Gauche – Fusion des listes à Laval : ce qui les rapproche? – Par Marrie de Laval

Dans l’hypothèse d’une nécessité de faire la fusion des listes au second tour, quelles sont les marges de manœuvre possibles de Laval Ecologique et Solidaire et Laval Demain Ensemble eu égard aux programmes respectifs de chaque liste? Quelles sont les points communs d’accord et les points de divergence qui peuvent éventuellement se montrer plus difficiles à contourner ? Revue de détail.

« Check list » pour une union, pourtant impossible au premier tour

Par Marrie de Laval


Les élections municipales lavalloises révèlent une certaine union des droites tandis que sur la gauche, il nous est proposé trois listes après la défection de celle de La France Insoumise. Le candidat Didier Pillon rallie à lui des centristes jusqu’à des formations ayant un certain goût pour le « bleu horizon » délaissant toutefois la formation du Rassemblement National. Mais du bleu mâtiné de vert sature les tracts de « Laval passionnément » alors qu’à gauche le vert et le jaune orangé dominent.

A gauche, seule la liste d’extrême-gauche Lutte ouvrière avec Martine Amelin conserve ses références à un parti avec son logo communiste (faucille et marteau) et la couleur rouge qui caractérise les idées socialistes au sens large. Cette multiplicité de listes à gauche pose un problème d’éclatement, d’éparpillement des voix au risque de ne pas être qualifié au second tour pour les candidats.

Cette dispersion entre les anciens co-listiers (anciens de la liste Jean-Christophe Boyer en 2014 désormais EELV : Isabelle Eymon, tête de liste EELV, Guillaume Agostino, Michel Neveu pour ne citer que ceux-là…) démontre la porosité des Hommes et des idées portées. D’ailleurs, des points de consensus sont susceptibles de faire un programme commun à l’occasion du second tour.

Déjà, dans leur slogan respectif, tous deux reprennent le terme « solidaire ».
C’est un début. C’est très « de gôche » comme valeur progressiste et  collective pour la lutte, ouvrière au PS, communautaire et altermondialiste chez les verts, pour caricaturer.

Petite curiosité qui n’a, à mon sens, pas sa place comme argument de vote : la liste d’Isabelle Eymon ose affirmer « une ville dont le maire est une femme écologiste et humaniste est une ville qui se distingue » …  Le recours au genre me parait relever du degré zéro de la démonstration électorale et du clivage. C’est bien dommage pour qui veut défendre une conception du monde ouverte et inclusive, jusque dans la rédaction de son programme.


Différence de parcours politique et de vision du monde


Bercault se présente dans un éditorial. Il le fait dans un magazine au format identique au journal municipal, rappelant ce qui se fait déjà à Laval. C’est son coté « ancrage local », tandis que Isabelle Eymon offre un mini programme dans sa lettre aux  « Lavallois.es » usant facilement de cette nouvelle graphie qui se veut inclusive au nom d’une révolution de composition d’édition en lutte contre les discriminations genrées.  La tête de liste écologiste justifie de sa compétence par sa présence dans l’opposition municipale alors même que Florian Bercault, nouvel arrivé s’oblige en fin de magazine à se présenter comme le nouveau de la classe … politique, adoubé par Guillaume Garot à la page suivante.

De part et d’autre des listes, il s’agit de faire remarquer la légitimité dans la démarche avec le soutien des « anciens » ; Isabelle Eymon avec Françoise Marchand et Claude Gourvil, Florian Bercault avec Guillaume Garot. Pour autant, l’ancien maire apparait plus comme le « lanceur » d’un petit nouveau tandis que Claude Gourvil et Françoise Marchand reconnaissent comme EELV cette ancienne colistière de Jean-Christophe Boyer.


Le sommaire de la liste Laval Écologique et Solidaire un peu plus moderne et l’édito de Florian Bercault, présentation plus classique avec sa signature au dessous du petit mot calligraphié

Pas d’œdipe, ici mais une fracture idéologique selon laquelle, la version « PS » veut converger vers l’écologie sans braquer les gens alors que la version « EELV » serait plus en mode d’urgence écologique, à marche forcée ou presque puisque des modes de vie alternatifs sont clairement affichés dans le programme (vider la ville des voitures au profit du vélo alors que pour le PS, il s’agit plus de faire cohabiter).

Etonnamment, toutes les listes, de droite à gauche veulent ab-so-lu-ment refaire la place du onze novembre et retravailler les voies sur berges alors qu’en son temps Guillaume Garot avait été moqué sur son projet de halage et de berges flottantes le long de la rivière.

Le PS se présente donc comme vouloir gérer l’existant tout en l’améliorant pour que chacun ait sa part de bonheur alors que les écologistes veulent, dirons-nous pour simplifier, sauver la planète, au risque de braquer les populations.


Le « petit manège » et le « jet d’eau » sur la place du 11 novembre – © leglob-journal

La présence policière, municipale, ou la télésurveillance restent également des thèmes de fracture entre les deux formations. Le PS s’y résout parce que les populations les réclament tandis que les verts insistent davantage sur l’éducation qualifiante et l’accès au travail. L’évocation de la sécurité est reléguée dans un petit encart à la page 19 pour rappeler la collaboration entre la ville, puisque le maire est aussi officier de police, les forces de l’ordre et la justice.

Le PS, lui, aborde frontalement le sujet de la sécurité en page 7 et propose le renforcement des effectifs de la police municipale. Idem pour l’éclairage urbain à réaménager, signe que la lumière, hors son coût, a une raison d’être qui n’a pas de prix pour le sentiment de sécurité urbaine dans certains quartiers ou à certaines intersections.

