La Chine a-t-elle volontairement caché le Covid-19 ? – par Henri Marteau

TRIBUNE – Les autorités chinoises ont censuré les médecins lanceurs d’alerte de Wuhan en décembre, notamment le Docteur Li Wenliang, ophtalmologue, mort du coronavirus. Récit de ces premiers jours, lorsque tout a basculé.

Retour sur un début de pandémie masqué

Par Henri Marteau


Le 17 novembre 2019, apparition du premier cas en Chine sur un résident âgé de 55 ans de la province du Hubei, dont la capitale est Wuhan.

Le 20 décembre il y avait 60 cas. Durant les deux dernières semaines de l’année, leur nombre s’est mis à grimper de façon exponentielle, pour atteindre 266 cas au 31 décembre 2019.

Le 30 décembre : la chef des urgences de l’hôpital central de Wuhan reçoit les résultats d’analyses sur un malade qui indiquent une infection avec un coronavirus affilié au SARS. Alarmée, elle poste une photo du rapport médical dans un groupe privé sur le réseau social WeChat, qui a été partagée par plusieurs de ses collègues, dont l’ophtalmologue Li Wenliang, par la suite décédé de la maladie.

Elle dit également aux membres de son département de revêtir des masques et alerte ses supérieurs, qui l’ont convoquée trois jours plus tard afin de la réprimander pour avoir «fait circuler des rumeurs». A Wuhan, d’autres médecins commençaient à sonner l’alarme. Mais rien n’y a fait.

Diagnostics modifiés

Le 1er janvier 2020 : le marché de Wuhan est fermé. Le 2 janvier, le génome du nouveau virus a été décodé.

Le 3 janvier, la commission de la santé de Wuhan a publié une directive interdisant au personnel médical de diffuser des informations sur le nouveau virus pour éviter de provoquer une panique. Certains hôpitaux ont aussi discrètement modifié le diagnostic des premiers patients, le faisant passer d’une pneumonie virale à une simple «infection».

Le 6 janvier, le Centre chinois pour le contrôle des maladies a activé son plan d’urgence et le président Xi Jinping a personnellement pris la tête de la riposte le 7 janvier. Mais rien de tout cela n’a été annoncé publiquement.

Le 9 janvier : la Chine annonce officiellement l’émergence d’un nouveau coronavirus et attend le 12 janvier pour partager son génome avec le reste du monde.

Réponses préparées à l’avance

Le 17 janvier, Yuen Kwok-yung, un virologue hongkongais, se rend à Wuhan pour enquêter sur le virus. «Tous les endroits que nous visitions semblaient être en représentation. A chaque fois que nous posions une question, les réponses paraissaient récitées et préparées à l’avance.» Les officiels locaux répétaient en boucle qu’ils n’avaient reçu des kits de test que la veille et ne pouvaient donc pas se prononcer sur le nombre réel de cas, relate-t-il.

Le 20 janvier 2020, la Chine a finalement reconnu l’existence d’une transmission entre humains.

Le 23 janvier, la ville de Wuhan et une bonne partie de la province du Hubei étaient placées en quarantaine. Durant cette phase critique pour contenir le virus, les autorités chinoises ont continué à nier l’existence d’une propagation entre humains, alors que les indices avaient pourtant commencé à s’accumuler.

Si les autorités avaient agi plus vite, «le nombre de malades aurait pu être massivement réduit», a récemment estimé le chef de la task force chinoise contre le coronavirus, Zhong Nanshan.

Le 24 janvier 2020 : les trois premiers malades d’Europe sont annoncés en France : deux à Paris et un à Bordeaux. Ces trois patients chinois avaient séjourné à Wuhan.

Le 19 mars la Chine annonce aucune nouvelle contamination d’origine locale au coronavirus.

L’Histoire retiendra que dans la plus grave crise sanitaire du siècle, les partis politiques français s’écharpaient encore le 17 mars sur le deuxième tour de municipales ! Ne donnent-ils pas l’impression de ne pas vivre dans le même monde que nous ?…


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