Départementales 2021 – Débat et pas vraiment de clash – par Thomas H.

Débat Départementales sur France 3

Téléréalité

Départementales 2021 – Un débat sur la télé régionale avec quatre représentants des forces politiques principales en présence en Mayenne. Un débat animé par Christine Vilvoisin, rédactrice en chef adjointe de France 3 Pays de la Loire avec la présence de Rosemary Bertholom, directrice départementale de Ouest France. Une heure d’échanges où la parole de chacun des candidats s’est sagement juxtaposée, sur des sujets tour à tour abordés par chacun des représentants des formations politiques.

Débat de politique locale

Par Thomas H.


La belle lettre C sur leglob

Christophe Langouët (LREM), Antoine Caplan (Gauche écologique et solidaire), Jean Michel Cadenas (RN), et Olivier Richefou (Union droite et du centre). Presqu’en binôme : le président sortant à coté du patron du RN et l’opposant officiel de gauche à proximité de Christophe Langouët, le maire de Cossé-Le-Vivien, « nouvel opposant » mais de droite en phase avec Elisabeth Doineau la dissidente de la majorité départementale, « une femme élue qui est droite, intègre, qui aime l’échange et la co-construction« , a-t-il lancé d’emblée, comme un gros rocher dans le jardin d’Olivier Richefou. « Une brouille personnelle » a relativisé ce dernier, en regardant les journalistes, comme pour avoir leur assentiment et en ajoutant, avec sa rhétorique habituelle, « remarquez que je ne suis pas fâché avec 99% des autres » .

En préambule et pour présenter le débat, le département de la Mayenne a été qualifié de « petit poucet de la région » par le présentateur qui a dressé le portrait d’un territoire avec « un taux de chômage de 5,3%, l’un des plus faibles de France » .

A sa tête donc l’homme, en Mayenne qui ne fait plus consensus. Olivier Richefou a été présenté par le journaliste en voix-off, comme un « droitiste modéré qui ne devrait pas prendre de coups de chaud [dans cette élection] dans un département historiquement à droite où la gauche ne cesse de décliner […] elle a perdu huit cantons par rapport à 2008 […] » Un rappel qui oublie la récente dynamique des Municipales en Mayenne, à Laval et Mayenne notamment ou la gauche a réalisé l’alternance. Avec de belles images, le « sujet » de présentation pour introduire le débat a conclu : Dans cette élection, « pas de véritable enjeu« , ajoutant toutefois, paradoxalement que « le RN pourrait bien devenir la seconde force politique du département.« .


Olivier Richefou et Jean Michel Cadenas
Olivier Richefou (Union droite et centriste) et Jean-Michel Cadenas (RN) – capture écran F3

Un Rassemblement national qui a montré de grandes convergences avec le Président sortant. Jean Michel Cadenas (RN), loin de tacler Olivier Richefou, l’a flatté sur des thèmes qui sont chers à l’extrême droite comme les mineurs isolés non accompagnés, les MNA. (nous y reviendrons plus loin…), ou des dossiers plus techniques comme la salle de spectacles Espace Mayenne (Votée initialement à 9 millions d’€ pour finalement atteindre en bout de construction les 42 millions d’€). « C’est bien, c’est une belle vitrine » a simplement déclaré le RN.

On ne se trompe pas d’ennemi. Olivier Richefou s’est plus intéressé à l’opposition de gauche avec ce qu’il a appelé « la frilosité de Laval et de l’Agglo (toutes deux à gauche) et la reculade sur la gestion de l’Espace Mayenne. » L’ancienne municipalité de droite avait accepté de s’occuper de la gestion, mais la nouvelle ne l’a pas entendu de cette oreille. Antoine Caplan lui a répondu en retorquant le manque de soutien financier de la part du conseil départemental pour la rénovation de la Place du 11 novembre, le « cœur de ville, et du Département« . Le Président sortant a argué qu’il « ne souhaite pas privilégier une ville plus qu’une autre ». Question de la journaliste de France 3 Pays de la Loire :  » Vous ne souhaitez pas aider Laval parce qu’elle a basculé à gauche? » Réponse d’Olivier Richefou : « Non, c’était déjà le cas avec François Zocchetto » , l’ancien maire de Laval.


