Julian Assange, lanceur d’alertes, ange ou dĂ©mon ? – par Serge Halimi 🔓

Julian Assange lanceur d'alerte parmi d'autres

Deux jours après le refus rĂ©cent de la justice britannique de l’extrader vers les États-Unis, le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, demandait sa remise en libertĂ©. Demande rejetĂ©e. Entre temps les États-Unis ont fait appel du refus d’extradition oĂą, aux Etats-Unis Assange risque plus d’un siècle de prison au titre de l’ »Espionage Act ». Serge Halimi a Ă©crit en dĂ©cembre 2018 dans Le Monde Diplomatique un Ă©ditorial intitulĂ© simplement « Pour Julian Assange ». leglob-journal le publie aujourd’hui dans ses colonnes.

La haine contre la vérité

Par Serge Halimi*


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Fier comme Artaban, souriant, entourĂ© d’une cinquantaine de photographes et de cadreurs, Jim Acosta a opĂ©rĂ©, le 16 novembre dernier, son retour en fanfare Ă  la Maison Blanche. Quelques jours plus tĂ´t, il avait perdu son accrĂ©ditation de correspondant de Cable News Network (CNN), mais la justice amĂ©ricaine a obligĂ© le prĂ©sident Donald Trump Ă  annuler la sanction. Â«C’était un test, et nous l’avons passĂ© avec succès, a fanfaronnĂ© Acosta. Les journalistes doivent savoir que, dans ce pays, la libertĂ© de la presse est sacrĂ©e, et qu’ils sont protĂ©gĂ©s par la Constitution [pour] enquĂŞter sur ce que font nos gouvernants et nos dirigeants.» Fondu enchaĂ®nĂ©, musique, happy end… RĂ©fugiĂ© depuis six ans Ă  l’ambassade d’Équateur Ă  Londres, M. Julian Assange n’a sans doute pas pu suivre en direct sur CNN un dĂ©nouement aussi Ă©mouvant.

Car son existence à lui ressemble à celle d’un prisonnier. Interdiction de sortir, sous peine d’être arrêté par les autorités britanniques, puis, sans doute, extradé vers les États-Unis ; communications réduites et brimades de toutes sortes depuis que, pour complaire à Washington, le président équatorien Lenín Moreno a résolu de durcir les conditions de séjour de son «hôte».

La dĂ©tention de M. Assange ainsi que la menace de quelques dizaines d’annĂ©es de prison dans un pĂ©nitencier amĂ©ricain (en 2010, M. Trump avait souhaitĂ© qu’il soit exĂ©cutĂ©) doivent tout au site d’information qu’il a fondĂ©. WikiLeaks est Ă  l’origine des principales rĂ©vĂ©lations qui ont indisposĂ© les puissants de ce monde depuis une dizaine d’annĂ©es : images des crimes de guerre amĂ©ricains en Afghanistan et en Irak, espionnage industriel des États-Unis, comptes secrets aux Ă®les CaĂŻmans. La dictature du prĂ©sident tunisien Zine El-Abidine Ben Ali fut Ă©branlĂ©e par la divulgation d’une communication secrète du dĂ©partement d’État amĂ©ricain qualifiant cette kleptocratie amie de Washington de Â«rĂ©gime sclĂ©rosé» et de Â«quasi-mafia». C’est Ă©galement WikiLeaks qui rĂ©vĂ©la que deux dirigeants socialistes français, MM. François Hollande et Pierre Moscovici, s’étaient rendus, le 8 juin 2006, Ă  l’ambassade des États-Unis Ă  Paris pour y regretter la vigueur de l’opposition du prĂ©sident Jacques Chirac Ă  l’invasion de l’Irak.


« Acharnement et lâcheté »


Mais ce que la «gauche» pardonne moins que tout Ă  M. Assange, c’est la publication par son site des courriels piratĂ©s de la campagne de Mme Hillary Clinton. Estimant que cette affaire a favorisĂ© les desseins russes et l’élection de M. Trump, elle oublie que WikiLeaks a alors dĂ©voilĂ© les manĹ“uvres de la candidate dĂ©mocrate pour saboter la campagne de M. Bernie Sanders durant les primaires de leur parti. Ă€ l’époque, les mĂ©dias du monde entier ne s’étaient pas privĂ©s de reprendre ces informations, comme ils l’avaient fait pour les prĂ©cĂ©dentes, sans pour autant que leurs directeurs de publication soient assimilĂ©s Ă  des espions Ă©trangers et menacĂ©s de prison.

L’acharnement des autoritĂ©s amĂ©ricaines contre M. Assange est encouragĂ© par la lâchetĂ© des journalistes qui l’abandonnent Ă  son sort, voire se dĂ©lectent de son infortune. Ainsi, sur la chaĂ®ne MSNBC, l’animateur-vedette Christopher Matthews, ancien cacique du Parti dĂ©mocrate, n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  suggĂ©rer que les services secrets amĂ©ricains devraient Â«agir Ă  l’israĂ©lienne et enlever Assange»…◼


*Serge Halimi est directeur de la rĂ©daction du Monde diplomatique. Avec son aimable autorisation – Titre, chapĂ´, et intertitre sont de leglob-journal


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