Des masques ? – Par Lépié Surtaire


Masque « fabriqué maison » en tissu coton avec de simples élastiques – © leglob-journal

Le masque, devenu objet de polémique. Pourtant, outil de sauvegarde mutuelle coiffé au coin du bon sens.


Par Lépié Surtaire

Plantons le décor : je suis ni médecin, ni scientifique ou économique mais dans une démarche rationnelle, rigoureuse, méthodique, pragmatique et de bon sens. Chacun réagit en fonction de son histoire, de son vécu. Le mien : février 1954, hiver 1954, la température tombe en dessous de moins 15 °C , appel de l’abbé Pierre…

Je suis né, cette année là, dans une famille de petits paysans, dans une maison sans chauffage à l’exception d’une cheminée, avec une bouillotte en terre aux pieds et une de chaque côté du corps. Des cultivateurs en polyculture et polyélevage : « la ferme imaginaire » en autarcie, avec un grand-père qui avait connu toute la Première guerre mondiale et des parents, la Seconde. (On gardait et on recyclait tout).

1985-1986 : confrontés à la maladie (leucémie de notre enfant âgé de 4 ans) avec découverte intense et douloureuse du milieu hospitalier (Bordeaux, Laval, Rennes, Paris Hôpital Saint Louis, Nancy…), des chambres stériles, des gestes barrières, des masques, des sur blouses (en tissu), des sur chaussures pour entrer dans sa chambre, des hospitalisations à répétition, des aplasies, des espoirs de guérison, puis de greffe de moelle osseuse (son frère était compatible). Paris, Nancy… et puis de l’angoisse, et un peu d’espoir et de l’issue fatale la douleur qui arrive…

Le retour à la maison et les sorties, entre les hospitalisations, se faisaient en respectant les gestes barrières préconisés aujourd’hui : lavage des mains, garder des distances avec en plus le port du masque pour notre enfant lorsqu’il était en extérieur, pour ne pas qu’il soit contaminé par différentes maladies qui, par son déficit immunitaire en raison des chimiothérapies, « lui seraient fatales ».

En 1985-1986, les vêtements de protections sanitaires et médicales étaient en tissu lavable : sur blouses et masques de chirurgien. Les masques jetables en papier avec pincement métallique sur le nez et les sur chaussures jetables étaient aussi disponibles.

Aujourd’hui, les précautions et la mise en place des gestes barrières doivent être adaptées en fonction des connaissances du virus et de la maladie (les connaissances de la médecine et de la science évoluent). Il faut cependant rappeler que la médecine n’est pas une science exacte, ainsi que les statistiques, même avec un forte probabilité il y a une part de personnes qui se situent du mauvais côté ( exemple, si nous sommes rassurés par 90% de guérisons : certains se trouvent dans les 10% restants…)

Masques : les décisions prises

Les pays asiatiques plus habitués aux épidémies et aux pollutions ont pris cette habitude du port du masque. L’arrivée et la montée de l’épidémie en Europe amène à prendre des décisions non faciles pour nos dirigeants face au constat d’absence de stocks suffisants : ils doivent avoir une réaction adaptée (la moins mauvaise) en fonction des connaissances et des besoins prioritaires.

Qui dans notre société pouvait imaginer une épidémie transmissible sur le plan aérien ? En dehors de la grippe, nos générations ont connu le SIDA en 1981, Ebola (en Afrique), les hépatites, le SRAS…


Un masque « ex-chirurgical » en tissus – © leglob-journal

Réserver les masques aux personnes prioritaires et en première ligne – personnels de santé et personnes les plus en contact avec les malades ou susceptibles de le devenir… – est logique compte tenu de cette pénurie mondiale. Il n’y a pas de stocks de masques et pas de possibilités d’en fabriquer suffisamment localement. La polémique n’est pas adaptée en ces circonstances, dans la plupart des partis politiques des femmes et des hommes de bonne volonté savent laisser leurs différences pour avancer ensemble au service des intérêts communs et ceux de la nation. Il faut de l’unité et des prises de décisions rapides et adaptées (en fonction des connaissances du moment) Mais on aurait pu décider au plus vite…

Pour les personnels prioritaires
  • Une réquisition de tous les masques disponibles (stocks, pharmacie, bricolage, entreprises…)
  • les interdire à la vente pour éviter le stockage par des personnes non prioritaires ayant des comportements individualistes.
Pour la population
  • mobiliser le plus rapidement possible la filière textile française : toutes les entreprises qui travaillent dans le secteur du tissu pour fabriquer au plus vite les masques en tissu pour la population.
  • inciter la population à fabriquer ses propres masques (en tissu ou autres matériaux adaptés…)

Le fonctionnement de notre société depuis des décennies a été de délocaliser, de produire le moins cher possible, d’effectuer du transport, d’acheter et de jeter. Comme pour d’autres productions, nous avons perdu le bon sens pour le profit immédiat : «  le produire à moins cher ». Nous avons ainsi perdu de notre autonomie nationale (ou européenne) dans beaucoup de secteurs. Ces choix nous amènent à des risques de pénurie, des pertes d’emplois et des transports importants avec des conséquences pour notre planète.
C’est en moment de crise que ces entreprises nous manquent cruellement (idem pour les médicaments, les gels hydro-alcooliques, les respirateurs, les matériel de soins, les lits de réanimation…) Les personnels nécessitant une formation longue et adaptée vont aussi être insuffisants, ainsi que des soignants en cas d’épidémie. Mais ce raisonnement est valable dans d’autres secteurs.

