Fallait-il abattre autant d’arbres autour d’un radar routier dans la forêt de Concise?

Rester sourd aux alertes et faire comme si le danger n’était pas imminent. Après avoir interpellé dans une lettre ouverte le président du département de la Mayenne sur le choix opéré de l’abattage des arbres pour la mise en place de la fibre pour faire de « la Mayenne un  département 100 % fibré », voici que Jean-Marc Lalloz, au nom du collectif bocage 53 écrit cette fois au représentant de l’État. Avec photos à l’appui.

Un radar mérite-t-il vraiment ça?

Par Thomas H.


« Monsieur le Préfet, Monsieur le président, » interpelle Jean-Marc Lalloz en s’adressant aussi à Olivier Richefou, le président du Département. Il lui adresse également ce courrier parce qu’il s’agit d’une route, la D32 qui est concernée. Une route départementale qui traverse une belle forêt avec, comme le montre la photo ci-dessous, l’emplacement des châtaigniers qui ont été coupés sur une distance de 200 mètres de long sur 100 mètres de profondeur autour d’un radar.


L’emplacement de la taille des arbres sur la RD32 par la route D32 Montjean / St Berthevin

Des photos, ci-dessus, qui sont éloquentes. Avant – après. Comme dans les publicités d’antan. Ce sont des arbres qui ont été décapités, des dizaines de cépées de châtaigniers qui peuvent, certes, repousser en une dizaine d’années, et qui présentent, en plus, l’avantage d’être commercialisables. Mais il y a aussi quelques arbres de haute futaie ; on les distingue, ce sont, sur la première photo, ces troncs noirs sur le bord de la route, vraisemblablement des chênes qui, inclinés vers la chaussée, ont été rasés.

Entre le discours écologique ambiant que l’on entend ici ou là et la réalité sur le terrain, il y aurait comme un hiatus… « Le radar est donc sans doute un prétexte, estime Jean-Marc Lalloz. En tout cas l’initiative est, comme il le laisse entendre, pour le moins maladroite et traduit un certain état d’esprit vis-à-vis de l’environnement.»

Jean-Marc Lalloz, le Coordinateur du Collectif Bocage 53, avait déjà pris position pour la défense des systèmes arborés. C’est la mission du collectif d’associations qu’il coordonne et qui lutte pour le maintien d’un écosystème favorable à la biodiversité. Il avait signé dans leglob-journal, en décembre 2019, une très belle Lettre ouverte aux Mayennais pour dénoncer ce qu’il avait qualifié d’« Écocide inconscient». Extraits : « Nous, Mayennais, nous contribuons PASSIVEMENT par ignorance, inconscience, indifférence, insouciance ou ACTIVEMENT par déni, aveuglement ou actions prédatrices irresponsables à cette destruction du bocage et du cadre de vie mayennais, ce BIEN COMMUN s’il en est. Répétons-le, cette destruction fait disparaître des composantes fondamentales comme les puits de carbone, la biodiversité, la préservation de la ressource en eau et des sols, dont nous dépendons pour répondre aux enjeux du futur et de l’avenir de nos enfants. » La suite de cette Lettre ouverte est ici.

Cette fois, il s’agit encore d’une destruction d’arbres, mais pas de ceux qui composent les haies, ces espaces délimitant les parcelles qui constituent ce qu’on appelle le bocage mayennais, véritable identité du département. Mais bien d’arbres situés dans une forêt, celle de Concise, une propriété privée. La forêt de Concise est un immense terrain arboré partagé entre cinq propriétaires privés qui s’étend sur 650 hectares. 500 hectares sur Saint-Berthevin, le reste sur la commune d’Ahuillé. Là, il s’est agit de couper une surface d’arbres bien délimitée autour de l’emplacement du radar érigé pour flasher les automobilistes. Des arbres qui selon Jean-Marc Lalloz ont 50 ans d’âge, et qui n’avaient pas été abattus lors de la pose du premier radar, ancienne génération.

Voici ce que le président du collectif Bocage 53 a envoyé au Préfet et au président du Département de la Mayenne avec ce « NB : message transmis pour information aux médias » :

« Le Collectif Bocage 53 s’étonne de l’abattage massif d’arbres (cf photos jointes) réalisé dernièrement au niveau du radar situé dans la traversée de la forêt de Concise par la route D32 Montjean / St Berthevin. Même si la sécurité routière est un objectif louable, il ne semble pas que les arbres abattus constituaient un danger pour celle-ci, ni un obstacle au fonctionnement du modèle de radar précédemment installé et il serait surprenant que ce soit le cas pour un radar de « nouvelle technologie ». D’autre part l’abattage semble avoir été probablement exécuté pendant la période de nidification du 31 mars au 31 juillet interdisant l’abattage, interdiction instituée certes par la PAC mais prise en compte par la plupart des acteurs comme exemplaire pour la préservation de la biodiversité.

L’état d’urgence sanitaire n’inclut pas non plus, à notre connaissance, ce type d’action dans son champ de prérogatives. Quelle justification fut donc celle des services impliqués pour pouvoir prendre cette « liberté » avec le Droit et, surtout avec notre environnement ? Quelle compensation est-elle éventuellement envisagée ne serait-ce par exemple que dans le cadre de l’opération un arbre/un mayennais ? Soyez assurés Monsieur le préfet, monsieur le Président (du Département de la Mayenne), de toute notre considération. » et c’est signé «Jean-Marc Lalloz, Coordinateur du Collectif Bocage 53»

Le nom de forêt de Concise semble accuser une origine latine selon les historiens. Le mot concisus signifie, en effet, coupé, tranché, partagé et même parfois massacré… Ce qui au XXI ème siècle semble toujours d’actualité …


Sollicité, le service communication de la préfecture de la Mayenne explique qu’il sera, le cas échéant, apporté réponse à cette Lettre ouverte dès que le Préfet en aura pris officiellement connaissance.


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