Covid-19 – implications écologiques et systémiques – Par Alain Pagano

Dans une note au comité exécutif nationl du PCF intitulée « Covid-19, implications écologiques et systémiques » pour la Commission Ecologie en date du 3 avril 2020, Alain Pagano, maître de conférence en Biologie, porte un regard sur la pandémie qui nous contraint à l’isolement. « La crise sanitaire, écrit-il, les trop nombreux décès qu’elle provoque, la mobilisation pour des solutions de protection de nos concitoyens : c’est ce qui anime la vie des Français en ce moment. Point d’ajout sur ces éléments, mais la volonté de nourrir la réflexion sur cette pandémie sous le seul prisme de l’écologie. »

Covid- 19 et écologie

Par Alain Pagano*


Comment en est-on arrivé là ? La maladie induite par le Covid-19 est, très probablement, une zoonose, c’est-à-dire une maladie qui a été transmise par des animaux sauvages, et ceux qui sont très fortement suspectés sont des pangolins, des chauves-souris et/ou des civettes, pour les espèces qui sont présentes en Chine, foyer originel de la pandémie. Le virus présent dans ces animaux aurait muté pour passer à l’humain. Ce qui permet de le penser, selon les scientifiques, c’est la très forte ressemblance génétique entre les coronavirus de ces trois groupes d’espèces. [Mais il n’y a] point d’inquiétude à avoir pour votre animal de compagnie, car il n’est a priori pas impliqué dans la zoonose, et ne transmet donc pas le Covid-19 à ce stade.

Cette interprétation scientifique s’appuie sur d’autres exemples comparables de zoonoses, ce qui fait dire à d’autres experts que l’humain a une vulnérabilité croissante face aux pandémies de ce type à cause de la destruction accélérée des habitats. Dans un interview dans Actu-Environnement du 24 mars, le scientifique C. Lebarbenchon estime que « Le problème ne vient pas des espèces animales mais des changements environnementaux issus de nos activités ». [Lire à ce propos] dans le dernier Monde diplomatique (mars 2020) l’article D’où viennent les coronavirus ? Contre les pandémies, l’écologie.


Figure du ministère de l’agriculture

Le changement climatique est-il responsable ?

La question qui vient est : comment est-il possible que ce virus soit arrivé à l’humain ? Le changement climatique en est-il la cause ? Ou bien, à tout le moins, des modifications environnementales ? Il est important de répondre à ces questionnements.

Au-delà du fait qu’en Chine il y a commerce d’animaux sauvages vivants pour des usages d’alimentation, et qu’il aurait favorisé le passage du virus de l’animal à l’humain, des scientifiques pointent également d’autres facteurs : les déforestations, la réduction des écosystèmes favorables aux espèces sauvages, à laquelle s’ajoute l’étalement urbain. Tout cela favorise la probabilité de contacts plus fréquents entre humains et faune sauvage, donc augmente la probabilité de transmission du virus. C’est l’hypothèse la plus fondée scientifiquement aujourd’hui.

Si les virus existent et se propagent de façon naturelle, les activités humaines sont parfois aggravantes pour faire survenir de nouvelles pandémies. La modification dl’environnement consécutive à la surexploitation des ressources naturelles est bien en cause, car la déforestation répond souvent aux besoins de l’agrobusiness, plus qu’à la paysannerie de proximité. Cela questionne nos modes de production et de développement,notre respect de la planète, nos modèles de société.Certains militants de la cause environnementaliste invoquent, un peu vite, le réchauffement climatique comme responsable de cette pandémie.

Au stade de nos connaissances scientifiques, il est périlleux de l’affirmer de manière péremptoire. En effet, Il n’y en a aucune preuve ! Et donc parler du changement climatique sur cette question, c’est aller vite en besogne, voire contribuer à passer à côté d’autres combats à mener comme la nécessaire protection des écosystèmes et de leur biodiversité.

