La GRS : pour « un nouveau Front populaire et l’écosocialisme »

Fruit de la fusion de l’aile gauche du PS et du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), voici la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS). Un tout jeune parti politique fondé en France le 3 février 2019 et animé par le député européen Emmanuel Maurel, Bastien Faudot, conseiller départemental de Belfort, et coordonné par la Sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienmann, ainsi que Jean-Luc Laurent, Président du MRC. La GRS qui est aussi présente en Mayenne avec pour l’instant une dizaine d’adhérents, « prône la création d’un nouveau Front Populaire, l’écosocialisme, une Europe au service des peuples et l’affirmation des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. »

Grand entretien avec la Gauche Républicaine et Socialiste en Mayenne

Par Thomas H.


Leglob-journal : pourquoi la création de ce nouveau parti politique et sa déclinaison en Mayenne ?

Guillaume Agostino : C’est simple, c’est l’évolution du PS qui nous a amené à comprendre que ce n’était plus forcément la maison où nous avions envie de lutter dans le futur. On avait un PS qui n’était pas assez à gauche et aussi pas assez central pour pouvoir rassembler la gauche dans le futur. C’était surtout ça. On pense que la GRS est un terrain plus fertile pour créer de nouvelles alliances avec des bases saines.

Leglob-journal : Pourquoi ne pas vous rapprocher de la France Insoumise ?

C’est un acteur important de la gauche, vous avez raison. Elle discute avec beaucoup de gens mais pas forcément avec tout le monde à gauche. Et la GRS permet justement d’avoir des discussions avec d’autres interlocuteurs ; c’est un outil de liaison avec différents partis politiques pour le futur.

Nous connaissions Emmanuel Maurel qui était déja venu en Mayenne. C’est quelqu’un qui au PS a toujours été dans la même ligne, sans changer de direction en raison des évènements qui surviennent, et qui sait où il va.

Leglob-journal : vous seriez donc de vrais socialistes ?

Oui, il y a de ça et en plus, quand le projet de la GRS a été lancé on savait qu’il y avait le MRC qui était partant pour la fusion. On ne partait pas pour une création sur une feuille blanche ; on savait qu’il y avait d’anciens socialistes et des gens du MRC pour créer du nouveau sur des bases avec des personnes qui ont déjà milité. Vous savez mélanger différentes cultures cela apporte beaucoup.

Leglob-journal : La République, le socialisme et la gauche… Quelle place pour le MRC dans la GRS ?

Michel Sorin : C’est suite à un article dans leglob-journal – je tiens à le signaler – que j’ai pris connaissance des positions de Guillaume Agostino et Steve Rattier de quitter le PS, alors j’ai pris contact avec eux. Nous ne sommes pas nombreux… une petite dizaine pour l’instant.

Steve Rattier : Vous savez, pour l’avoir relaté dans vos colonnes, j’ai été élu secrétaire de section à Laval. Pour l’instant nous sommes cinq anciens du PS… Aujourd’hui, il y a encore une centaine de militants qui sont encore inscrits au PS à Laval mais très peu de gens qui sont encore actifs. Ils se sont éloignés du PS sur des ruptures programatiques, comme la loi Travail, le CICE, etc.

Leglob-journal : Est-ce qu’il y a une volonté d’assécher le PS, localement ?

Guillaume Agostino : Non, pas du tout ! C’est pas notre logique. Le PS peut être un partenaire dans le futur …on est pas là pour remplacer qui que ce soit…

Guillaume Agostino (Ex PS) et Michel Sorin (MRC) montrant le document que le député Emmanuel Maurel a réalisé – © leglob-journal

Michel Sorin : Vous savez le Mouvement Républicain et Citoyen a décidé en votant lors de son dernier congrès en décembre 2018 d’apporter le logiciel républicain qui est complémentaire de ce qu’apporte Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienmann qui étaient dans l’aile gauche du PS. Nous considérons que c’est une alliance politique, une alliance stratégique. La période politique que nous vivons est à notre sens de même nature que celle qui a été vécue au congrès d’Epinay en 1971. La SFIO à l’époque se délitait avec des alliances avec le centre. Puis est intervenue l’alliance Mitterand avec le Céres de Jean-Pierre Chevènement qui était le courant de gauche de la SFIO à l’époque. Et il s’est alors créé en fait un nouveau parti dont Mitterand a pris la direction sur une volonté d’union de la gauche. Et stratégiquement, on se retrouve un peu dans la même configuration. Nous sommes dans une période de reconstruction.

