D’accord pour « Des jours heureux », mais… – Par Caillejo

La communication est au cœur du pouvoir. Le pouvoir repose sur le nombre. Et le nombre devient solidaire par la communication. Adhérer à un discours politique suppose néanmoins qu’on puisse être en phase avec les mesures concrètement mises en place par celui où celle qui le prononce. Pas simple de faire l’unanimité pour l’homme politique quand il laisse entendre qu’il fera le contraire de ce qu’il a réalisé jusque-là. C’est le sentiment de Caillejo qui nous a fait parvenir ce texte que leglob-journal publie. Ce Mayennais propose toutefois d’aller au delà du simple ressenti.

« Répondons : chiche ! au Président »…

Par Caillejo


Comme d’autres , je pense à Gilles Perret, le réalisateur du documentaire Les jours heureux, et j’ai été choqué par la référence qu’a faite notre « machiavélique » président à la fin de son allocution du 13 avril : « Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les jours heureux » a-t-il doucement claironné. Des jours meilleurs et des jours heureux ? Oui, mais alors sans lui. Car, comment faire confiance à ce pompier pyromane qui n’a eu de cesse de démanteler les services publics (tout spécialement l’hôpital), de déréguler le code du travail, de restreindre le droit des chômeurs, d’être sourd à la gronde sociale et de la réprimer sans pitié ; et qui – de l’autre côté – n’a cessé de multiplier les cadeaux aux plus favorisés (suppression de l’ISF, plafonnement de la flat tax, etc.).

Cependant, ce n’est pas parce que cette parole n’est qu’un énième effet de communication qu’il faut pour autant la négliger. Car le président Macron vient peut-être de suggérer là une très bonne idée (sa meilleure oserais-je dire…) à tous ses concitoyens. Alors pourquoi ne pas imaginer des jours heureux auxquels nous rêvons, à présent que nous avons le temps de penser, enfermé que nous sommes par cette nécessité du confinement ?Et si nous lui répondions : chiche !

Appuyons-nous sur l’exemple des résistants du Conseil National de la Résistance qui – en des heures encore bien plus sombres – définirent un programme social audacieux dès 1945.

La période est inquiétante, mais elle peut être exaltante. Les perspectives sont sombres, mais elles peuvent devenir lumineuses.

La machine économique est quasiment à l’arrêt. Est-ce si grave que ça ? Peut-être pas, puisque les activités essentielles sont assurées et que chacun peut encore vivre décemment sur le plan matériel. Et, comme d’autres, je constate que ce sont le plus souvent les travailleurs méprisés, mal payés qui assurent notre subsistance : les soignants bien sûr, mais aussi les caissier(e)s, les livreurs, les routiers, les éboueurs, les postiers, les hommes et les femmes qui nettoient et font le ménage, etc.

J’imagine combien ce constat doit être difficile à reconnaître pour tous ceux qui se croyaient jusqu’alors indispensables – voire supérieurs – et dont aujourd’hui, il faut bien admettre le rôle social « secondaire » de leur métier. Pour ceux que la question intéresse, je recommande l’excellent livre de l’anthropologue David Graeber « Bullshits jobs » (littéralement : boulots de merde) et qui faisait déjà ce constat : plus votre métier est utile socialement, moins il est payé et inversement. Il y a là un non-sens qui mérite d’être observé et d’en tirer des leçons pour « l’après ».


Un temps pour réfléchir


C’est donc à compter du 11 mai, après deux mois d’arrêt, que la « machine » va se remettre en route. Si j’ai bien lu certaines analyses à ce sujet, il y a une grande part d’ambiguïté de la part du pouvoir qui conditionne le retour des enfants à l’école pour permettre ainsi à leurs parents de retourner travailler. Mais vous aurez remarqué comme moi que le plus grand « flou » entoure les modalités de protection qui permettront à chacun d’éviter la contamination du virus, toujours présent. Est-ce exagéré de dire que le gouvernement a défini comme ligne de conduite de faire à tout prix redémarrer l’économie, serait-ce au prix de la mise en danger de la vie des personnes ? Car plus personne ne parle de la généralisation des tests pour valider le déconfinement. A chacun de juger.

Un autre indice éclaire la logique de nos dirigeants, le maintien de la fermeture de tous les lieux de rencontre : café, restaurant, spectacles, infrastructures touristiques, pour bien montrer que l’unique priorité c’est le travail et satisfaire ainsi l’exigence du patron du Medef qui attend des sacrifices pour rattraper le temps perdu. Mais aussi peut-être éviter que les gens n’échangent entre eux, aussi , les fruits de leur réflexion de « confinés » dans ces lieux de convivialité habituels.

Alors que faire ? Une idée géniale serait de transformer le « jour d’après » – donc le 11 mai – par une mobilisation générale autour de quelques revendications simples mais hautement symboliques. Afin que la population exprime clairement qu’elle ne veut pas recommencer comme avant, ni continuer à vivre sans que cette existence ait véritablement du sens.


Une homme d’affaires dans la réflexion

Un temps pour proposer


Sur l’énoncé de ces revendications, il importe d’aller d’abord à l’essentiel plutôt que de chercher à vouloir tout obtenir. Ce qui pourrait tourner autour de cinq pôles.

  1. Démocratique avec la simple demande d’une assemblée constituante (exact reflet de la société), définissant des institutions vraiment démocratiques et posant le triple socle de l’intérêt général, du bien commun et du vivre ensemble
  1. Economique en renonçant au triple dogme de la croissance, de la consommation et de la compétition pour le remplacer par le besoin, la sobriété et la coopération
  1. Social en exigeant un revenu d’existence décent pour tous (au niveau du SMIC) permettant de satisfaire les besoins vitaux de chacun 
  1. Relocaliser au niveau de la commune (ou d’un quartier) l’économie de subsistance et favoriser le lien social, culturel, associatif et sportif
  1. Ecologique en mettant tout en œuvre pour limiter le réchauffement climatique – sinon ce sera le prochain effondrement, autrement plus catastrophique que cette crise sanitaire

Sommes-nous prêts à nous mobiliser pour esquisser ces jours heureux dès la sortie du confinement ? Sachons-le, c’est une opportunité à saisir qui ne se représentera pas de sitôt.

Pour s’en convaincre, souvenons-nous de cette parole provoquante du milliardaire Warren Buffett : « C’est une guerre des classes et c’est ma classe qui est en train de la gagner ». Après des décennies où le rapport de forces était clairement du côté des dominants, l’heure a sans doute sonné – non pas de la revanche – mais bien de la reprise en main pour les peuples dominés.

Qu’avons-nous à y perdre ? Sauf que, si nous ratons cette occasion, la prochaine fois ne sera sans doute pas pour demain. Sans compter que la reprise en main sera alors féroce avec encore plus d’atteintes aux droits fondamentaux et la mise en place d’une inquiétante société du contrôle, dont on entrevoit les prémices avec cette crise.

Alors à tous rendez-vous le 11 mai pour une grande grève générale : Des « Jours heureux » mais sans lui…


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