Didier Pillon : « Je me bats pour être élu! Je ne le suis pas : je ne suis pas mort… »

Municipales Laval – Didier Pillon, l’adjoint à la culture lavallois et tête de liste de « Laval passionnément » répond longuement au Glob-journal. Un entretien dans lequel, il est question bien évidemment de François Zocchetto et de son « Affaire romaine », mais aussi de la construction de sa candidature, de sa « légitimité » à se présenter, de la composition de sa liste, de la présence des Marcheurs sur celle-ci et de son rapport aux autres. Economie, politique, culture, religion, Didier Pillon qui reprend au pied levé la campagne de la majorité de droite après le retrait du maire sortant de Laval n’élude aucune question.

Grand entretien avec Didier Pillon*

Par Thomas H.


leglob-journal : Merci de nous accorder cet entretien, Didier Pillon. Vous voilà à la tête d’une liste « Laval passionnément » qui remplace « Laval pour vous » initialement conduite par François Zocchetto. La passion de la culture, de la politique, la passion en général, c’est un peu ce qui vous caractérise non ?

Didier Pillon : Oui, il faut quand même comprendre que dans une campagne qui n’était absolument pas prévue, il faut faire les choses très vite. Laval passionnément, ce n’était pas mon idée, mais celle de trois ou quatre personnes proches, et quand on m’a dit Laval passionnément j’ai dit « oui je prends ! ». Je n’ai même pas écouté les argumentaires des autres possibilités qui s’offraient à moi. Ce n’est pas moi qui l’ai choisie mais cela me correspond bien et je l’assume du coup totalement.

leglob-journal : Est-ce que cela veut dire que vous avez été un peu dépassé par les événements ? Est-ce que vous aviez emmagasiné cette éventualité de devenir tête de liste ?

Non jamais ! Je le dis parce que c’est fondamental. J’ai été comme tout le monde sidéré, vraiment, quand François Zocchetto nous a annoncé qu’il ne repartirait pas. Le lundi, cela a été un moment de sidération. Après il y a eu deux jours de maturation et de questionnement. Et c’est cette maturation qui s’est opérée en moi avec des signaux, vous savez, des signaux qui s’allument avec des gens qui appellent et me font réfléchir. Mardi soir, je me suis dit « pourquoi pas moi? » et mercredi matin, très tôt, vers quatre ou cinq heures du matin, j’ai dit : « J’y vais ! »

leglob-journal : Ce n’est pas une candidature par défaut ?

Non, mûrie, et réfléchie. Totalement. Et c’est pour cela que j’irai jusqu’au bout. Les premiers signes sont encourageants – on est tous des êtres sensibles, moi je suis un affectif et j’aime bien qu’on m’aime bien, quand même – quand j’ai décidé d’y aller, j’ai prévenu les trois candidats. Beaucoup ne s’y attendaient pas. Et à chaque fois, j’ai dit « Voilà je ne me présente pas contre toi, mais j’ai envie de tester toutes les possibilités pour qu’on gagne sur l’action de François Zocchetto et qu’on la continue. » Et je n’ai jamais eu de « Non pas toi… » J’ai senti que, ce qui faisait la force de ma candidature, c’était une certaine légitimité, et dans l’action et dans les propos.

leglob-journal : Les trois noms dont vous parlez, c’est Samia Soultani, Xavier Dubourg et Alexandre Lanoë…

Oui, c’est ce qu’annonçait la presse le mercredi matin.

leglob-journal : il n’y avait pas Béatrice Mottier…

Non, elle n’a jamais été pressentie… J’avais peur d’une chose, vous savez, c’est qu’on ne sache pas que j’étais candidat bien que je l’ai fait savoir autour de moi dès que j’ai pris ma décision. Et quand j’ai vu les trois noms le matin dans la presse, et que je n’y étais pas, je ne me suis pas senti vexé, mais j’ai appelé deux ou trois amis qui n’étaient pas forcément dans la liste de François et quand je leur ai dit que je serais bien candidat, je n’ai pas entendu dire « Ah c’est dommage que tu ne l’ai pas dit plus tôt » mais au contraire, j’ai entendu au bout du fil : « Ah, mais c’est légitime, oui pourquoi pas toi… », sous entendu « On n’avait pas pensé à toi... ».

