Editorial – Fusible, mensonge et maintien de l’ordre politique

Fusible. Élaboré pour protéger contre un court circuit ; évite de griller le réseau … En fait, le fusible protège et détourne l’onde de choc pour préserver l’installation. Avec le débarquement du Préfet de Police de Paris, au lendemain de «l’ échec» (selon le mot du ministre de l’Intérieur) du maintien de l’ordre lors de l’acte XVIII des Gilets jaunes, la métaphore du « fusible » en politique est toujours d’actualité.

Par Thomas H.


La Vème République ne compte plus ses « fusibles ». Charles Hernu, Dominique de Villepin, Alain Juppé, pour ne citer que ses plus célèbres ; mais combien de sans grade et de plus obscurs ont été sacrifiés pour ce « maintien de l’ordre » politique ? A la Préfecture de Police, outre Michel Delpuech, son directeur de cabinet et le Directeur de la Sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) ont également été remerciés.

Dans les années 80, Charles Hernu sous Laurent Fabius alors Premier ministre avait ouvertement été qualifié de « fusible » par la Presse. La comparaison est, depuis, associée franchement à l’homme politique qui a été poussé à la démission pour endosser la responsabilité de l’opération du Rainbow Warrior, une étrange « opé » contre un bateau de Greenpeace, ordonnée par le plus haut niveau de l’État ; en 2005, un haut gradé de l’autorité militaire finira par avouer l’existence d’espions, de bombe et d’ordre présidentiel…

Ministre mais aussi Premier ministre. Des « fusibles » sont nombreux à être passé par exemple par Matignon. Comme Alain Juppé, « probablement le meilleur d’entre nous » avait dit Jacques Chirac, mais aussi Dominique de Villepin, ou Jean-Marc Ayrault… Parfois le « fusible » est féminin, comme Édith Cresson, placée en poste dans l’armoire froide du Pouvoir, pour promouvoir une certaine idée de la femme en politique. Elle fut vite remisée sous couvert d’une incompatibilité avait-on justifié à l’époque parce que le courant, alimenté par une misogynie latente, entre la Première ministre et le reste de la société politique ne passait pas.

Le maintien de l’ordre, sa pérennité suppose donc le recours au «fusible». Augmenter son intensité et donc sa résistance permet de donner une réponse plus forte de répression face au peuple. C’est machiavélique mais finalement efficace dans le bon usage de la chose politique. Le fusible travaille, rempli sa fonction de stabilité, laisse passer l’intensité quand c’est nécessaire, endosse les coups et les pics de tension et puis quand les choses tournent à l’aigre et que le décideur « pète les plombs», alors arrive le moment du sacrifice. Il en va toujours ainsi, même en politique contemporaine, rien n’a changé par rapport à ce qu’on qualifie « l’ancien monde ». Les vieilles ficelles décrites dans les manuels de pratique politique sont toujours utilisées afin de renvoyer un signal fort à une opinion publique que l’on décrit comme tétanisée ( « la France a peur » ), comme pour mieux lui répondre.

Le mensonge devient vérité

Pourquoi ? Parce dans La République, Platon nous explique clairement que « C’est (…) aux gouvernants de l’État qu’il appartient, comme personne au monde, de recourir à la fausseté, en vue de tromper soit les ennemis, soit leurs concitoyens, dans l’intérêt de l’État ». Et aussi parce que, pour paraphraser Georges Orwell dans 1984 qui a tant décrit l’effet de la communication officielle érigée en propagande sur l’état des sociétés composées d’individus de moins en moins solidaires : si tous le monde accepte le mensonge imposé par un seul et si tous racontent la même histoire, alors le mensonge finit par passer dans l’Histoire et devient vérité.

Ainsi vivent les « fusibles » en politique. Apporteurs de vérité entre guillemets, ils sont fait pour être utilisés et masquent le temps qu’il faut les dysfonctionnements de ceux qui prennent la décision souvent abrupte de les sacrifier ; l’objectif étant de les désactiver afin de les remplacer pour toujours plus d’ordre et de sécurité.

