Covid-19 : « On ne doit pas tout craindre, mais on doit tout préparer »

Richelieu aurait eu cette phrase. Pleine de sagesse quand on en fait la lecture avec le recul. Cette citation a été inscrite en préambule d’une note de cinq pages qui devait rester confidentielle mais qui a été rendue publique alors que le candidat Macron s’apprêtait à briguer l’Elysée. Avec le temps, la lecture que l’on peut en faire interroge sur notre capacité à mettre en oeuvre une juste gouvernance dans des situations où notre santé est en jeu. Nous sommes-nous suffisamment préparés à une pandémie que nous savions pourtant possible depuis longtemps?

Par Thomas H.


Il y a une semaine de cela, c’était un dimanche aussi, le jour du premier tour des Municipales maintenu et aujourd’hui, le second tour est devenu hypothétique quant à sa tenue. Cela concerne seize communes, Laval, Mayenne, Saint-Jean-sur-Mayenne, Athée, Champgénéteux, Charchigné, Couptrain, Gesvres, Le Pas, Le Ribay, Lévaré, Niafles, Senonnes, Saint-Mars-du-Désert, Saint-Quentin-les-Anges et Vieuvy. Dans ces villes et villages mayennais, les électeurs devront trancher. Dans les 226 autres communes où le premier tour a parlé, le maire sortant, même battu, continuera à gérer les affaires courantes en attendant de passer la main à son successeur. Officiellement.

Entre temps, le Covid-19 anxiogène, est passé par là et continue d’étendre sa toile maléfique. Avec son lot d’incertitudes et d’interrogations, de craintes, de psychose et de remises en cause. Sournois et potentiellement mortel pour les plus affaiblis, le virus qui ne nous est pas inconnu nous oblige au «confinement ».

Un terme que le Président n’a pas prononcé dans son allocution solennelle et martiale, le 16 mars au soir, à la télévision. Mais à six reprises, le chef de l’État a utilisé la même expression qui rappelle celle de Georges Bush à propos des « Tours jumelles », « Nous sommes en guerre! » visant à sonner la « mobilisation générale» contre un «ennemi, (…) invisible, insaisissable».

Après des jours, voire des semaines d’atermoiements, l’exécutif se décidait à faire basculer la France dans un régime d’exception, suivant l’exemple de l’Italie ou de l’Espagne. « Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation (…) mais contre un ennemi invisible (…) » a dit Emmanuel Macron.

« La France n’est pas prête »

Le confinement est là et nous isole les uns des autres. Terme de droit criminel, le confinement, dans ce cas là, s’ajoute à une peine et condamne un détenu à l’isolement dans les prisons. Au XVIe siècle, la dégradation d’honneur, la confiscation des biens par l’Etat, et le confinement pour l’individu qui était condamné, conduisait à ce qu’on appelait la «mort civile». Rien de comparable, bien évidemment.

En terme d’ennemi invisible, dans le domaine du nucléaire, on parle de « barrières de confinement », elles sont au nombre de trois, pour expliquer comment les produits radioactifs sont contenus dans le cœur du réacteur à eau sous pression… Pression justement. L’hôpital, déjà en crise, est désormais en tension. Et même en hypertension. Dispose-t-il de l’«élasticité» nécessaire pour pouvoir absorber des variations d’activité aussi importantes que celles que nous vivons? Est-il suffisamment pourvu de moyens matériels, techniques et humains?

D’ailleurs, nous sommes-nous correctement préparés ? Pas si sûr. Dans un note destinée à rester confidentielle et envoyée au candidat Macron en septembre 2016 par le professeur Jérôme Salomon, actuellement Directeur général de la Santé, et numéro deux du ministère, conseiller scientifique du gouvernement et du Président et expert en épidémiologie, – note disponible sur WikiLeaks, dans les MacronLeaks -, on peut lire : « La France n’est pas prête. Notre pays doit adapter ses organisations aux spécificités des crises majeures à venir et des nouveaux défis anticipés. Il faut se préparer à faire face aux situations sans précédent donc « hors cadre », inconnues jusqu’à aujourd’hui voire impensables, avec la réactivité nécessaire pour conserver la confiance des Français. » 

Plus loin, le professeur Salomon écrit à propos de la France qui est selon lui « peu confrontée aux risques majeurs depuis 1945. (…) risques majeurs de catastrophes ». Il cite les « épidémies et émergences » de maladies et pointe que «les événements qu’a connus la France récemment (…) démontrent que les préjudices humains et matériels peuvent être considérables. (…) L’organisation du système de réponse a fait l’objet d’une structuration importante (situations sanitaires exceptionnelles) mais demeure complexe et manque de réactivité et de capacités d’adaptation aux situations spécifiques et évolutives ». Il évoque en particulier dans cette note de cinq pages datant de 2016 et envoyée au candidat Macron « l’accueil en milieu hospitalier, en particulier si l’afflux de victimes est important, supérieur à 300 en urgence absolue. »

Ne pas tout craindre, mais tout préparer… finalement n’est-ce pas gouverner ?


Source : Santé publique France

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  1. En Février 2017 depuis Londres, et interrogé sur sa jeunesse comme candidat, Macron répondait textuellement ceci (ce qui est vérifiable sur Internet):  » je revendique l’amateurisme et l’inexpérience politique ».
    Nous sommes en plein dedans et je pèse mes mots en disant cela, des dizaines de personnes en meurent quotidiennement.

    Les Chinois et les Coréens sont sortis rapidement de l’épidémie. Il était donc logique, évident et urgent de se reposer sur leur expérience. Il faut sans doute mettre sur le compte d’une certaine arrogance Européenne (pour ne pas parler de racisme) le retard à l’allumage dans cette pandémie et l’ignorance de ce qui se passait la-bas.
    Rapidement les Chinois et les Coréens détectaient les contaminés potentiels, les isolaient, remontaient les chaines de contamination et imposaient les masques. Puis, devant la multiplication des cas, ils confinaient les populations. Dès Janvier, et cela nous intriguait, ils construisaient un hôpital (en fait des alignement ce conteneurs équipés en respirateurs ce qui devrait être à la portée d’un pays comme la France). Dès Janvier ils testaient la chloroquine in-vitro et, devant les résultats encourageants, des tests étaient fait sur des malades. Des publications scientifiques reprenaient les résultats positifs de ces essais début Février. En partant de rien, c’est à dire d’une maladie totalement inconnue, mais en étant perpétuellement réactifs, les Chinois et les Coréens limitaient le bilan.
    Rien, rigoureusement rien, des expériences Chinoises et Coréennes n’aura été utile à nos « responsables » (on hésite un peu à utiliser ce mot).
    Ni masques, ni tests, ni confinement des personnes testées positivement, ni utilisation de chloroquine 2 mois après les résultats Chinois. Rien na été fait en France. Ou tout aura été fait avec au minimum un mois de retard ce qui revient exactement au même quand aux conséquences, et elles seront lourdes.
    Comme il faut bien essayer de comprendre, on supposera que les « experts » qui entourent Macron ont plus ou moins l’intégrité et la compétence de ceux qui acceptaient l’usage prolongé en France de l’amiante ou du Médiator.
    Par contre les grenades, les gaz lacrymogènes, les matraques, la réactivité et les moyens de l’Etat n’ont jamais fait défaut y compris en direction des personnels soignants qui demandaient des moyens pour l’hôpital public.
    Les fièvres retombées, il faudra que nos responsables et en particulier le premier, celui qui revendique l’amateurisme et l’inexpérience, répondent de cela.

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