José Nesa CGT : « Aujourd’hui, il y a pour moi deux France, une France fracturée »

300 manifestants, mardi 14 janvier 2020, dans le cortège de l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, et Mouvement des lycéens qui réclament toujours le retrait de la réforme des retraites d’Emmanuel Macron. L’effet recul de l’exécutif sur la question de l’ « âge pivot » demandé par la CFDT, et ressenti comme une avancée, a semble-t-il eu un effet à Laval sur la participation à cette cinquième journée de mobilisation. Pour comprendre la position de la CGT, voyez cet entretien avec un délégué syndical de chez Enedis Laval.

Entretien avec José Nesa* délégué syndical CGT

Par Thomas H.


300 opposants à la réforme des retraites par points – © Photos leglob-journal
Leglob-journal : C’est l’effet retrait de l’ « âge pivot » qui est, selon vous, à l’origine de cette effondrement de la participation ?

« L’âge pivot », c’est un leurre. Et si la CFDT le croit, c’est son problème. Pour moi, trois mois, on est dans un cadre bien contraint avec les 12 milliards d’économies à trouver comme l’a annoncé Édouard Philippe. Il renvoie aux partenaires sociaux, nous considérons que ce retrait temporaire ce n’est pas une avancée. Nous à la CGT, nous sommes contre ce projet de réforme des retraites vous le savez et nous pensons que dans trois mois, « l’âge pivot » reviendra dans l’actualité parce que c’est la mesure que veut faire valoir ce gouvernement. C’est aussi la notion de l’avancement de l’âge qui permet selon eux d’avoir le système « à l’équilibre », comme ils nous le disent. Mais l y a bien d’autres moyens de trouver de l’argent, mais c’est ce qu’ils veulent mettre en avant…

Leglob-journal : Sur l’idée d’une conférence de financement ?

C’est la CFDT qui a sorti ça de son chapeau. Elle a fait cette proposition au gouvernement et lui a tendu une perche… Après, nous ne croyons pas que cela va marcher. Il fallait désamorcer une bombe. On fait gentiment croire à la CFDT qu’elle a gagné une victoire en faisant reculer l’exécutif sur cette histoire d’« âge pivot », mais ce dernier n’est pas retiré, il est tout simplement repoussé…

Leglob-journal : Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Parce qu’on voit bien que sur Laval le nombre de manifestants a chuté, nous sommes passés de 1300 lors de la dernière manifestation à 300 aujourd’hui…

Oui nous sommes conscients que cela s’amoindrit un peu, mais mobiliser presque tous les deux jours, c’est compliqué, vous savez. Et en plus il y a le mauvais temps aujourd’hui. On se rend bien compte que la mobilisation s’amenuise un peu mais nous sommes toujours aussi motivés pour arrêter ce projet de réforme de retraites. il faut qu’on nous écoute à la table des négociations, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La CGT est souvent contredite, et perçue comme un syndicat contestataire, parce que nous voulons des réformes qui soient des vraies avancées pour les salariés, mais pas des réformes qui vont à reculons comme le propose la CFDT, avec ses réformes qui sont réformistes par le bas et pas par le haut.

Il faut savoir ce qu’on veut. Nous, nous avons des avancées sociales pour les salariés mais le gouvernement ne les entend pas… Nous ne sommes pas dupes, nous savons que nous avons à faire à un gouvernent de droite, très ancré à droite avec une politique qui est faite pour les riches, et notre discours, – on nous taxe de gauchiste – ne passe pas…

Leglob-journal : Quand on demande qu’une réforme soit retirée, on est forcément gauchiste ?

Non, bien sur, mais c’est comme cela que c’est fait passé dans les médias…. Nous voulons du progrès social pour les salariés : 1800 euros pour le smic, une retraite à 60 ans, voilà ce sont des choses qu’on affiche à la CGT depuis des années et nous ne sommes jamais entendus. Ce gouvernement de droite a trouvé un allié de poids, la CFDT qui s’enorgueillit d’être le premier syndicat de France. Mais voyez comme elle commencent à avoir de grosses difficultés avec sa base ! La CGT, FO, la FSU, Solidaires, la CGC-CFE et le mouvement des Lycéens, nous, nous sommes ensemble. La lutte est encore là, même si elle s’amenuise un peu. Mais avouez que c’est compliqué de mobiliser quand le conflit dure depuis plus de 40 jours.

La banderole de tête de cortège avec des lycéens – © leglob-journal
Leglob-journal : Comment allez vous faire pour redresser la situation ?

Il faut expliquer, tracter toujours et encore, convaincre par le dialogue autour de nous qu’on nous prépare en fait une retraite par capitalisation. On a bien vu l’émergence de ce fonds de ce pension, et la légion d’honneur décerné à Jean-François Cirelli devenu entre temps président de BlackRock France, qui est passé par Gaz de France et qu’on a bien connu chez nous. Ces gens là, on va les invité à une table et ils vont se partager un gros gâteau grâce au système de retraite par capitalisation qui se dessine. Et finalement, c‘est toujours les mêmes qui vont payer. C’est mon avis et il est partagé par plein de gens autour de moi. De l’argent il y en a, quand on voit les 7000 milliards de dollars de BlackRock, ce fonds dirigé par Larry Fink et que personne ne connaissait dans le grand public, en France, jusque-là…

Leglob-journal : Au delà de ça, quelle analyse faites-vous de l’état de la France actuelle ?

Moi, ce que vois c’est qu’actuellement il y a une fracture en France qui est compliquée. Aujourd’hui, il y a deux France pour moi. Une France fracturée. Il y a eu le mouvement des Gilets Jaunes, et à présent le mouvement de contestation des retraites, et il y a les autres qui ne sont pas dans ces mouvements … On le voit, ça dépasse bien le problème des retraites.

Une sixième journée d’action nationale est programmée en France pour ce jeudi 16 janvier avec, à Laval à partir de 14 H 30 un rassemblement place de la Trémoille en centre-ville.

*José Nesa est délégué syndical CGT chez Enedis à Laval


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  1. Il n’y a pas de fracture. Il y a une minorité qui exerce un pouvoir de blocage néfaste sur toute l’économie, à partir de ses bastions syndicaux de nantis (sncf, ratp, sud-rail, dockers). J’ai honte pour ce pays englué dans son conservatisme, incapable de rationalité. Macron n’avait qu’à négocier un projet de réforme dans un temps déterminé et ensuite le soumettre au peuple par la voie référendaire, et en engageant sa responsabilité de manière gaullienne. C’est la seule voie démocratique susceptible de répondre au conservatisme syndical marron. Et une manière d’exprimer la voix du peuple autrement qu’à travers les micro-trottoirs bidons des chaînes télé.

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