Leglob-journal : La Gauche Républicaine et Socialiste, ce serait donc un peu la même chose, mais avec quelle stratégie ?

Guillaume Agostino : Le rassemblement de la gauche sur un programme vraiment de gauche… Mais il faut déjà qu’on définisse ce qu’est la gauche pour pouvoir parler en commun avec les partis de gauche.

Michel Sorin : A l’époque et c’est pourquoi j’ai adhéré au PS, on était sur une base de rupture avec le capitalisme. Mitterand l’avait dit très clairement. Aujourd’hui, pour moi la période fondatrice c’est 83, la rupture de Mitterand d’avec le socialisme pour rejoindre l’Europe libérale. Jospin avait dit « on ouvre la parenthèse libérale », il pensait peut-être qu’elle allait se refermer, ce qui n’a pas été le cas. Le problème aujourd’hui, c’est de refermer cette soi-disant parenthèse et notre programme justement préconise la rupture au niveau européen avec l’idée que Mitterand a toujours entretenu, que l’avenir, c’était l’Europe. Et c’est justement cette Europe libérale qui transforme notre pays, politiquement, avec des idées néo-libérales qui sont en contradiction totale avec les idées de gauche.

Leglob-journal : Diriez-vous que vous seriez un parti anti-européen ?

Michel Sorin : Mais non !! Non ! Au contraire !! Mais, c’est une bonne question… Je suis européen, mais actuellement ce n’est plus l’Europe. Cela n’a plus rien à voir avec le projet européen. Il y a eu une prise en main par le néo-libéralisme de l’idée européenne. La GRS est toujours à fond pour cette idée européenne mais on veut revenir à une construction politque européenne d’Europe de coopération au niveau des nations et des peuples. Et là, ce qu’on voit, c’est contre les nations et les peuples.

Steve Rattier : Oui et l’autre point de rupture au niveau de l’Europe et de sa gestion qui a permis de dessimer le PS générant tous ses départs, c’était cette situation de cogestion permanente avec la droite contenue dans le PPE, Parti populaire européen.

Leglob-journal : Comment allez-vous faire pour recruter des adhérents ?

Guillaume Agostino : Il y a beaucoup de gens qui sont insatisfaits de la situation en France, en Mayenne ou en Pays de la Loire, mais ils sont dans aucun parti. C’est ça la difficulté actuellement. Il y a des gens qui sont plutôt socialistes dans l’âme mais on arrive pas à leur parler. Il faut donc aller chercher des gens qui ne sont pas dans la politique. Et qu’ils se disent « si moi je milite, c’est pour faire aboutir mes idées et qu’elles soient appliquées… »

Michel Sorin : Ce qui est sûr c’est que nous sommes en train d’essayer de trouver un point de fixation de tous les républicains de gauche, socialistes, écologistes, communistes, etc. pour que la gauche soit rassemblée. Car dans notre pays, si la gauche ne l’est pas, elle ne peut pas accéder au pouvoir.

Au centre Michel Sorin, (Ex-maire de Saint-Berthevin et Président départemental du MRC) et
de part et d’autre, Guillaume Agostino et Steve Rattier ( Ex -PS ) – © leglob-journal

En 2015, vous vous souvenez, Hollande avait nommé Manuel Valls comme Premier ministre avec comme stratégie « les gauches irréconciables ». Et à mon avis, c’était une stratégie de mort à gauche… Et en 2017 on l’a bien vu, ça été la mort de la gauche. Nous, de notre point vue et sur le fond, nous préconisons de rompre avec cette idée-là. Nous sommes en rupture avec cette stratégie de différencier la gauche, comme en 1971, la SFIO était à discuter et à s’allier avec le centre. Or Mitterand et Chevènement à l’époque avaient choisi une stratégie de rassemblement de la gauche et nous sommes exactement sur la même idée. Et les Benoit Hamon et d’autres au PS, eux, ils sont sur une gauche qui ne serait pas néo-libérale, certes, mais pour une gauche qui soit au niveau européen sur une base contraire aux possibilités de rassemblement. Pour nous à la GRS, ce qui est important à souligner, c’est le choix d’alliance avec la France Insoumise que nous avons fait. Parce que la FI a fait la rupture sur le plan européen. Il faut bien se départir de cette idée ancrée depuis Mitterand au PS qu’on peut changer les choses au niveau européen. On peut faire évoluer mais c’est impossible de changer radicalement, si on a pas une rupture. Il est impossible de faire une politique de gauche dans le cadre des traités européens actuels. Et donc l’idée commune avec la FI et nous, [Maurel est en 6 ème position, éligible sur la liste de la France Insoumise, NDLR] c’est cette rupture avec le système de cogestion actuel.

