Du mieux en 53, mais ne baissons pas la garde – par le Dr. Pierre Blaise 🔓

L'une des représentations du Virus sur leglob-journal

Santé

Le Covid-19 en chiffres, avec une lĂ©gĂšre baisse du taux d’incidence en Mayenne : il est de 200 pour 100 000 habitants. La vaccination ( 52 692 mayennais ont reçu une premier dose) semble produire ses premiers effets. Mais dans le mĂȘme temps, cinq nouveaux dĂ©cĂšs sont enregistrĂ©s, ce qui porte Ă  260 le nombre de victimes depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie. 55 personnes selon l’Agence rĂ©gionale de SantĂ© des Pays de la Loire sont en rĂ©animation Ă  la date du 9 avril 2021. Pierre Blaise est le directeur scientifique de l’Agence rĂ©gionale de santĂ© des Pays des la Loire. Depuis le dĂ©but de l’Ă©mergence du Covid-19, il Ă©crit rĂ©guliĂšrement des chroniques. Leglob-journal publie, dans ses colonnes, la derniĂšre en date.

« En attendant l’impact de la vaccination, tenir encore quelques semaines »

Par Pierre Blaise*


La belle lettre guillemet du Glob-journal

Tout le monde l’aura compris, l’objectif de ces mesures est de rĂ©duire la circulation virale pour freiner l’épidĂ©mie et amortir le choc de cette 3Ăšme vague pour la santĂ© des ligĂ©riens et sur l’offre de soins, en attendant l’impact de la vaccination. Tenir encore. Quelques semaines. C’était pourtant « bien parti Â» Ă  la rentrĂ©e. L’explosion redoutĂ©e de la circulation virale aprĂšs les fĂȘtes n’a pas eu lieu. GrĂące Ă  la vigilance de tous. Elle commençait mĂȘme Ă  diminuer de façon marquĂ©e Ă  partir de la fin janvier et durant la premiĂšre quinzaine de fĂ©vrier (Cf. graphique). Le taux d’incidence descend jusqu’à 119/100 000 le 15 fĂ©vrier.


Tableau ARS
Tableau ARS

Alors que la vaccination produisait ses premiers effets sur les rĂ©sidents des EHPAD et USLD dont on constatait la chute du nombre de dĂ©cĂšs, protĂ©gĂ©s par un taux de couverture vaccinale significatif qui atteint aujourd’hui prĂšs de de 94% de rĂ©sidents protĂ©gĂ©es par une premiĂšre injection et 77 % complĂštement vaccinĂ©s.

Mais le variant britannique, beaucoup plus contagieux et plus virulent, dĂ©celable dans nos dĂ©pistages dĂ©but janvier dans la rĂ©gion et devenu progressivement majoritaire en mars, vient changer complĂštement la donne. Fin mars le taux d’incidence rĂ©gional est Ă  277 /100 000 habitants. Une semaine plus tard le 4 avril il est Ă  305 /100 000. (Cf. Graphique).


Un variant britannique du virus qui change tout


Il change tout parce qu’il fait varier le taux de reproduction, le dĂ©sormais fameux « R effectif Â», qui reprĂ©sente le nombre de personnes qu’une personne infectĂ©e peut contaminer. InfĂ©rieur Ă  1 l’épidĂ©mie rĂ©gresse. SupĂ©rieur Ă  1, elle accĂ©lĂšre. Le R effectif, fin janvier en Pays de la Loire est de 0,8. Le variant britannique est apparu, mais il ne domine pas encore. L’épidĂ©mie rĂ©gresse alors puisque 10 personnes n’en contaminent que 8. GrĂące au mesures de contrĂŽles collectives et individuelles, le taux d’incidence baisse jusqu’à la mi-fĂ©vrier. Mais, avec la progression du variant, le R effectif augmente, dĂ©passe 1, atteint 1,29 ce 1er avril 2021. Dix personnes en contaminent presque treize. Et alors l’épidĂ©mie accĂ©lĂšre. Fortement. MalgrĂ© les mesures de contrĂŽles lĂ©gitimes et toujours en vigueur, alors mĂȘme que les comportements n’ont pas changĂ©, restĂ©s aussi prudents (malgrĂ© quelques imprudences).