Le nombre de masques jetables par mois est impressionnant : pour les seuls soignants, 3.4 millions à 15 millions de masques sont nécessaires par jour selon les sources, soit entre 100 et 450 millions par mois. (40 millions/semaine soit 160 millions par mois)

La hausse de la production chez les quatre fabricants françaises de masques chirurgicaux doit permettre de porter la production nationale de 15 millions à 40 millions de masques par mois. On sera donc nettement en dessous des besoins pour les seuls soignants.

Les entreprises de fabrication de masques en France

« Une entreprise bretonne qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions de masques par an (plus de 16 millions par mois), a fermé en 2018 après son rachat par un groupe américain. En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés. Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons ‘intégrer’ un groupe mondial avec des ‘valeurs’ et une force de frappe commerciale importante », témoigne Damien. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchaînent, le chômage partiel devient la règle : à l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs économiques. La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. »

Ainsi les entreprises de fabrication de masques en France ont disparu au fil des décennies à l’exception de la production de celles qui restent mais sera insuffisante pour avoir une autonomie : 58 millions pour un besoin proche de 150 pour les soignants

  1. Kolmi-Hopen, qui appartient au groupe canadien Medicom à Saint-Barthélémy-d’Anjou

Maximum de la production en septembre avec 45 millions de masques par mois. « Pour les masques médicaux, nous allons accueillir deux nouvelles machines en avril, puis deux autres en septembre, afin d’atteindre un million par jour, indique Yannick Chevalier, directeur du site. Quant aux masques FFP2, on veut monter à 400 000, voire 500 000 par jour, à la fin de l’année. » ici.

  1. Jacques Boyé : Bientôt 6 millions de masques par mois à Labarthe-sur-Lèze près de Toulouse. ici
  2. L’entreprise Valmy, située à Mably (Loire) : 250 000 masques par jour soit 7.5 millions par mois. En trois ans Valmy annonce « être devenu un des leaders mondiaux du masque avec une capacité de production de 750 000 masques par jour » Sur son site Valmy écrit « Dans la famille le masque est reconnu par la communauté scientifique comme la seule protection efficace contre les pandémie virales en attendant un vaccin ; il devrait entrer dans la pharmacie de la maison au même titre que le paquet de mouchoirs jetables et le pansement. » ici
  3. Segetex-EIF Roanne (Loire) : 15 millions psr mois
  4. VSP Med Mask Marseille, le siège socil est au Royaume-Uni

Rapidement se posera le problème de l’approvisionnement en matières premières et notamment en élastiques.


Machine domestique à coudre des masques – © leglob-journal

Pour lutter contre les « germes » des maladies, nous faisons en sorte qu’ils ne puissent pénétrer dans l’organisme : si ils sont potentiellement véhiculés par les aliments, il nous est recommandé de cuire ces derniers ; si c’est par le sang, on prend les précautions nécessaires.

Même chose pour les autres liquides corporels… Pour ceux qui sont véhiculés comme le SARS-CoV-2, c’est-à-dire le Covid-19, les germes viraux sont transmis, selon connaissances actuelles, par les gouttelettes, c’est-à-dire les sécrétions projetées et invisibles lors d’une discussion, d’éternuements ou de la toux, ou de façon plus invisible encore par les poignées de mains, les surfaces…(pour l’air et les selles, il n’y a pas de certitudes)

Actuellement il faut donc éviter les contacts et appliquer les gestes barrières simple comme le lavage des mains…

Le port du masque est une de ces barrières (plus ou moins efficace selon le type de masques), ce que font les pays asiatiques, mais nous n’en n’avons pas suffisamment. Nous venons de le voir.

Alors que faire ?

Réserver les masques stériles à ceux qui en ont besoin pour les soins médicaux en milieu stérile. Utiliser des masques jetables ou non avec un niveau de filtration adapté à ceux qui les portent et aux risques encourus.

Les besoins du monde médical sont différents de ceux du monde du travail, différents eux-mêmes, de ceux du grand public. Il faut se faire une raison : nous manquons de masques et il y a impossibilité d’en fabriquer suffisamment rapidement. Il faut donc trouver une solution adaptée pour la population afin de lui permettre de sortir du confinement et de reprendre le travail dans des conditions acceptables. Le masque en tissu est cette solution, sauf à découvrir d’autres solutions.

« Il faudra rendre le port du masque obligatoire dès que le déconfinement aura lieu« , affirme le président de l’Académie de médecine Jean-François Matteï ajoutant « Alors évidemment, ça n’a pas la sécurité du masque chirurgical et encore moins du FFP2 », celui qu’on appelle communément « le masque canard »

Les masques y compris en tissu, ex-chirurgicaux des années 1980 ou autres modèles style cagoule, ou avec un filtre interne protègent dans les deux sens :

  • ils évitent aux porteurs du virus (y compris ceux qui l’ignorent ou en période d’incubation) de le transmettre par les postillons et les projections.
  • ils évitent (en partie) aux personnes n’ayant pas eu de contact avec le virus de contacter la maladie.

Il faut cependant être prudent. Il faut le porter dès qu’on va au contact du public. Ne pas le toucher quand on le porte en extérieur et à l’intérieur. Porter le masque correctement en couvrant le nez et la bouche, le retirer si il y a présence d’humidité (vapeur de la bouche) et le glisser dans un sac étanche. Le masque est peu pratique sous la pluie, et avec des lunettes, il provoque de la buée.

Apprenez à vous servir du masque que vous aurez confectionné : ne jamais toucher la face avant, le nettoyer dès votre arrivée chez vous. Un lavage en machine supérieure à 60° accompagné d’eau de javel, si vous l’avez confectionné avec du tissu blanc, puis vous devez le repasser… Dernier conseil : protégez-vous !

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