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  1. C’est avec stupeur que j’ai constaté que le Président de mon pays pratiquait une alliance conservatrice avec le président des Etats-Unis, M. Donald Trump qui a décidé de bloquer 7 milliards d’argent du Venezuela dans la banque interaméricaine d’investissements et d’imposer à partir du 28 avril de priver Caracas de sa principale source de devises. De plus, j’ai entendu que le président soutenait un prétendant non élu qui s’est autoproclamé président du Venezuela pour remplacer le président actuel élu M. Maduro. Cela m’a paru choquant d’entendre notre président du pays des droits de l’Homme s’exprimait ainsi et cela m’a donné envie de vous envoyer cette lettre ouverte afin que vous arrêtiez de prendre les habitants de notre pays pour des personnes qui « sont moins que rien » et « qui sont illettrés » comme vous dîtes et que vous souhaitez qu’ils soient tous des godillots à la solde de vos comportements.

    Monsieur le Président,
    C’est avec stupeur et indignation que je prends connaissance de votre prise de position envers un état souverain, le Venezuela. Sans aucun débat au parlement, sans l’appui des Nations Unies vous prétendez au nom de la France, reconnaître le chef du parlement vénézuélien Juan Guaido, comme président par intérim de ce pays après avoir, sans succès, exigé que le président Nicolas Maduro, élu en 2018 par 67% des voix (sans contestation sérieuse sur ce résultat par un organisme international) organise de nouvelles élections présidentielles.

    De part cette position personnelle, vous appuyez ouvertement la politique de blocus économique et politique exercée par le gouvernement américain sur le Venezuela, depuis la présidence de Hugo Chavez. Seuls 34 pays sur 198 ont opté pour cette orientation et parmi eux, des dizaines de pays aux régimes dictatoriaux bien connus.

    Cette politique prétend qu’elle a un objectif humanitaire, devant la désorganisation de la vie économique du Venezuela, mais en réalité et tout comme en Irak il n’y a pas longtemps, ce sont les enfants et les populations les plus démunies qui sont privées de nourriture, de soins et sont les premières victimes de ces blocus diplomatiques. A présent, le président Donald Trump ne cache pas qu’il envisage une intervention militaire sur place. Tout est fait pour que l’armée vénézuélienne bascule dans le camp de l’opposition au président Maduro.

    En réalité, chacun sait, c’est le pétrole du Venezuela, troisième producteur mondial et première réserve du monde qui intéresse le gouvernement américain et l’Union européenne et non le respect de la démocratie ou la misère provoquée du peuple vénézuélien.

    Si la démocratie intéressait ces personnes et la France en premier lieu, elles seraient intervenues récemment devant le résultat truqué des élections et République Démocratique du Congo et n’auraient ainsi pas permis que l’état d’Israël occupe depuis 1967 des territoires palestiniens en dépit des dizaines de résolutions votées à l’O.N.U. sans qu’aucune sanction ne soit prise.

    Chacun a vu les résultats désastreux des interventions militaires et économiques du gouvernement américain avec parfois l’appui de la France en Irak, en Syrie, en Libye sans parler du Mali ou de la Centrafrique notamment sous prétexte de la lutte contre le terrorisme. En réalité, il s’agissait de soutenir des stratégies de domination des ressources et de contrôle politique de ces pays qui ont été détruits. Leur démocratie, déjà problématique y a encore nettement reculé.

    Monsieur le Président vous faîtes fausse route en vous alignant sur ces politiques proprement impérialistes. Profitant du « grand débat » que vous organisez actuellement et qui vous sert avant tout de campagne électorale pour les élections européennes, « en même temps » et dans un silence assourdissant, vous agressez ouvertement un pays souverain, le Venezuela. De ce fait, vous abîmez l’image de la France, patrie des droits de l’homme et du citoyen pour toute l’Amérique latine, comme pour le monde entier.
    Veuillez croire, Monsieur le Président, à ma conviction d’opposant au colonialisme sous toutes ses formes et aux interventions nuisant au respect de tous les pays indépendants.

    Henri Boudin Thuboeuf – Mayenne

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