La mutation de ce variant, en le rendant plus contagieux, lui donne, en effet, un avantage compĂ©titif trĂšs important sur le virus historique. Il l’élimine de l’écosystĂšme et prend sa place. Et au passage, amenant le taux de reproduction au-dessus de 1, relance l’épidĂ©mie. Comme sa mutation le rend aussi plus dangereux, puisqu’on constate qu’il provoque plus de dĂ©cĂšs parmi les personnes infectĂ©es, la combinaison contagiositĂ©/gravitĂ© fait Ă©voluer de façon exponentielle non seulement le taux d’incidence mais aussi la mortalitĂ© et la morbiditĂ©.

Ce « nouveau » virus ne nous laisse pas le choix. Il faut redoubler de vigilance. C’est-Ă -dire renforcer la distanciation physique, renforcer les obstacles physiques Ă  sa diffusion et en premier lieu le port du masque. Et donc, des mesures de contrĂŽle renforcĂ©es de l’épidĂ©mie viennent d’ĂȘtre prises. Mais puisque ce sont des mesures d’ordre public, leur obligation ne s’applique pas dans la sphĂšre privĂ©e. Sinon sous forme de recommandations.


Ne l’oublions pas, le virus ne passe que par nous


Sans nous, sans nos contacts physiques de proximitĂ©, il ne peut se multiplier. Donc survivre. On le sait dĂ©sormais, l’essentiel des contaminations passe par les postillons que l’on s’envoie de l’un Ă  l’autre, quand on parle sans masque. Encore plus si l’on chante ou si l’on hausse la voix.

Postillons parfois si fins qu’il restent en suspension dans l’air, dans un espace clĂŽt que l’on n’aĂšre pas. D’autant plus, que l’on peut ĂȘtre nombreux dans un espace confinĂ©. Postillons qui se transmettent aussi en extĂ©rieur. On ne le dit pas assez. Pas quand on se promĂšne le « nez au vent Â» bien sĂ»r. Mais quand on se parle en face Ă  face sans masque. MĂȘme dehors.


Le covid 19 en Angleterre, la course...

Les recommandations qui s’appliquent Ă  la sphĂšre privĂ©e invitent Ă  ne pas mĂ©langer entre elles nos « bulles sociales ». Notre ‘bulle sociale’, c’est le petit groupe de personnes, famille rapprochĂ©e, colocataires, collĂšgues ou amis trĂšs proches …, avec lequel on vit ensemble au quotidien, sans masque et mesure barriĂšre, parce que ce serait simplement invivable. Quand le taux d’incidence est trĂšs Ă©levĂ© (dans certains territoires, il peut dĂ©passer 1000/100 000), sur cinq groupes qui rassemblent chacun 15 – 20 personnes, mĂ©langeant plusieurs bulles sociales, au moins l’un de ces groupes comprendra une personne contagieuse. Elle contaminera beaucoup de personnes si l’on est dans un espace clĂŽt. Au moins quelques-uns, si l’on est dans un parc, sur une esplanade, sur les berges d’un fleuve… En quelques jours c’est 20, 30 personnes de plus de contaminĂ©es. Qui elles-mĂȘmes 


citation

Se rencontrer, c’est six maximum, de prĂ©fĂ©rence dehors, sans partager un verre, avec le masque en permanence. ArrivĂ© aprĂšs le repas, parti avant l’apĂ©ro ! Ne pas mĂ©langer les bulles sociales, cela veut dire tout simplement de ne pas aller se retrouver, de ne pas aller les uns chez les autres. Sauf, si c’est vraiment indispensable. Et si on se retrouve quand mĂȘme, pas plus de 6, de prĂ©fĂ©rence Ă  l’extĂ©rieur. Et surtout avec le masque, en se lavant rĂ©guliĂšrement les mains.