Il faut quand même remarquer dans cette histoire qu’il n’y a jamais eu de candidats officiels…

leglob-journal : Vous avez appelé donc et quelles ont été les réactions ?

Dans l’ordre, j’ai appelé Xavier Dubourg, Alexandre Lanoë et Samia Soultani. Ils ont tous bien réagi dans la mesure où ce n’était pas une nouvelle qui pouvait leur faire très plaisir, mais aucun ne m’a dit « Non pas toi… Tu n’as pas le droit ! » , je n’ai jamais eu ça. Et je n’ai pas senti non plus d’hostilité. Il s’agissait d’un compétiteur supplémentaire qui arrivait et mon propos était le suivant, « Je ne me présente pas contre toi… » Je n’ai pas demandé leur avis, leur accord, je les ai prévenus pour être clean.

leglob-journal : Est-ce que vous avez pensé en vous positionnant comme candidat potentiel que Samia Soultani (LR) pouvait être un peu trop embarrassante pour les gens de LREM ? Est-ce que cela a compté dans votre décision ?

Oui, cela pouvait être ça… Forcément qu’on pense à tout. De la même manière que si je disais « Je voudrais bien que LREM soit avec moi », je crispais les gens qui étaient plus à droite que moi. Mais quand je me déclare, très sincèrement je ne pense pas aux aspects négatifs. Si vous voulez, je ne me suis pas présenté en pensant « Oulala, Samia va nous faire perdre donc j’y vais… ». Je n’ai pas dit non plus : « Oulala je me présente parce que vais représenter LREM », parce que je ne suis pas LREM, et je ne l’ai jamais été. Je me dis, « Il faut qu’on essaye de rassembler pour gagner ».

Comme je suis de la société civile, – c’est ma force, parce que j’ai un métier que j’aime et que je devrais mettre de coté bien évidemment si je gagne. Et puis si je ne gagne pas je le continuerai.

C’est simple… Lundi : sidération. Mardi : maturation. Mercredi matin : candidat et le soir, je suis en deuxième position…

Didier Pillon, tête de liste « Laval Passionnément », à l’arrière de la mairie – © leglob-journal
leglob-journal : Est ce que le pacte de François Zocchetto avec LREM, vous y avez pensé en candidatant ?

Didier Pillon : Je n’ai pas appelé François. Ce n’est pas parce que je craignais sa réaction, mais bien parce que que je ne voulais pas le gêner et l’empêtrer dans une querelle de succession. Et pour être très clair, je ne connaissais pas la nature des négociations avec LREM que François avait entreprises.

leglob-journal : Vous avez rencontré rapidement Vincent d’Agostino, le chef de file de LRM sur Laval. C’était un signe de continuité ?

Oui, Jeudi après le vote de la veille, évidemment j’entreprends des contacts… Mais ma force, là, c’est qu’on m’appelle… Ce n’est pas moi qui fais la démarche. On m’appelle… Jeudi matin, beaucoup ont voulu me voir ou m’ont téléphoné.

J’ai rencontré le chef de file de LREM, oui. Et c’est là que je découvre des choses intéressantes, que les négociations sont anciennes. Le maire en avait parlé à ses proches dont je fais partie, mais sans entrer dans le détail. François faisait tout pour gagner. Car il faut bien se dire, évidemment, qu’il y a six ans LREM n’existait pas, et qu’on ne peut pas aller à la conquête d’une ville dans les mêmes conditions, qu’en 2014.



leglob-journal : Cela veut dire que vous découvrez par le menu, en fait ce qui existait depuis assez longtemps?

