François Zocchetto : « Je n’ai pas osé résister à l’injonction du ministre »

Révélée par Libération, développée quelques semaines plus tard par France 2 dans Complément d’enquête, réactivée par Médiapart avec le témoignage de la « victime » dans une enquête plus large, l’affaire François Zocchetto refait surface. Comme un énorme pavé jeté dans la mare en apparence tranquille de l’ex-sénateur. L’élu devra répondre auprès des instances de l’UDI à qui la jeune femme à écrit. Mais les éclaboussures qui l’atteignent, à quelques mois des municipales, viennent gondoler cette fois, l’image bien lisse du maire sortant.

« Ne pas oser résister au ministre… »

Par Thomas H.


Le témoignage de cette jeune femme appelée Audrey par Médiapart, ex-collaboratrice de l’ex-ministre Jean-Vincent Placé, accable François Zoccehetto. Malgré les tentatives pour effacer les scories de cette nuit du 14 au 15 juillet 2016 à Rome, l’histoire revient. Et cette fois difficile de nier. Audrey, sans vouloir porter plainte en justice, envoie une lettre de quatre pages au patron de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde :  « Je vous écris pour témoigner des faits – déplacés et indignes – dont j’ai été victime. » 

C’est Libération qui avait soulevé le lièvre et qui écrivait, en juillet 2018, évoquant l’histoire dans un article surtout consacré au ministre de François Hollande intitulé « Au tribunal, des faits et des gestes de Placé » : « Le 14 juillet 2016, le secrétaire d’Etat Placé est en déplacement officiel à Rome : cocktail de fête nationale dans les jardins du palais Farnèse, joyau architectural de la Renaissance qui abrite l’ambassade de France en Italie, et dîner dans le quartier du Trastevere. Le secrétaire d’Etat est en compagnie d’un ami sénateur, le centriste François Zocchetto qui préside le groupe d’amitié France-Italie de la chambre haute. »

Capture écran Complément d’enquête France 2 – L’ivresse du pouvoir, 20 septembre 2018

« L’attentat de Nice, qui fera 84 morts, déboule sur les portables officiels avant la confirmation dans les médias : tout le monde est rapatrié dare-dare à l’ambassade. Placé et Zocchetto s’installent dans les salons présidentiels et le secrétaire d’Etat demande à son officier de sécurité d’aller chercher une de ses collaboratrices partie se coucher. Placé lui aurait alors demandé de danser pour son ami sénateur. Il cherche de la musique sur son iPhone et la BO de La Boum s’élève sous les ors italiens. Le garde du corps assiste à la scène, la collaboratrice refuse de s’exécuter. Le lendemain, l’équipe de l’ambassade fera comme si de rien n’était. » Sollicité par Libération François Zocchetto n’avait pas donné suite à l’époque.

Audrey, un garde du corps, François Zocchetto et le secrétaire d’Etat Jean-Vincent Placé

Aujourd’hui, trois ans après les faits, la jeune femme dit avoir agi, – elle a témoigné notamment sur la radio locale mayennaise – en prenant la parole pour rompre le silence afin d’éviter de «maintenir l’omerta». Sans déposer plainte en justice. Elle raconte à Médiapart en ce mois de novembre 2019 : « Étant donné ma gêne très visible, mes yeux rougis et mes réticences, j’espère que François Zocchetto va prononcer quelque chose comme “je t’en prie, laisse-la aller se coucher, ce n’est ni le lieu ni le moment”. En fait, il se lève, s’agrippe à moi et me presse contre lui toute la durée de la chanson. J’essaie de me décoller. Je n’ai pas eu le temps de remettre un soutien-gorge quand j’ai été convoquée pour aller les rejoindre. […] Je sens qu’il se colle à ma poitrine. Je suis répugnée. »

« Pas osé résister à l’injonction du ministre »

Pour sa défense, le maire de Laval, s’est retranché derrière un communiqué de presse : « Selon cette dame, j’aurais eu le tort de danser avec elle devant Monsieur Placé et à la demande pressante de celui-ci. Je reconnais volontiers n’avoir pas osé résister à l’injonction du ministre que j’accompagnais. J’ai eu tort sur ce point et ne vois pas d’excuses dans le fait qu’elle non plus n’a pas osé dire non à son ministre, malgré leur évidente proximité. Je la prie de m’excuser pour ce que j’analyse, après coup, comme un manque de retenue de ma part. Je démens en revanche tout comportement répréhensible à son égard, tout en comprenant qu’elle ait pu mal interpréter cette situation qui nous a été imposée à tous les deux »

