Coronavirus, grand révélateur des errements de notre société – Par Nicolas Chomel

Le virus devient viral. Sur le terrain, après la Chine, c’est au tour des autres continents d’être touchés et l’Europe n’est pas épargnée. L’Italie, et la France avec des foyers de contaminations potentiels qui ont obligé le gouvernement à entrer dans la phase deux du plan de prévention. Interdiction des rassemblements de mille personnes, établissements scolaires fermés dans certains départements, annulations de salons et de foires… La prévention va jusqu’à l’interdiction du public aux entraînements du stade lavallois en Mayenne… Au delà de ça, le virus devient aussi viral dans les médias. Nicolas Chomel estime que « le COVID-19 met en évidence les dysfonctionnements de la mondialisation et ses limites ».

Virus et viralité… avec et sans les réseaux sociaux…

Par Nicolas Chomel


Depuis bientôt un mois, il ne se passe pas un jour sans que les médias ne parlent de l’épidémie de COVID-19 dont le foyer a démarré en Chine, dans la ville de Wuhan en décembre 2019. Au dernier recentrement (ce samedi 7 mars) le virus avait contaminé 1 126 personnes en France et provoqué 19 décès.

Devant ce début de pandémie mondiale, le premier ministre a convoqué un conseil des ministres extraordinaire, le samedi 29 février après-midi, pour prendre des mesures d’urgence dont… l’utilisation de l’article 49-3 pour stopper le débat parlementaire sur la réforme des retraites.

Pourtant, une observation attentive des faits, nous révèle que d’une part, le coronavirus n’est pas beaucoup plus virulent ni ne se propage plus vite que la grippe saisonnière qui fait entre 8000 et 10000 morts par an en France. Comme l’a dit l’économiste Dominique Seux sur France Inter « Imagine-t-on deux alertes par jour, sur les smartphones, sur les morts (583) de la route ? ».

Malgré la réalité des chiffres qui devrait réduire la gravité de l’alerte sanitaire, on assiste à un emballement de la psychose. Le gouvernement interdit les rassemblements de plus de 1000 personnes, alors des salons professionnels sont annulés (dont Laval Virtual), des marchés interdits par arrêtés municipaux tandis que les supermarchés et les parcs d’attraction (comme Disneyland) restent ouverts. Allez comprendre. Ce qui va bientôt sauter aux yeux c’est que ce satané virus se fait le révélateur du caractère délirant de notre société contemporaine.

D’abord la force d’une culture dominante véhiculée par des médias de masse capables de relayer des injonctions, voire des interdits plus efficacement que le gouvernement, sa police ou ses instances de sécurité sanitaire. Restez chez vous, lavez-vous les mains (comme si les citoyens étaient des enfants), toussez dans votre coude, ne serrez plus la main et, surtout, ne faites plus la bise à vos collègues de travail. Du coup, le phénomène épidémique ravive un autre travers de la culture moderne : l’individualisme. Chacun se méfie de son voisin, surveille la moindre toux, courre au supermarché pour faire ses réserves au cas où l’épidémie obligerait au confinement à domicile provoquant une pénurie alimentaire. Au-delà des phonèmes de foule, le COVID-19 met en évidence les effets de la mondialisation et des délocalisations industrielles qui ont fait de la Chine le grand atelier du monde.


La libre circulation entravée


Si « l’empire du Milieu » est au centre d’une pandémie mondiale, il va se refermer sur lui-même, ce qu’il a déjà sérieusement commencé de faire, si bien que les flots de cargos de marchandises n’en partiront plus ni n’y entreront, au risque d’une paralysie du commerce mondial. Un ami, salarié d’un constructeur d’équipements automobiles, me signalait que l’usine pourrait être arrêtée prochainement pour cause de manque de pièces détachées. Au commerce des marchandises viendra s’ajouter celui du voyage des personnes, touristes et professionnels. Dans le monde professionnel, déjà, des réunions internationales sont annulées du fait des entreprises qui renoncent à exposer leurs personnels et dans le tourisme, les annulations ou reports de voyages commencent à se faire sentir. Si bien que la consommation mondiale de pétrole chute et avec elle les prix (Cf. cet article du Monde). Et comme tout ce commerce fonctionne en flux tendus c’est à dire sans stocks ni réserves financières, il se passe à crédit, supporté par des banques et des compagnies d’assurance qui organisent les flux financiers qui anticipent les flux de matières et de personnes.