Pour ce qui est du détail oui. Mais Vincent d’Agostino a la légitimité pour lui, celle d’être le chef de file de LREM [Il a été adoubé par les instances parisiennes, NDLR]. Et cela paraît important. Cela me laisse donc une marge de manœuvre parce que je me rends compte, lors de l’entretien, que l’accord n’était pas signé non plus et qu’ il n’est pas définitif.

leglob-journal : Il n’était pas finalisé ?

Exactement. Donc je peux arriver et dire « Attendez ! ». A la fois je comprends ce que veut faire François Zocchetto et je me sens tout à fait solidaire de ses choix qui correspondent à ma philosophie… mais, en même temps, j’ai joué cartes sur table avec Vincent d’Agostino et c’était très bien. Je lui ai dit « Ce que vous a dit François ne m’engage pas!… » Je redis ici que personne ne me prend en otage. Et je ne suis l’otage de personne.

Mais vous comprenez aussi que le corollaire, c’est donc que j’ai besoin de tout le monde. Pas l’otage de LREM, pas l’otage de tous les sortants, pas non plus l’otage de Les Républicains, ni de l’UDI… C’est d’autant plus facile pour moi que je ne fais partie d’aucun des trois. Et je ne suis pas non plus le candidat masqué de qui que ce soit… Et depuis mercredi matin où j’ai décidé d’y aller, je marche le cœur ouvert et cela se passe pas trop mal!

leglob-journal : Loin des appareils politiques, est-ce que cela ne peut pas vous gêner?

Absolument pas. C’est au contraire une liberté qui correspond à ce qu’attendent les gens, et c’est pour cela qu’il me portent un certain crédit.

leglob-journal : Mais vous avez le virus de la politique et ça c’est compliqué à gérer pour vous, non ?

Oui, c’est vrai et c’est là qu’on se rend compte qu’il ne faut jamais dire jamais. Et moi j’ai dit un jour : « Jamais plus ! » et vous l’avez relaté dans un récent papier me concernant …



leglob-journal : Didier Pillon, on sait pourquoi François Zocchetto s’en va. Vous nous avez dit avoir été sidéré quand vous avez appris son retrait. Mais comment avez vous réagi quand vous avez lu et écouté le témoignage de cette femme qui l’accuse ?

Je ne ferai aucun commentaire sur le témoignage de la jeune femme. Je dirai simplement que… euh… Il faut dissocier les affaires, de la manière dont elles sont menées. Parce que ce qui me gêne énormément dans cette histoire, c’est la manière dont elle est partie, organisée… la manière dont cette affaire est orchestrée…

leglob-journal : Le « complot politique » ?

C’est pas forcément… (silence). C’est une hypothèse qui ne me choque pas…

Non… Moi, ce qui intéresse avec François Zocchetto, c’est la solidarité que j’ai vis-à-vis de lui en tant que maire. Je considère qu’il a fait un travail remarquable à la mairie, et dont les gens ne se rendent pas compte. Il a marqué pour moi des points, très forts, dans la mesure où j’ai constaté que pendant six ans c’était quelqu’un qui savait mener une équipe. Nous n’avons jamais eu de clash entre nous, bien que nous ayons des sensibilités différentes.

Excusez-moi, cela va peut-être choquer certains : je dissocie l’homme privé du maire. Le premier ne m’intéresse pas, et je ne sais pas ce qu’il fait et comment il vit… et le maire m’intéresse en revanche parce qu’il laisse un très bon bilan.

François Zocchetto, peu de temps avant le témoignage public de la jeune femme – © leglob-journal
leglob-journal : Vous utilisez les arguments entendus à propos de la polémique autour de Roman Polansky lors de la sortie de son film J’accuse!… Mais est-ce que vous imaginiez que François Zocchetto pouvait agir comme la jeune femme l’a décrit ? Est-ce que cela vous a déçu ?