Des excuses et un comportement à mettre aussi selon François Zocchetto, sur le compte certainement, de « l’ivresse » et « du pouvoir ». Il parle aussi de complot qui serait ourdi à quelques mois d’une élection qui le place en candidat sortant à sa succession. « Ses reproches, qui n’avaient visé que Monsieur Placé jusque-là, se portent soudain contre moi, plus de trois ans après les faits et à quelques mois des élections municipales. L’un de mes adversaires est socialiste et cette personne qui me met en cause, ne se cache pas de travailler pour un responsable socialiste aux hautes ambitions. Cette temporalité n’est certainement pas due au hasard.» Pour Guillaume Garot député socialiste de la Mayenne joint au téléphone par leglob-journal, « mêler la politique à cette histoire personnelle qui l’implique est une défense médiocre de la part de François Zocchetto qui veut faire diversion et faire porter la responsabilité aux autres. »

Le timing peut questionner en effet. Sauf que dans Complément d’enquête, l’affaire, diffusée le 20 septembre 2018, a été traité en s’appuyant sur un autre témoignage que celui de la jeune femme. Et le reportage a été tournée bien en amont de l’échéance des Municipales de 2020.

Le maire UDI François Zocchetto tel qu’il apparaissait dans l’émission de France 2

Cette affaire entre dans le concert de celles qui libèrent la parole de la femme dans et au delà de #metoo. Elle questionne plus largement le rôle et la place de la femme dans le monde politique, un espace dominé par les hommes. Cela en dit long aussi et questionne encore : comment les femmes sont le plus souvent perçues ? En règle générale, hélas, dans ce monde là, elles apparaissent – et nous en avons la démonstration évidente – plus comme un faire-valoir à la fois en matière de travail, mais aussi de « divertissement ».

La dénonciation d’Audrey qui intervient plusieurs années après les faits montre – à l’instar d’Adèle Haenel dans le monde du cinéma – que les femmes ne semblent plus attendre de la justice des hommes. Ce qui compte à leurs yeux, c’est de faire de la prévention pour que d’autres femmes ne soient pas victime à leur tour. En ce sens, c’est éminemment courageux. Reste qu’il y aura toujours un doute pour le commun des mortels, et pour cause car la justice ne sera pas passée.


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Ils ont commenté cet article :

  1. Oh, Monsieur le Maire, un simple ‘’manque de retenue ‘’ dites-vous ?
    Le même manque de retenue sans doute qui vous a conduit à Damas pour rencontrer Bachar-al-Assad ?
    TROIS ANS APRÈS, vous priez la personne qui a été victime de votre comportement déplacé de vous excuser.
    Les victimes de la tyrannie du ‘’ boucher de Damas ‘’ auront-elles bientôt, elles aussi, droit à vos excuses ?
    Affligeant !!! Toutefois, nous avons les élus que nous méritons… Alors…

  2. Cela démontre également les conséquences toujours possibles de la soumission a la hiérarchie soumission aux chef , ici obéissance aux ministre . c’est bien ce qu’ils veulent faire avec la jeunesse par le SNU , obéir aux gradés et demain aux patrons et a la hierarchie , appentissage de l’obéissance absolue a ce qu’ils appellent les premiers de cordées.

  3. Et revoilà les boules puantes contre des personnes, se substituant au débat démocratique sur les sujets de fond. On ne peut conclure définitivement que sous réserve d’une enquête judiciaire qui n’aura pas lieu, puisque l’affaire vient d’une tardive dénonciatrice non plaignante et à ce jour encore placée dans les jeux de pouvoir. Quant aux « faits révélés » je n’y vois que l’ordinaire de l’entre soi rodé des profiteurs des palais, valets de luxe y compris. J’observe que courageuse non plaignante incluse, aucun des acteurs cités dans cet article, je dis bien AUCUN, n’a le profil à se la jouer »propre sur soi ».
    Nous assistons donc, écœurés, au énième échange de patates pourries entre gens d’une classe sociale qui a confisqué le débat démocratique et qui nous prend pour la plèbe impuissante, comptant les points.
    Une seule certitude : tout cela finira mal !

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