Covid-19 : comment vivent-ils leur confinement obligé ? – Récits instantanés

Comment vit-on en mode confinement pour cause de coronavirus? et que ressentons nous? Voici des exemples de quelques personnalités en Mayenne qui nous disent comment ils appréhendent ce confinement forcé pour le bien de tous. Sans aller plus loin encore, ils n’osent aborder, faute de perspective concrète, comment envisager l’après Covid-19, une fois que nous serons sortis de cette pandémie, épisode sanitaire majeur et crise mondiale « historique » – Récits de vie.

Faire avec, s’adapter pour s’en sortir

Par leglob-journal


Dans la deuxième ville du département, Château-Gontier-sur-Mayenne, Philippe Henry explique « s’adapter » dans sa fonction de maire. Il vient d’être réélu avec un score imposant, au dessus des 70%, et explique au Glob-journal, que dans ce confinement obligatoire décidé par les autorités, il partage ses journées entre vie privée et professionnelle. « Le matin, c’est les enfants, dit-il simplement sans en dire trop pour préserver sa vie non publique, je reste chez moi, et l’après midi je suis en mairie pour épauler les services qui sont ouverts et travaillent en lien avec la cellule de crise qui a été mise en place. »

Pour l’élu de la deuxième ville du département qui explique ne pas porter de masque, – ce n’est pas la peine – «j’aère mon bureau et je me lave les mains très régulièrement. Les « gestes barrière » suffisent. Les portes à la mairie sont constamment ouvertes, on ne touche plus une seule poignée... »  Dans la loi présentée par le gouvernement, les élus du premier tour, comme c’est le cas pour Philippe Henry et ses co-listiers, conseillers municipaux et communautaires, entrent en fonction immédiatement.

Michel Lemosquet nous écrit :

« Même si notre société a déjà connu de nombreuses pandémies dans son histoire, comme par exemple la grippe espagnole et ses 50 millions de morts en 1919 , celle que nous traversons fera date par son ampleur et toutes ses conséquences.

Tout d’abord hommage au personnel de santé, du social mais aussi aux paysans qui produisent notre alimentation. Avec eux les secteurs de l’énergie, du transport, des services sans qui la vie deviendrait compliquée voire impossible. Certains dans ces professions ne demandaient pas la lune avant ces événements, mais un peu d’augmentation d’effectifs et une revalorisation de leur revenu au regard de leur travail et de leur fonction essentielle à notre société. On leur répondait que c’était impossible ! On a vu qu’ils étaient indispensables.

Même la retraite des paysans à 85 % du smic n’apparaissait pas comme envisageable… Espérons que ce confinement fera réfléchir et prendre conscience que cette catégorie au prix d’un dur labeur a nourri la France à pas cher pendant des décennies..

Aujourd’hui tout cela paraît bien dérisoire avec l’explosion de la dette que nous allons connaître.

Les impacts de ce virus sur nos sociétés modernes vont peut être nous conduire à plus de modestie et de sagesse vis à vis des équilibres qui sont rompus, des fractures qui s’amplifient car nous sommes condamnés à vivre ensemble et non les uns contre les autres. La solidarité est beaucoup plus efficace que l’individualisme.

L’absurdité de la mondialisation tous azimuts éclate au grand jour, c’est peut être une des chances de l’Europe de relever le défi de l’autonomie dans de nombreux domaines ( alimentation, énergie, médicaments…etc.)

En attendant la fin de cette période particulière souvenez-vous de cette phrase de Cicéron « si tu as une bibliothèque et un jardin tu as l’essentiel du bonheur »… Pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un jardin lisez et relisez, car dans tous les cas de figure nous aurons besoin d’intelligence et de cohérence pour affronter le futur dans les meilleures conditions.»

