Parc Saint Fiacre, à Château-Gontier-sur-Mayenne, où a eu lieu l’assemblée de la l’AMF 53 – © leglob-journal

Avec le collectif, les réseaux sociaux, internet, la mise en valeur d’opinions contraires à l’ordre établi ré-apparaît et s’intensifie dès lors que nous approchons des échéances électorales. C’est ce qu’on appelle la démocratie participative. Un sujet qui fut longuement évoqué, vendredi 11 octobre 2019, au cours de la 71 ème assemblée générale de l’Association des maires de France en Mayenne, comme si il y avait urgence à s’y mettre et comme si on venait tout juste de découvrir ce concept jusque-là mis de coté. Comme la crise des Gilets jaunes a fait apparaître la nécessité du débat et de la prise en compte des remarques du plus grand nombre, alors les élus doivent s’y mettre. C’est un peu le message qui a été passé, avec des interventions concrètes, comme celle notamment du député PS Guillaume Garot évoquant ses Ateliers citoyens.

Dans cette campagne électorale de proximité que constituent les élections municipales à venir où le maire est l’acteur principal de cette confrontation démocratique face à des électeurs qu’il doit convaincre, il faudra donc compter de plus en plus avec le droit d’ingérence électoral.

Ils ont commenté cet article :

  1. La gratuité des TUL, certes « une belle idée »… Mais, comme le disent beaucoup d’habitants de l’Agglo, il faut d’abord pouvoir les prendre.
    Aujourd’hui, dans l’ex-Pays de Loiron, il n’y en a pas un seul ! Le samedi et en soirée, le nombre de bus est squelettique, l’offre pas adaptée, et le dimanche, c’est quasi le désert. C’est un constat que chacun peut faire.
    Pour éviter tout débat biaisé, il faut sans doute rappeler que la proposition des écologistes de gratuité du samedi « s’accompagnera d’une augmentation du nombre de dessertes et de leurs améliorations (horaire, soirée, lignes nouvelles) ». Lire là : https://mayenne.eelv.fr/2019/10/07/municipales-a-laval/

  2. Il ne me semble pas que le maire de st bert’ veuille laisser immuable le prix des bus. Il rappelle juste qui vote quoi.
    Quant à l’emploi du mot ingérence, il n’est pas pertinent. Les citoyens sont ceux qui votent pour une équipe municipale. Il y aurait ingérence si le préfet, par exemple, nommait le maire alors que des élections étaient prévues.

    1. Certes vous avez raison de rappeler ce point de droit public…
      Mais il nous a semblé que l’ingérence était un terme et une notion approprié parce qu’il y a derrière elle une idée de force et de non-soumission à la chose établie, apparaissant nécessaire et constructive en la circonstance.
      Merci Fultrix de votre lecture pertinente…
      Thomas H.

  3. Cet article non vindicatif, bien écrit, documenté, explicite est source de réflexion sur ce qui fut il y a bien longtemps le « Forum » et qui semble renaître ici en Mayenne à Laval.

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