Didier Pillon : Vous savez, ça me déçoit pour François qu’il s’arrête dans ces conditions. Mais que les choses soient claires, François ne me déçoit pas. C’est la force aussi que je veux défendre. Et c’est aussi ce qui va être, peut-être, aussi important pour moi… Il faut dissocier l’homme du politique et du Maire. Il fait ce qu’il veut dès lors que c’est un homme privé, et il fait ce qu’il doit faire dès lors qu’il est un maire et manager d’une équipe. Moi, j’ai été heureux pendant six ans avec un maire qui me faisait totalement confiance et avait une grande faculté de délégation. (…)

Je reviens sur l’histoire Polanski, il a peut-être fait des choses répréhensibles – mais la justice doit passer – et vous savez à la Chancellerie où je suis resté deux ans, j’ai appris le débat contradictoire. On ne peut pas se contenter d’un seul témoignage… Hasard, erreur ou dommage, quand vous voyez la qualité du film J’accuse ! quand vous savez que c’est un film qui traite de l’antisémitisme, on n’ a pas le droit de le boycotter…

leglob-journal : Si on vous comprend bien, on n’a pas le droit de boycotter, entre guillemets, François Zocchetto parce qu’il a commis – parce qu’il a fini par l’avouer – dans sa vie privée quelque chose qui est plutôt répréhensible ? Est-ce que vous auriez préféré qu’il dise tout de suite en 2018, quand Libération a évoqué cette triste affaire, « oui j’ai dansé avec elle, j’avais bu et je m’en excuse, si je l’ai choquée, etc. – ce qu’il n’a pas fait à l’époque ?

Je pense (Sourire) que cela lui aurait rendu service et qu’aujourd’hui peut-être, il n’en serait pas là… Mais, c’est facile de juger avec le recul du temps. Je pense qu’en effet la faiblesse, peut-être, de François dans cette histoire-là, – et sur le fond je ne porte pas de jugement -, c’est qu’en effet il n’a pas dit tout de suite ce qu’il aurait dû devoir dire…



leglob-journal : Un homme politique, Didier Pillon, peut-il mentir, c’est son devoir ?

C’est une question de philosophie. Est-ce que le mensonge, parfois, est utile… Je n’en sais rien, parce que je n’ai pas été confronté à des situations graves.

leglob-journal : François Zocchetto, nous l’avons écrit, s’est auto-jugé et auto-sanctionné… alors que cette histoire commençait à s’estomper et puis il y a eu ce retrait coup de théâtre…

L’affaire n’était pas finie. On pensait et lui aussi que les choses étaient claires et là elle ressort à un moment détestable et de manière détestable et donc je peux comprendre une certaine déstabilisation. Et puis n’oublions pas une chose extrêmement importante – et pardon de faire le lien avec moi, mais c’est aussi ce qui fait ma force -, François, il a une enfant qui est jeune. Vous devez quand vous êtes un père ménager vos enfants. Et il a pris cette décision par rapport à ça.

Moi, pourquoi je suis allé dans ce maelström [Trou d’eau dans l’océan sous la forme d’une spirale aspirant vers le bas, NDLR], parce que mon fils est marié, il a une belle situation, il attend un enfant, il n’est pas sur Laval… Pourquoi je vous dis cela ? Et bien parce qu’on ne peut pas atteindre mon fils… Mais de cette histoire [L’affaire romaine, NDLR], je n’en ai jamais parlé avec François.

leglob-journal : Vraiment ? Pourtant, homme de culture, vous auriez pu avoir ce débat avec lui ?

Quand on aime bien quelqu’un, on ne l’emmerde pas quand il a des soucis.

leglob-journal : Pensez-vous comme leglob-journal l’a écrit qu’il ait pu avoir peur d’autres révélations comme celle-ci sur sa vie privée?