Coronavirus visualisé au microscope électronique – CAVALLINI JAMES / BSIP / AFP

Cela est sans compter sur la fébrilité des hommes (ce ne sont pas que des ordinateurs) qui s’agitent sur les marchés de capitaux, achètent et vendent des actions et autres titres financiers dans l’espoir d’une plus-value aussi éphémère que potentiellement prometteuse de gains énormes ou dans la crainte d’une perte tout aussi abyssale.


Panique et psychose


Le Coronavirus peut être aussi à l’origine d’un vent de panique boursière capable de percer et de faire éclater les nombreuses bulles spéculatives qui survolent la planète par ordinateurs interposés. La société d’information financière Bloomberg (propriété du milliardaire américain du même nom) annonce déjà que la fortune totale des 500 personnes les plus riches du monde aurait diminué de 444 milliards de dollars et que le français Bernard Arnault aurait perdu à lui seul près de 10 milliards de dollars ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise nouvelle.

Enfin, COVID-19 met en exergue l’importance majeure mais aussi l’état d’épuisement, pour cause de suractivité combinée à des restrictions de moyens humains et financiers, de notre système de santé publique et en particulier hospitalier. Le message pressant du médecin de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière au président Macron, « Nous sommes à bout » traduit bien le malaise auquel conduit la recherche permanente de la protection des profits au détriment de celles des personnes humaines. Cela nous rappelle que dans un système capitaliste mondialisé tout se tient : la culture dominante et ses puissants leviers médiatiques qui permettent de contrôler les foules et les pousser à consommer, le trafic incessant des marchandises et des personnes à la recherche d’un moindre coût et/ou d’un exotisme un peu dérisoire, les flux financiers qui relient le tout et… les systèmes sociaux qui permettent aux hommes et aux femmes sur lesquels cet équilibre repose, de vivre dignement et tenir le coup.


Le nécessaire « ralentir »


Mais quand tout se tient à l’échelle planétaire, un accident imprévu mais d’ampleur mondiale peut être le grain de sable qui fait tout dérailler. Cela peut être un séisme ou une catastrophe climatique, une guerre et ses mouvements de réfugiés, un accident nucléaire, une guerre ou…une pandémie. Heureusement ces crises peuvent être l’occasion de coopérations internationales heureuses, voire inattendues comme celle, médicale et pharmaceutique, qui lie la Chine à Cuba ainsi que le révèle fort à propos ce militant mayennais à l’association France Cuba. Henri Boudin nous dit que « le président cubain Miguel Diaz-Canel a indiqué sur Twitter l’utilisation par le gouvernement chinois de « l’Interféron alpha 2B » (IFNrec) » pour combattre le coronavirus 2019-ncoV dans le traitement de la maladie. Un médicament cubain fabriqué depuis le 25 janvier dans l’usine sino-cubaine de ChangHeber, située dans la province chinoise de Jilin. (…) 1500 malades chinois ont pu être soignés.  »

Si l’épidémie de coronavirus ne prend pas le caractère pandémique que certains annoncent, ce que nous pouvons sereinement espérer, gageons qu’elle produise au moins un choc des consciences. Celui-ci pourrait permettre aux citoyens, à commencer par les français pour ce qui nous concerne, de prendre les mesures d’urgence qui leur permettront de reprendre les commandes en main pour éviter l’effondrement de nos civilisations. A l’encontre des injonctions à produire et consommer toujours plus et plus vite, il peut être urgent de ralentir.


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