Au conseil départemental, la fin de l’ère des « Bébés d’Aubert »

Marie-Cécile Morice au centre entourée de Jean Arthuis et de François d'Aubert - collection privée
Marie-Cécile Morice au centre entourée de Jean Arthuis et de François d’Aubert – Collection privée

Passé

C’est, sans doute, la fin d’une époque. Celle des « Bébés d’Aubert » qui ont notamment émargé au conseil départemental de la Mayenne. Marie-Cécile Morice, Beatrice Mottier et Alexandre Lanoë, pour ne citer que ceux-là, sont des élus, qui « déçus », ne se sont pas représentés comme conseiller.e départemental.e … Ils incarnent ces hommes et femmes qui ont soit été façonnés, soit poussés à entrer dans le jeu de la représentation élective et de la politique locale. Marie-Cécile Morice en est l’exemple le plus emblématique. Elle aura pour sa part fait trois mandats et demi au Département de la Mayenne sous la houlette de deux présidents successifs. Une « Bébé d’Aubert » qui a su « être sage et savoir s’arrêter » en mars 2021 en ne briguant pas un nouveau mandat départemental… Retour sur investissement.

Et aide au développement

Par Thomas H.


la belle lettre E sur leglob-journal

Elle est devenue tout récemment « conseillère départementale honoraire » . Une distinction honorifique, certe, mais pas donnée à tout le monde, parce qu’elle avait plus de dix-huit ans de mandat au Département de la Mayenne, sans discontinué. C’est la durée, en effet, pour pouvoir prétendre à ce titre. Très précisément, en fait, cela fait vingt-quatre ans, presqu’un quart de siècle qu’elle a connu l’hémicycle de l’Hôtel du Département de la Mayenne à Laval. Sous Jean Arthuis, puis Olivier Richefou. Une médaille du travail, en quelque sorte, pour longévité lui a été remise par le Préfet pour l’occasion. Marie-Cécile Morice garde toutefois comme occupation la mairie de Bais, et une vice-présidence, celle de la communauté de communes des Coëvrons en charge de la cohésion sociale. Une de ses fibres, dit-elle.

L’élue qui a côtoyé plusieurs préfet et qui pourrait passé pour un « dinosaure », reconnait « être un Bébé d’Aubert tout comme Béatrice Mottier et Alexandre Lanoë, d’ailleurs. On doit beaucoup à François… Nous en avons convenus avec Béatrice et Alexandre en évoquant celui qui nous a bien aidé par le passé…  »

Séquence souvenirs donc pour Marie Cécile Morice. Elle se confie au Glob-journal : « J’ai eu la chance d’avoir été propulsée par François d’Aubert pour qui j’ai été assistante parlementaire de1989 à 1995 et puis assistante du maire à Laval de 1995 à 2008. Sans lui, je n’aurais jamais été élue conseillère départementale du canton de Bais en 1997. » raconte-t-elle simplement. François d’Aubert, c’est le député maire de Laval, le secrétaire d’État puis le ministre du Budget et de la Recherche sous les gouvernement Raffarin et Juppé ; battu aux législatives il fera un passage comme président de la Cité des sciences et de l’industrie, et en septembre 2009 au Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements chargé de lutter contre la fraude fiscale en coopération avec l’OCDE. L’homme politique aura guidé et impulsé aussi Yannick Favennec, son ancien directeur de cabinet, qui l’aura poussé ensuite à se lancer pour devenir le député de la Mayenne dans la circonscription du Nord Mayenne…


« La maman de François »


Pour Marie Cécile Morice, les souvenirs s’entrechoquent : c’est au moment où  » je fais campagne pour Raymond Barre que je rencontre la maman de François D’Aubert… Il a sans doute tout de suite cru en moi… » , explique au Glob-journal celle qui, orpheline à six ans, a été élevée par son grand père qui était maire, un élu de la République, ce qui prédispose à s’intéresser à la chose publique. Elle se souvient : « Je le suivais de partout, mon grand-père, alors forcément, je connaissais tout le monde… »