L’économie, à travers le commerce local est encore un marqueur des divergences idéologiques.

Pour la liste écologique, le sujet est renvoyé en fin de programme page 25 avec des projets de coopératives intégrant parfois les collectivités. Un bail social est également envisagé pour favoriser le maintien des commerces de proximité alors que la liste PS met en valeur dès la page 8 le bail municipal pour soutenir un certain type d’activité pour le service rendu aux populations ou aux commerces eux-mêmes.

La liste de Florian Bercault va même jusqu’à envisager d’empêcher la concurrence supposée déloyale, un choix contraire à la notion de libre installation, pilier de la Révolution Française depuis le décret d’Allarde et les lois Le Chapelier de 1791. Une telle proposition sentirait presque bon le Poujadisme et son protectionniste quand par ailleurs nombres de petits commerçants n’hésitent pas à réclamer des dispositions libérales à leur bénéfice ou un régime de faveur tel que les lois Madelin …

Mais le soutien financier a déjà existé durant le mandat de Guillaume Garot avec la commission d’indemnisation des commerçants à la suite des travaux de rénovation de la place de la Trémoille, en 2014.

Différence dans la présentation des programmes et des candidats

Même si les deux listes annoncent une moyenne à 45 ans, les tranches d’âge des candidats sont très différentes dans leur composition.

Au PS, il y a principalement des quinquagénaires tandis que les verts sont plutôt de jeunes trentenaires. A croire que l’écologie est un marqueur pour ces jeunes urbains qui font du vélo, adeptes d’un mode de vie qui ne convient pas forcément aux plus anciens …  Et malgré la vie urbaine qui se décale en couronne périphérique, on sent le décalage des préoccupations pour cette jeune génération un peu à l’écart d’un monde où le collectif parfois au détriment de l’individu, permettait jusqu’à présent de faire face aux difficultés de la vie.


A Laval, ce n’est pourtant pas le vélo qui manque… Ici les dizaines de VéloTul qui attendent un emprunteur – © leglob-journal

Les professions des candidats sont pourtant  similaires. Notons tout de même la percée des activités professionnelles relevant des nouvelles technologies chez les membres de « Demain, Laval, ensemble ». La liste PS insiste également sur l’engagement associatif en plus de la profession et du quartier de résidence. L’ancrage dans la ville et les structures qui ont fait l’engagement solidaire ou social des mouvements de gauche reste prégnant. Les écologistes ne semblent pas avoir ce même souci du détail même si leurs candidats se montrent actifs dans des causes, telles que la défense de l’accès au parc de saint-julien.

Le magazine de « Demain Laval ensemble », lui, coupe ses propositions comme autant de commissions municipales (« santé, social, tranquillité publique, vie associative », « Économie, finances, tarifs municipaux, commerces, attractivité » …) alors que la liste « Laval, écologique et solidaire» insiste sur des thèmes plus généraux sans vraiment détailler tels que « une ville qui », selon les chapitres « respire, protège, rassemble, accompagne » …

Cela se remarque encore plus avec le détail des mesures à travers les quartiers. La liste PS nomme les quartiers et les projets de proximité tandis que chez les Verts, nous avons droit à des pictogrammes et une représentation stylisée de la ville sur une double page, un peu comme s’il s’agissait d’une réflexion moins aboutie.


Laval Ecologique et Solidaire et Laval demain Ensemble

Car chez les Verts, malgré l’implication des colistiers dans toutes sortes d’associations, le projet parait plus « évanescent » tandis que la liste menée par Florian Bercault affiche quinze propositions apparaissant comme « concrètes » dont la très sensible promesse de ne pas augmenter les impôts… Annonce très anti-pédagogique puisque si les populations réclament des investissements, il faudra envisager concrètement leur financement à un moment où l’État réduit drastiquement ses dotations, supprime la taxe d’habitation et autres ressources pour les collectivités.

Sauf, également, à vouloir poursuivre le transfert de nombres de prérogatives municipales auprès de l’agglomération, comme l’a fait l’équipe de François Zocchetto. Cela permet ensuite de mutualiser les investissements tout en se défaussant sur Laval agglo, des conséquences financières … Peut-être le symbole d’un égoïsme à courte vue tant du côté de certains élus que de certains électeurs, alors que rien ne peut se faire sans la mutualisation des ressources, argent compris.

Nous voici donc avec des listes siamoises qui pourtant cultivent leurs différences malgré des solutions convergentes. L’exigence d’une présence au second tour les forcera, sans doute, à trouver un terrain d’entente. Il reste à savoir qui tiendra la tête de la liste fusionnée. Et pour cela, ce sont les résultats du premier tour et les électeurs qui trancheront.


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Vous avez commenté cet article :

  1.  » l’ancien maire apparaît plus comme le « lanceur » d’un petit nouveau tandis que Claude Gourvil et Françoise Marchand reconnaissent comme EELV cette ancienne colistière de Jean-Christophe Boyer. »

    En 2014 Isabelle Eymon était certes sur la liste JC Boyer mais en tant que candidate d’EELV, étrange de parler d’adoubement. On le voit facilement, par ex https://mayenne.eelv.fr/2014/03/27/les-candidats-presentes-par-europe-ecologie-a-laval-au-coeur/

    Sinon pour l’anecdote si on compte il y a plus de candidats « Laval au cœur » sur la liste « Laval écologique et solidaire » que sur « Demain Laval ensemble », ce qui pourrait surprendre, mais après tout comme l’une n’est la liste que d’un parti et l’autre une large alliance, ça se tient.

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