Je n’en sais rien. Mais quand on commence à aller dans des trucs dégueulasses, on continue… Vous savez, cela arrange bien les autres en face. S’il était resté, François aurait dû passer son temps à se justifier…Ça arrange beaucoup les opposants politiques parce que ça pourrit le débat…

L’hôtel de ville de Laval convoité © leglob-journal
leglob-journal : Oui mais les opposants politiques comme vous dites, si on regarde bien, au conseil municipal, cela a été le silence, et ils n’ont pas utilisé publiquement cette histoire là…

Didier Pillon : Pas publiquement, mais dans les associations, cela a été fait… Je vais le dire parce qu’on a eu tous la même réaction concernant le conseil municipal : le plus courageux c’est Aurélien Guillot, le communiste, qui a fait une déclaration. Les moins courageux, les socialistes et les autres quand ils sont partis au moment du Rapport sur l’égalité Homme Femmes rapporté par une femme Nadia Caumont. Ils n’ont pas critiqué François Zocchetto mais ils se sont barrés, l’air de dire, c’est lamentable qu’on parle des hommes et des femmes au conseil municipal de Laval avec ce qui s’est passé. Il faut appeler un chat un chat. Aurélien Guillot a été plus carré. Je considère que cette histoire là, elle est instrumentalisée par des opposants politiques qui ne la mettent pas sur le terrain public, car beaucoup de gens seraient choqués, mais la rumeur, elle, elle court…

leglob-journal : Vous avez plutôt l’impression que ce « complot politique » comme vous le laissez entendre vient de l’opposition à François Zocchetto, et si c’était ourdi par une partie de la majorité ?

Non ! ce n’est pas possible ! Je ne l’imagine pas, vraiment! Je ne l’imagine pas ! Quel est l’intérêt ? Non. Franchement. Non , non!… Si c’était le cas ce serait plus que dégueulasse. Ça s’appelle de la traîtrise. Un coup de poignard dans le dos… Je t’aime toi aussi et clac ! Non ! Ce n’est pas possible !… Je n’y crois pas.

leglob-journal : Didier Pillon, est-ce que la culture et la politique font bon ménage ?

La culture me permet de m’oxygéner et d’avoir toujours le cerveau ouvert pour réfléchir. C’est mon credo et personne ne pourra me prendre en défaut à ce sujet. Ce que je veux dire, c’est que les artistes sont ceux qui ressentent peut être le plus la société. Et quand les œuvres sont noires et tristes, c’est que cela correspond à l’état de la société. Voyez comme les artistes à travers les siècles ont peint des anges puis des squelettes, et en sont venus à portraiturer la mort, la religion… Les artistes, oui, me révèlent des choses, c’est ce qu’on leur demande ; on a des sensibilités, des ondes… je pense que la culture est un moyen aussi de faire de la politique.

leglob-journal : Votre culture Didier Pillon, c’est quand même une culture – et vous venez de lâcher les mots credo et religion – bon, les affaires non-laïques pourrait-on dire… Est-ce que lorsqu’on dirige une ville, c’est franchement compatible ?

Bon… je ne suis pas un athée, je me revendique de ma culture chrétienne et je me sens chrétien, mais je me sens suffisamment intelligent – on va penser que j’ai la grosse tête! – pour faire la part des choses. Donc, c’est ce qu’on évoquait pour François Zocchetto, il y a l’homme, Didier Pillon qui est chrétien qu’on le veuille ou non, je ne vais pas me cacher… Le chrétien ne va pas tout le temps à l’église pour prier et pour qu’on le voit…

leglob-journal : Mais vous y êtes souvent tout de même…

J’y vais régulièrement, oui… Je suis chrétien, il faut que les gens sachent. Comme je dis que je suis du centre droit. J’ai voté Macron au premier tour, je n’ai pas peur de le dire, c’est la vérité… Et je suis profondément attaché à la laïcité parce que, justement, il ne faut pas que le privé l’emporte sur le collectif. Et il est primordial, aujourd’hui, dans cette société où les choses sont crispées de garder la laïcité, valeur à laquelle je crois profondément. Ça ne s’oppose pas à la religion, ça la protège d’une certaine manière…

leglob-journal : La culture ce n’est pas l’économie et pas non plus l’écologie. C’est une certaine manière de voir les choses. Si vous êtes élu comment ferez-vous la part des choses entre votre réflexe culturel et le réflexe nécessaire pour l’intérêt général ? Autrement dit, est-ce que vous n’êtes pas trop mâtiné de culture pour pouvoir diriger une ville ?