En revanche, ce que l’on sait, c’est que des mutations génétiques peuvent survenir et être favorisées dans le cadre de changements environnementaux. Ce que l’on peut suspecter, c’est que de nouvelles maladies peuvent survenir à cause des changements environnementaux (cf. cas du virus Ebola au Libéria et en Sierra Leone, du virus Chapare identifié en Bolivie, ou encore de la malaria à Bornéo – cf. Les épidémies couvent sous les cendres des forêts de Marina Aizen – Anfibia Buenos Aires traduit dans un récent Courrier international.).

Les effets du réchauffement climatique pourraient avoir pour effet de faire réapparaître des maladies ou des virus aujourd’hui non actifs mais qui pourraient le devenir avec la fonte des glaces. Des espèces animales, vecteurs de maladie (Par exemple dengue, fièvre jaune, Zika et chikungunya pour le moustique tigre) comme les moustiques, aujourd’hui présents dans des pays tropicaux atteignent ou pourraient atteindre des pays tempérés comme le nôtre. Le moustique tigre est dorénavant installé dans la majeure partie du pays sans être, pour l’instant, vecteur de maladies en France métropolitaine.. La lutte pour le respect de la planète et des écosystèmes est aussi une lutte pour la santé humaine dans nombre de cas. C’est vrai. Le changement climatique en est parfois la cause. Mais l’exemple le plus probant n’est pas le Covid-19.

Confinement, conséquences écologiques et les jours d’après

Le confinement est une épreuve pour chacun. Mais, en parallèle des conséquences économiques, politiques et sociales, il a aussi des conséquences écologiques et systémiques marquées. En rupture avec l’avant crise. Suite à la réduction des transports et de l’activité industrielle, les émissions de CO2 ont fortement baissé, ce qui est positif pour la lutte contre le réchauffement climatique. La pollution de l’air a diminué également, ce qui est une bonne nouvelle paradoxale pour la santé de nos concitoyens, cette pollution provoquant de la surmortalité. Cependant, il y a fort à parier que ce ne soit que provisoire si l’après ne change pas de l’avant crise.


Le « tableau clinique » du covid-19 – © leglob-journal

Si l’on peut se féliciter de ces bonnes nouvelles environnementales dans un contexte de mauvaises nouvelles, doit-on envisager l’après comme cela ? Avec une industrie réduite à l’indispensable survie et un confinement généralisé ? La question est volontairement polémique pour susciter le débat.

En effet, alors que nos concitoyens commencent à s’interroger sur les jours d’après, sur la société qu’il faudra réinventer, je crois qu’il convient de réfléchir à quelques propositions pour révolutionner notre société, nos modes de production, dépasser un système capitaliste obnubilé par l’argent, sur-exploiteur des ressources naturelles et impliqué dans la dégradation de la planète. Car ce même système capitaliste, mis en accusation par nombre de nos concitoyens, va préparer sa défense, proposer des solutions pour accroître sa mainmise sur la planète et accroître ses profits, comme il en est capable avec le réchauffement climatique où le droit à émettre du CO2 se négocie sur les marchés financiers.

Ainsi, même un chaud partisan de l’argent roi, défenseur du temple capitaliste, empêtré dans les contradictions du système et sa mise en accusation, s’oblige à des entorses sévères aux lois du marché en relocalisant des productions. Je pense aux masques chirurgicaux et [aux masques] FFP2 qui ne sont plus que rarement produits en France quand l’essentiel provient de pays à bas coûts salariaux, et dans ce cas la Chine.

C’est une bonne chose, surtout si ce n’est pas que provisoire. C’est un bel exemple de ce qu’il faudra généraliser demain pour combiner la protection de nos concitoyens et celle de la planète. Relocaliser ! C’est mettre en place des circuits courts. Circuit court ne vaut pas que pour les produits agricoles, l’alimentation. Cela vaut pour l’industriel également : il est indispensable de faire décroître fortement le transport de marchandises sur des milliers de kilomètres, déplacements engendrés par les logiques de délocalisation des productions et de dumping social, fiscal et donc de dumping environnemental.