Henri Marteau :

« Cette pandémie met à genoux la mondialisation, dit-il avant de rendre hommage – il écrit chapeau bas ! – aux professionnels de santé qui sont en première ligne du front pour nous protéger au risque de leur propre santé. Et aussi aux policiers et gendarmes, sans protection sanitaire, mobilisés pour faire respecter les consignes de protection de la population, car il y a eu trop d’incivisme.

Avoir maintenu le premier tour des municipales a été une folie sanitaire qui rend sans valeur ce premier tour. Pourquoi cette semaine a t-il été possible de reporter le deuxième tour, alors que la semaine dernière ce n’était pas possible de reporter le scrutin ?

Je vis à la campagne à Chemazé, donc le confinement est beaucoup moins problématique que pour ceux d’entre nous qui vivent avec des enfants en appartement en ville.

J’avoue être en partie médusé par ce qui nous arrive, et je crois qu’on peut affirmer que c’est historique. Dans la dernière allocution du Président de la République, j’aurai aimé entendre deux choses : premièrement « confinement », car il faut aller droit au but dans le langage. Ensuite, l’annonce d’un plan de financement de l’hôpital public et des mesures pour les personnels soignants qu’ils réclament en vain depuis un an.

Visiblement, les connaissances du monde scientifique et de la recherche avancent sur la nature de ce coronavirus, ce qui peut expliquer le tâtonnement des autorités politiques au début de l’arrivée de la pandémie. Dans cette épreuve que nous traversons et conformément à sa ligne éditoriale, Leglob-Journal se doit d’apporter les informations au public selon l’état des connaissances scientifiques qui évoluent presque chaque jour.

C’est sûr que cette cette pandémie qui met à genoux la mondialisation va nous obliger tous à prendre des décisions de rupture. Soyons prudents et nous sortirons plus forts de cette crise.

Rémy Simon :

« J’ai l’impression d’être un figurant recruté de force et plongé d’un coup dans un film de science-fiction. Le temps semble suspendu. Paysages urbains de rues désertes. Sur nos écrans : le comptage des victimes et leur nombre qui va exploser, l’armée en renfort. Sidération.

Comme après les attentats du 11 septembre 2001, nous venons de basculer dans une autre dimension. Assurément planétaire. A la fragilité de la Terre s’ajoute la catastrophe sanitaire. Avec des inégalités sociales croissantes et inacceptables. Inégalité, même face à la mort.

Messages angoissés d’amis chiliens que je viens de quitter au milieu d’une grande détresse sociale. Urgence sociale et urgence sanitaire : c’est trop pour ceux qui doivent déjà vivre au jour le jour ! Sans État-providence, sans amortisseur social, sans médecine quasi gratuite. Un autre message de détresse me vient d’une famille cubaine…

Alors quand j’entends certains irresponsables politiques français alimenter des polémiques prématurées et indécentes, monte en moi la colère ! Envisager l’après Covid-19 ? Trop tôt. Pour l’instant, restons confinés à l’essentiel et solidaires. Et fiers d’un Service Public qu’il faudra plus que jamais défendre. »

Alain Voisin :

« Nous en sommes au deuxième jour d’arrêt de toutes activités comportant des liens sociaux, écrit-il. Plus de réunions associatives, plus de sport en groupe. Les sorties vélo avec le club-cyclo, tant espérées cet hiver pluvieux sont annulées. Les préconisations de la fédération de cyclo sont mêmes de rester chez soi pour éviter toutes activités pouvant entraîner accident ou chute alors que les systèmes de santé sont saturés.

Sage, mais contraignant. Il va falloir s’inventer une vie nouvelle, au moins pour quelques semaines, trouver le moyen de faire les exercices physiques indispensable à la santé et au moral. Heureusement, j’ai la chance d’avoir un jardin et il faut le mettre en ordre de printemps : bêchage, plantations, semis, désherbage, de quoi se bouger un peu au grand air.

Et puis encore plus de temps pour lire. Le stock de livres à lire va bientôt être épuisé. Un appareil génial trouve alors toute son utilité. La liseuse numérique et les livres numériques en accès sur les bibliothèques publiques de Laval et du département.