Il y a sans doute beaucoup de gens qui le croit… Je ne suis pas, c’est vrai, un spécialiste d’économie publique… N’empêche que, quand on réalise bien, j’ai plus de vingt ans de conseil municipal et je n’oserais pas rappeler ici que j’ai été pendant six ans l’adjoint aux finances de la ville de Château-Gontier. Je n’ai absolument pas la connaissance et la compétence de Philippe Habault, mais j’ai été quand même chef d’entreprise. Ma boîte n’a pas fait faillite ! J’ai quand même manager des salariés avec mon épouse, dans le domaine de la fourniture industrielle.

Mon épouse Isabelle était PDG et je l’ai rejointe dans une société familiale. J’ai racheté, avec ma femme, la boîte à celui qui l’avait achetée à mon père.

Je sais quand même ce que c’est qu’un budget équilibré… J’ai participé aussi aux discussions budgétaires de la ville de Laval pendant ce mandat… Certes je ne vais pas vous dire que j’ai tout compris…(sourire)

Mais qu’est-ce que c’est qu’un chef de file ? Qu’est-ce que c’est qu’un leader qui essaye d’être charismatique ? C’est de s’appuyer en toute confiance – c’est peut-être ça le plus difficile en politique (sourire) – sur des gens qui sont compétents dans leur secteur. Moi, il va falloir que je me bride un peu au départ – je vais peut-être attrister ceux qui vont penser que les budgets de la culture vont exploser mais la culture est une des dimensions de la ville et ce n’est pas la principale.

Moi mon boulot consiste, ce qu’a fait très bien François Zocchetto, à des équilibres de masses budgétaires, à trouver les recettes, les dépenses et s’appuyer sur des mécanismes financiers qui sont complexes et que Philippe Habault maîtrise parfaitement ; comme Xaxier Dubourg qui a une connaissance des gros dossiers. Et c’est pour ça que l’équipe, elle est forte!



leglob-journal : Donc Philippe Habault reste sur la liste, Xavier Dubourg aussi parce que sa compétence, c’est l’urbanisme...

Vous êtes fort, vous mettez déjà des gens sur ma liste…

leglob-journal : Pourquoi ? concernant ces noms il y a un doute ? Si vous me dites que ces deux noms ne seront pas sur la liste, alors là c’est vraiment une information importante …

Non ! Absolument pas. De toute façon Xavier Dubourg, il est même très haut dans la liste et vous l’avez compris… et Philippe Habault est quelqu’un pour moi d’extrêmement compétent et de motivé. Je ne vais quand même pas m’en priver…

leglob-journal : Donc vous, Samia Soultani en deux, c’est logique, c’est une femme…

Cela fait parti des très grandes possibilités, mais ce n’est pas encore verrouillé…

leglob-journal : Vous nous dites que vous pourriez la faire reculer pour mettre quelqu’un d’autre à sa place ?

Non ce n’est pas prévu…

leglob-journal : Et Philippe Habault ?

Ah ça, je n’en sais rien, je n’ai pas encore commencé les discussions bilatérales. En face à face. Je suis encore dans le  » multilatéral ». Quand à Vincent d’Agostino, il sera sur la liste aussi.

leglob-journal : Oui et même en cinquième position, selon nos informations…

(Rires) Vous êtes très bien informé leglob-journal. Cette place, oui, c’est logique, oui, c’est légitime !

leglob-journal : Pourquoi ?