Car en effet, les circuits courts sont un des moyens de réduire l’empreinte carbone exorbitante que représentent les transports. (A titre d’exemple, le caractère ubuesque de la chaîne de valeur qui conduit à faire décortiquer au Vietnam des crustacés écossais, puis les faire fumer à Madagascar pour finalement les vendre dans des magasins en Europe…) Ils doivent être combinés à un effort d’investissement, de développement vigoureux dans les modes de transports les plus propres ! Pour le transport des personnes, il faut favoriser le ferroviaire et les transports en commun dans nos sociétés de demain. Pour le transport des marchandises, ferroviaire, fluvial et maritime (cargos à voile) doivent être favorisés au détriment du tout camion et des avions.

Vers une certaine décroissance

A l’objectif idéalisé par certains d’une société totalement décroissante qui prendrait le risque de ne pas répondre à des besoins fondamentaux des sociétés humaines (vaincre la faim et la pauvreté, améliorer la santé, rénover thermiquement des logements …), il convient de plaider pour une décroissance des activités inutiles et une croissance de ce qui est utile socialement. Il convient de plaider pour des relocalisations, une production agricole et industrielle de proximité, en investissant dans la recherche pour que les process agricoles comme industriels soient respectueux de l’environnement, et n’épuisent pas les ressources.

A l’obsolescence programmée, concept certifié capitaliste destiné à accentuer la vente de nouveaux produits pour faire de nouveaux profits, préférons l’économie circulaire qui implique éco-conception des produits, réparation, économie des ressources pour les produire. Il faut imaginer une société qui produise, si elle se donne les moyens de produire propre et de produire utile.

Par ailleurs, la crise liée au Covid-19 a favorisé nombre de fake news, voire des théories complotistes, sur une fabrication humaine du virus. Il n’en est évidemment rien mais cela montre qu’il faut appeler à la prudence face aux propos hâtifs et aux fausses nouvelles.

Cette note montre également la nécessité, au-delà de la recherche médicale sur les traitements et les vaccins possibles pour soigner la maladie, qu’il est nécessaire de booster la recherche publique (en postes comme en moyens budgétaires, en possibilités de coopération internationale plutôt qu’en tentations de repli sur soi nationaliste) sur nombre d’aspects et évidemment pour ce qui nous concerne, sur les recherches en écologie.

Si l’on se doit d’agir dans l’immédiateté de la crise, une vision et une action de long terme sont nécessaires, notamment en matière de recherche.

L’hôpital public sort renforcé de cette crise dans son évidence et son utilité. Ce besoin d’un service public fort devrait s’étendre aux médicaments, mais aussi à tout ce qui touche à la gestion des ressources naturelles, à la protection de la santé de la planète, car il y a solidarité de destin avec celle des humains. Et il y a solidarité de destins entre humains. La coopération internationale plus que les replis sur soi nationalistes et égoïstes, voilà une valeur pilier de « l’Humain et la Planète d’abord ».

Enfin, pour changer notre société, il faut qu’elle soit beaucoup plus démocratique. Que l’exigence démocratique prenne le pas sur l’appât du gain. Que la santé des salariés prime sur le taux de profit. Dans les entreprises, les CSE (ex CHSCT, comité hygiène sécurité et conditions de travail) pour le secteur privé comme les comités sociaux (dont l’existence devrait être généralisée dans le secteur public) doivent avoir un pouvoir accru en matière de sécurité au travail et de santé. Voilà quelques pistes de réflexion qui n’épuisent pas le sujet !


*Alain Pagano est membre du conseil exécutif national du Parti communiste français, où il est responsable de la commission écologie,et maître de conférence en biologie à l’université d’Angers.


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