Sans baisser le masque pour parler… C’est Ă  dire sans faire ce que tous les humains font, depuis qu’ils font sociĂ©tĂ©, et ce, dans toutes les cultures. Sous toutes les latitudes. Quand ils se rencontrent, ils partagent un verre ou un repas ou un moment convivial.

Pas un village de brousse en Afrique oĂč les coqs ne se sentent en danger quand un invitĂ© arrive au village… Pas une maison d’hĂŽte en Orient, oĂč l’on n’offre le thĂ© au voyageur de passage… Pas une oasis du dĂ©sert, oĂč l’on ne vous propose Ă  boire, quand vous cherchez l’ombre… Pas un dĂ©part en retraite sans un pot… Pas un anniversaire sans gĂąteau, et ce dĂšs la tendre enfance. Pas un noĂ«l, sans bĂ»che… Pas un ramadan sans miel… Pas une fĂȘte de la musique sans biĂšre et cocktails, avec ou sans alcool… Pas une pause sans cafĂ© ou autre boisson chaude
 Et pas de retrouvailles en famille et/ou avec des amis sans un repas, sans apĂ©ro…


« SphÚre privée et bulles sociales »


C’est normal. On fait confiance Ă  ses proches, Ă  ses amis : comment imaginer qu’ils puissent vous rendre malades ? Mais l’ami, le proche peut ĂȘtre contagieux, le plus souvent sans le savoir. Il ne s’agit pas de se mĂ©fier les uns des autres. Il s’agit d’avoir confiance qu’il ne vous contaminera pas. Il s’agit d’ĂȘtre confiant qu’on ne le contaminera pas. En parlant de confiance, les mesures proposĂ©es reposent justement sur la conviction que le sens des responsabilitĂ©s l’emportera sur la lassitude.

Effectivement c’est de la retenue de chacun d’entre nous, des actions de « colibris Â», dans la sphĂšre privĂ©e, que repose ‘le dernier kilomĂštre’ de cette lutte contre le virus. Peut-ĂȘtre la derniĂšre grande bataille. Ce kilomĂštre qui n’est plus bornĂ©, cette fois, par une attestation, cet interdit au-delĂ  du kilomĂštre qui nous empĂȘchait de voir nos proches et nos amis, nous confinant strictement dans une bulle sociale unique.

Alors, si on se rencontre quand mĂȘme, parce qu’on a tant besoin de se voir. Tant besoin de se soutenir. AprĂšs ces mois de freinage pour Ă©viter un mur qui ne semble jamais reculer suffisamment. C’est avec le masque en permanence sur le visage. Indispensable. VissĂ© sur le visage dĂšs qu’on se parle. Dedans comme dehors. Et c’est sans verre Ă  la main. Et avec des mains que l’on lave rĂ©guliĂšrement.

Et si on se rencontre quand mĂȘme, dehors ou dedans. Ce n’est pas Ă  plus de 6, on y va aprĂšs avoir mangĂ© et on se quitte avant l’apĂ©ro. C’est tellement contre nature. Evidemment. Mais pour les semaines qui viennent c’est notre viatique commun.

Il s’agit de transformer ce km qui Ă©tait infranchissable pour se retrouver hier, en un ‘dernier km’ qui soit efficace par notre prudence et vigilance pour freiner le virus, dĂšs aujourd’hui. Et permette Ă  la vaccination, dĂ©multipliĂ©e avec l’arrivĂ©e trĂšs importante des doses, de nous libĂ©rer des contraintes que les risques du virus font peser sur les plus fragiles. Et pas seulement les plus fragiles… » â—Œ


*Pierre Blaise est directeur scientifique de l’Agence rĂ©gionale de santĂ© des Pays des la Loire. Cette chronique a Ă©tĂ© publiĂ©e sur le site de l’ARS . Les analyses prĂ©sentĂ©es dans cette chronique rĂ©guliĂšre s’appuient sur le travail multidisciplinaire quotidien de toute une Ă©quipe au sein de l’ARS sans laquelle cette chronique ne pourrait exister.


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