Parce qu’il représente un mouvement et une sensibilité qui s’appelle LREM, dont je ne fais pas partie. On m’a présenté Vincent d’Agostino comme chef de file de LERM, et les négociations se passent bien, je vous l’ai dit.

leglob-journal : Cinquième adjoint ?

Non, ça vous ne le savez pas et moi non plus !

leglob-journal : A la quatrième place, devant Vincent D’Agostino, ce sera une femme bien évidemment… Qui voyez vous?

Je ne sais pas encore qui… Mais, vous savez bien, il y a l’affichage et le rôle. Moi, par exemple, j’étais en vingt-troisième position sur la liste de François Zocchetto et j’étais adjoint à la culture… Et puis côté calcul politique, on a un petit souci, on ne sait pas encore si on aura quarante-trois ou quarante-cinq conseillers municipaux. Et en plus on aura peut-être douze adjoints au lieu de treize… Les dix premiers de la liste, vous savez, sont ceux qui seront de toutes façons conseillers municipaux d’opposition en cas de défaite.

Moi, j’avais dit à François – j’ai été dix ans dans l’opposition je n’y reviens pas – que je ne voulais pas être dans les dix premiers. Ceux qui seront éligibles en cas de victoire ce sont ceux qui seront entre dix ou vingt-huit ou trente… En cas de défaite les dix premiers de la liste sont dans l’opposition.

leglob-journal : Les Républicains pèsent un tiers actuellement, voulez-vous revoir cet équilibre vous aussi ?

Je n’en suis pas encore là. J’ai dit que je ne déshabillerai pas Pierre pour habiller Paul. Sous entendu, je n’enlèverai pas des LR pour mettre des LERM. Vous savez, il y a suffisamment d’espace pour que tout le monde soit content.

leglob-journal : Combien de LERM ?

Je ne sais pas.

leglob-journal : Moins de cinq ?

Non, c’est forcément plus de cinq.

leglob-journal : Un tiers, un tiers, un tiers ?

Pourquoi pas… mais alors comme en pâtisserie, avec des tiers à un ou deux près. Il y a une chose très importante aussi, ce sont les gens de la société civile. Mais il y a parfois des surprises tenez, par exemple, j’ai découvert que Philippe Habault était LREM.

leglob-journal : découvert?…

Ben oui, mais il n’a pas à me le dire ! Pourquoi voudriez-vous qu’il me le dise ? Je l’ai découvert quand nous étions en réunion entre nous… Et cela ne me pose aucun problème. Ce qui m’intéresse, c’est le Philippe Habault responsable des finances… Autrement dit en tant que société civile.

Moi je ne suis pas là pour dire tel équilibre, tel parti, etc. Ce que devait faire François, du fait qu’il était encarté politiquement, pour ne pas qu’on lui reproche par exemple de se servir uniquement dans son parti… Moi on ne peut pas me dire ça.

La rue des déportés, en centre-ville à Laval, débouchant sur la place du 11 novembre qui sera rénovée – © leglob-journal
leglob-journal : Vous avez toujours été un peu dans l’ombre du pouvoir, un homme de l’ombre : au cabinet de Jean Arthuis, chargé d’affaires au ministère de la Justice avec Pierre Méhaignerie… Toujours un peu en deçà, jamais au grand jour… Finalement qu’est-ce qui vous pousse actuellement, à être dans la lumière ?