On retrouve l’usage du téléphone et de longues conversations pour garder contact avec ses proches. Des personnes éloignées des usages des outils numériques comme la visioconférence en découvrent l’intérêt. L’EHPAD qui accueille mon papa propose des liaisons en visioconférence.

Ceci étant, il s’agit là de préoccupations bien mineures. Les salariés, les soignants doivent affronter des difficultés bien plus lourdes. Comment faire pour être concrètement solidaire avec eux ? Appliquer les consignes, être exemplaire, pour le moins dans ses comportements sociaux.

Les plus démunis, les sans-papiers, les migrants, les sans-toit sont particulièrement exposés. La crise met en évidence l’indécence du traitement que la société, les pouvoirs publics, leur infligent. Il faut trouver et mettre en œuvre d’urgence des solutions dignes d’hébergement pour tous.

Oui, il va falloir individuellement et collectivement inventer de nouveaux modes de vie. La crise va sans doute durer. Nous en sommes au début et il est un peu tôt pour tirer des plans sur l’après… »

Nicolas Chomel :

« Quand j’ai écrit cet article publié dans les colonnes du Glob-journal, Coronavirus, grand révélateur des errements de notre société ici , c’était le dimanche 8 mars, je n’imaginais pas (mais qui le pouvait ?) que la situation évoluerait aussi vite.

La France comptait 1126 personnes contaminées et 19 décès, nous en sommes aujourd’hui à 9134 cas confirmés (dont 3 626 sont hospitalisés) et 264 décès. Si bien que deux jours après la publication par leglob-journal le président Macron annonçait la fermeture des écoles puis, le lundi suivant, le confinement strict.

Depuis le lundi 16 mars au soir donc, comme tous mes collègues de bureau, je fais du télétravail avec femme et enfants à la maison qui télétravaillent aussi et c’est un grand changement de vie. Je dois dire d’abord que nous ne sommes pas égaux dans le confinement, pas plus que nous le sommes dans la vie ordinaire. Ma femme et moi avons la chance d’habiter une petite maison en ville avec un jardin et je pense à toutes les familles, en particulier aux familles nombreuses, qui vivent en appartement et doivent justifier par écrit leurs motifs de sortie.

La première question a été celle de vivre ensemble confinés. Organiser l’espace et le temps pour que chacun puisse conduire ses activités et cohabiter dans le calme. Ralentir le rythme, baisser le ton des voix, s’imposent quand l’espace manque et que l’énergie aussi est confinée. Réviser ses priorités devient nécessité quand toute sortie est « dérogatoire », qu’il faut se nourrir, continuer son activité scolaire (en maternelle, lycée ou université) et professionnelle, se distraire.

L’essentiel l’emporte sur l’accessoire. Gérer l’anxiété que génère, immanquablement, le risque de maladie, l’incertitude sur l’avenir, le spectre de l’appauvrissement, et de la pénurie. En cela, les informations diffusées par les médias n’aident pas. Il peut donc s’avérer utile d’éteindre sa télé et de refréner les envies compulsives de consulter les réseaux « sociaux ».

Enfin, si la consigne est d’espacer les distances entre les gens, le risque est grand que les personnes déjà isolées en temps normal souffrent encore plus du confinement. Il est donc temps de resserrer les liens sociaux, par l’entraide. J’ai pensé très vite à ceux qui n’ont ni ordinateur ni imprimante et doivent écrire à la main les attestations de sortie et proposé à mes voisines âgées de les leur imprimer. Ça a l’air simple, mais pourtant… »


Et vous ? Comment vivez-vous votre confinement ? Dites-nous, s’il vous plaît, en laissant un commentaire.


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  1. Essayons de faire de ce temps suspendu, une opportunité de revoir , profondément, nos façons d’être. La leçon est rude.
    Mais, psychologiquement, socialement, politiquement, économiquement, écologiquement, on devra se réinventer…

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