Christophe Langouët et Antoine Caplan
Christophe Langouët (LREM) et Antoine Caplan (Gauche écologiste et solidaire) – capture écran F3

Sur le désert médical en Mayenne : Antoine Caplan et la gauche souhaite des praticiens salariés, quand il est question du recours aux médecins retraités préconisé Olivier Richefou, « en échange d’une réduction de charges […] » a commenté le n°1 du Rassemblement national qui a volé au secours aussi du n°1 du Département sur le bateau V and B qui sera sponsorisé par le Département pour les quatre prochaines années à hauteur de 1,2 millions d’€ : « Je suis assez favorable… c’est bon pour l’image de la Mayenne, et pour toucher des jeunes… » Point de remarques sur le caractère onéreux de cette « communication politique » comme l’a soulevé Antoine Caplan (Gauche écologiste et solidaire).

« L’attractivité, ce n’est pas un homme qui décide tout seul dans son bureau, c’est un travail d’équipe… » a lancé comme scud Christophe Langouët [Candidat dans le canton de Cossé-le-Vivien avec Elisabeth Doineau]. Une remarque aussitôt relevée par la journaliste télé qui interroge : « Vous remettez donc en cause la gouvernance d’Olivier Richefou? » Réponse : « C’est vous qui le dites ! » Attaquer, certes mais à mots couverts et sans réellement aller jusqu’au bout de la démarche pour Christophe Langouët qui est majoritairement en phase avec la politique menée par le président Richefou.


Départementales2021 les deux journalistes
Rosemary Bertholom (Ouest France) et Christine Vilvoisin (France 3 Pays de la Loire) – capture écran F3

Sur le dossier des Agents de la solidarité, une des principales compétences du Département, qui ont fait grève deux fois, du « jamais vu » dans l’histoire de la collectivité, Antoine Caplan (Il se présente avec Nadège Davoust sur le canton de Laval 1) souhaite « agir collectivement, en dialoguant… ». L’un des adjoints de Florian Bercault le maire de Laval laisse entendre, sans être frontal, que le Président sortant ne le fait pas. Olivier Richefou en a profité pour annoncer « un million d’€ de budget supplémentaire voté en commission permanente pour mieux accompagner les enfants. Vous voyez, nous savons répondre à la demande… Mais réclamer 45 postes de plus ce n’est pas raisonnable et responsable… » a-t-il ajouté, sans qu’il soit possible de le vérifier.

Dossier dans le dossier, comme des poupées russes, les MNA, les mineurs non accompagnés, ces migrants qui déboulent dans le paysage bucolique mayennais, ont refait surface. C’était un des chevaux de bataille de Jean Arthuis alors président du conseil général, la « problématique » a été reprise par Olivier Richefou. Pour le FN, c’est du pain béni : Jean -Michel Cadenas soulève « le coût des MNA : 3,3 millions d’€, pour 230 mineurs isolés« . L’animatrice du débat, Christine Vilvoisin, pose la bonne question, comme souvent : « 230 MNA, sur une population de 307 000 habitants en Mayenne, cela pose un problème, Olivier Richefou ? » Le Président sortant tempère et minimise bien qu’il soit très souvent monté au créneau pour aller dans le sens de ce que le RN considère comme « immigration forcée » : « Pour nous, ce n’en crée pas parce que 130 d’entres eux, sont engagés dans des parcours vertueux d’intégration« . Pour Antoine Caplan s’adressant au RN : « Nous avons le devoir en France d’accueillir les mineurs et de les protéger!… » « Non! et nous gérons les conséquences de trente ans de vos inconséquences à gauche! » assène-t-il a Antoine Caplan. Seul Christophe Langouët retorque : « on travaille sur de l’humain… »

La cantine à un euro, par la « magie de l’élection » s’est invitée dans ce débat avec la proposition du président sortant de la faire en réponse à un vœu de fin de débat d’Antoine Caplan qui a compté que « pour deux collégiens la cantine coûte 1000 € par mois… » . « Nous ferons la cantine à un euro, a ajouté Olivier Richefou « mais pas en augmentant comme vous l’avez fait à Laval le cout du repas de quatre à cinq euros » omettant de dire qu’il s’agissait, d’un réajustement uniquement pour les plus haut revenus et pour les seules tranches supérieures.

Finalement le débat politique s’est achevé sur le sentiment que toutes les parties ont semblé d’accord les unes avec les autres, a conclu la journaliste de France 3 Pays de la Loire avant de rendre l’antenne et d’annoncer un débat identique sur le département de la Sarthe ; impression qui a somme toute été rendue possible parce que le ton des échanges est toujours resté courtois, urbain, dans ce débat où pas un mot plus haut que l’autre n’a été prononcé par les acteurs de ce département rural de la Mayenne, « petit poucet de la région » ◼


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