Didier Pillon : Non, ni la notoriété ou le besoin d’être éclairé, non… Je n’ai jamais été caché dans le pouvoir. Très rapidement : Pierre Méhaignerie est l’homme politique que je respecte le plus. C’est quelque part mon modèle. C’est quelqu’un que je respecte profondément. Parce que c’est lui qui m’a poussé à faire de la politique. Il m’a dit un jour, j’avais une trentaine d’années : « Didier tu es fait pour faire de la politique, je vois comment tu écris, les échanges que tu entretiens avec les maires…»

Politicien, pour moi c’était un gros mot. Et il a rajouté, « je vais te former, je vais sans doute te prendre dans un cabinet ministériel mais tu sais la politique c’est très dur. Tu en parles d’abord à ta femme et tu viens manger à la maison avec ma femme. Si tu veux faire de la politique et si elle est d’accord tant mieux, sinon tu divorces. » Oui il m’a dit cela. Et on a mangé tous les quatre…cela m’a complètement plu. Je me suis dit : si la politique peut se faire comme cela tant mieux ! Mais après, c’est un jeu : on perd, on gagne on prend des coups, on essaye de ne pas trop en prendre.

Ce que je veux dire, c’est que pour moi ce n’est pas vital. Je souhaite être élu : je me bats pour ça ; je ne suis pas élu : je ne suis pas mort…

leglob-journal : Mais quand même, le pouvoir, c’est ce qui vous guide, non?

C’est l’action pour les gens, surtout. Pas le pouvoir pour le pouvoir… Ça ne sert à rien et ça vous rend fou. Je vais le dire vite : je suis plus pour avoir le pouvoir que l’apparence du pouvoir. C’est peut-être ce coté qui vous fait dire « homme de l’ombre » mais je ne le suis pas. Ce ne sont pas les titres qui m’intéressent mais les moyens d’action. C’est pour cela que vingt-troisième et huitième adjoint dans la liste de Zocchetto, je m’en fiche…

Je n’ai pas besoin de la mairie de Laval pour vivre. Ni pour exister. Ni les indemnités… La politique n’est pas mon métier et ne le sera jamais… La politique est un de mes moteurs.

leglob-journal : Sur le dossier du projet de la rénovation de la Place du 11 Novembre, quel est votre positionnement si vous êtes élu?

On va certainement continuer… peut-être pas forcément de la manière dont c’était envisagé. Il y a eu de la concertation, mais pour moi rien n’a été encore arrêté, donc nous possédons encore des marges de manœuvre. On fera un projet sur le centre ville sur les bases de ce qu’ont fait François et Xavier Dubourg qui ont énormément travaillé dessus. Et puis on verra. Le projet ne me gêne pas puisque je vais pouvoir le finir avec d’autres.



leglob-journal : Et Laval Agglo si vous êtes élu, vous serez candidat à la Présidence ?

Oui c’est légitime…

leglob-journal : Mais vous pourriez aussi dire  » je laisse cette place à quelqu’un d’autre pour éviter les doublons » ? Non ?

Peut-être, mais ce sera alors une nécessité ou bien une hypothèse pour travailler dans l’harmonie – parce que je ne travaille que dans l’harmonie. Mais je n’ai envie ni de marchander ni de céder. On verra les forces en présence après le deuxième tour de l’élection municipale. On verra encore les légitimités – j’y crois beaucoup à la légitimité ! Moi, j’estime, intellectuellement et techniquement, que le maire de Laval, c’est logique, légitime – ce sont des mots importants – qu’il soit président de l’Agglo. Mais, ce n’est pas une obligation ou un dû.

leglob-journal : récemment, nous avons publié un article émanant de la France Insoumise sur la possibilité pour l’agglomération de Laval de se doter d’un tram-train pour un coût de 130 millions d’euros. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que l’idée d’un moyen de transport en site propre peut être envisageable ?

Ce n’est pas à exclure… Pourquoi pas. Mais il faut l’étudier correctement. Il ne faut pas que cela bouche des rues par exemple ou que cela passe par la destruction de maisons… Vous savez quand je ne sais pas je ne fais pas mine de savoir… Pour l’instant, je suis un peu comme dans une essoreuse, dans un maelström, c’est dire l’absence de recul que je peux avoir pour réfléchir. Actuellement, ce n’est pas le temps de la réflexion mais celui de l’action.

*Cet entretien a été enregistré le mercredi 11 décembre 2019

Adhérez à l’association leglob-journal et faites un don

Commenter cet article