Marie-Cécile Morice à la droite de François d'Aubert - collection privée
Marie-Cécile Morice à la droite de François d’Aubert – Collection privée

Elle est donc devenue ce « Bébé d’Aubert », l’incarnation de ce que des « barons » de la politique qui aiment essaimer, choisissent de promouvoir pour assurer leur pérennité et celle de leur camps politique. Elle en a bien conscience. Toujours vive et enjouée, elle est cette femme du cru qui a été élue, d’octobre 1997 au 1er juillet 2021 aux cotés de Jean Arthuis puis d’Olivier Richefou, les Présidents du conseil général, puis du conseil départemental.

Dans son périple politique, dans son cheminement au long terme, elle a connu par le menu la Présidence du premier. Elle sait faire la différence avec la seconde. Deux hommes, deux tempéraments, « deux façons de faire« . Leglob-journal demande : « Sous Jean Arthuis, c’était plus simple selon vous? » – « Joker! » répond tout de go Marie-Cécile Morice avec un léger sourire dans la voix… On sent bien qu’elle se retient et ne veux pas entrer en comparaison ouvertement. Puis elle ajoute toutefois : « Vous savez, j’ai beaucoup travaillé à la fusion, sous la houlette de Jean Arthuis, de ce qu’on a appelé Mayenne-Culture, avec notamment Yannick Borde [le maire de Saint-Berthevin qui a fait un passage au Département avait été nommé Président de Mayenne-Culture] et j’ai été une passionnée par la mission Education » . Le Département a la gestion des collèges en terme de structures d’accueil.

A Mayenne-Culture, et sous la présidence de Jean Arthuis, l’ancien expert comptable, il s’agissait à l’époque de mutualiser les moyens, de concentrer, d’optimiser les dépenses et de rationnaliser…


Tiraillements et interrogations


Dans sa façon d’évoquer ce temps-là, on sent un peu de nostalgie de sa part… Car « dans les dernières années, confit Marie-Cécile Morice, c’est une mandature où j’ai moins trouvé ma place…  » Au conseil départemental de la Mayenne sous la présidence d’Olivier Richefou, ce fut plus difficile, elle a été présidente de la commission Autonomie avec à ses cotés quatre vice-présidents qui siégeaient dans la commission. Moins de coudées-franches. Moins d’autonomie justement… car « Le Président Richefou a beaucoup travaillé sur cette question » ajoute-t-elle simplement. La commission regroupe le handicap, la santé et les personnes âgées.

« Les décisions étaient surtout celles du Président! » avance l’élue finalement. Les EPHAD ? : « Joker! » lance-t-elle à nouveau, puis elle rétracte et raconte finalement : « Vous savez, il a d’énormes qualités Olivier Richefou, mais il va vite… Trop vite… C’est vraiment dommage qu’il soit individualiste dans une collectivité … Il a plein de qualités, mais quand il pense une chose, c’est difficile de faire différemment, d’aller contre ce qu’il a décidé Il y a eu des décisions sur les EPHAD qui étaient dures, je le reconnais. Mais à Sainte Suzanne par exemple les locaux étaient vétustes, et à Juvigné aussi … » Quand on a une certaine fibre sociale, le tiraillement provoqué par des décisions que l’on n’approuve pas réellement, engendre vite des interrogations…

On sent qu’elle voudrait parler plus mais l’auto-censure passe par là, parce qu’après tout n’a-t-elle pas été dans sa majorité ?… Mais Marie-Cécile Morice d’ajouter pour toutefois terminer sur une note plus positive : « Olivier Richefou a fait énormément de choses pour valoriser la Mayenne en terme d’attractivité… mais vous savez bien que je ne veux pas polémiquer !… » lance-t-elle à nouveau avec un sourire comme pour atténuer une réelle envie de s’exprimer qu’une bouffée de loyauté vient tout juste de contrecarrer…◼


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