Steve Rattier : Et rappelons que la FI n’est pas un parti, c’est une fédération de partis ; on ne peut pas adhérer à FI, c’est une bannière sous laquelle on se range.

Michel Sorin : C’est un mouvement, ce n’est même pas une fédération de parti… Ce sont des partis qui adhèrent chacun de leur côté à la France Insoumise. Et nous, nous ne sommes pas dans ce cadre-là, nous fondons un nouveau parti qui a pour vocation à rassembler la gauche dans son ensemble. C’est la seule stratégie vitale.

Guillaume Agostino : Je pense que nous pouvons être un parti qui apporte quelque chose en plus à la France Insoumise ; aller chercher des électeurs qui aujourd’hui se disent « la FI ça ne nous intéresse pas…» et nous ont a beaucoup d’idées qui convergent avec la FI et nous sommes avant tout GRS.

Michel Sorin : Je voudrais dire que le problème avec Hamon, le PS et EELV, c’est qu’ils sont anti France Insoumise. Et comme nous avons constaté que nous avions des points de rapprochement très nets sur l’Europe avec la FI, sans que cela ne nous engage pour l’avenir, il était bon de rejoindre la France Insoumise parce que cela nous habitue à travailler ensemble. En Mayenne, nous sommes amenés à travailler avec FI et ça marche très bien. Donc, le fait de mener campagne sur les Européennes autour de la liste FI, cela prépare les élections municipales. Parce que l’objectif, c’est le rassemblement de l’ensemble de la gauche en 2020. Et pour rassembler l’ensemble de la gauche, il faut qu’elle accepte de s’allier avec la FI. Notre positionnement, c’est le refus de l’exclusion de la FI parce qu’il faut compter avec la FI pour les Présidentielles et les Législatives de 2022. Je vous rappelle que la FI a été la meilleure formation : Jean-Luc Mélenchon a fait 19 % en 2017 et il a été un excellent candidat que le reste de la gauche n’a pas.

« Aujourd’hui le PS n’est plus dans l’équation.

Et ce n’est plus le point central…
D’où notre positionnement comme pivot central, nous la GRS, pour rassembler la gauche »

Faites un don pour soutenir leglob-journal

Leglob-journal : C’est donc une stratégie à long terme…

Michel Sorin : Je pense que dans notre département on s’inscrit toujours dans le cadre d’une stratégie nationale. Il faut donc préparer les Municipales avec la FI pour prendre des habitudes de travail et ensuite se rapprocher des autres formations politiques. Car sur les Municipales, on sait bien qu’il faut rassembler tout le monde, c’est comme cela que ça fonctionne en Mayenne.

Steve Rattier : autre incertitude, ce que va faire LREM ? Dans la majorité de François Zocchetto, il va y avoir des membres de la LREM, et il y a sans doute une frange du PS qui n’est pas ininterressée de mener campagne sur une liste commune avec En Marche ! Encore une fois, j’ai toujours eu beaucoup de difficultés avec des gens qui ont des dissonances cognitives et qui disent « localement on s’entend, mais nationalement on s’entend pas… » Et moi, c’est une des raisons pour lesquelles je suis parti du PS, on ne peut pas dire, encore une fois, localement « on est contre la droite, et gouverner avec eux… » Il y a cette logique là…

Michel Sorin : Tout à fait ! C’est important !…

Leglob-journal : C’est surtout pour les élections suivantes comme les Municipales que vous le créez ce parti ?…

Steve Rattier : A une échelle municipale, comme Laval, je ne pense pas que la gauche puisse se payer le luxe de partir divisée.

Guillaume Agostino : Aujourd’hui le PS n’est plus dans l’équation centrale. Et ce n’est plus le point central…

Michel Sorin : D’où notre positionnement comme pivot central, nous la GRS.

Leglob-journal : La GRS au niveau national, c’est combien d’adhérents ?

Michel Sorin : Je ne peux pas donner de chiffre. C’est en cours, et le site au niveau national n’était pas opérationnel… On avait un objectif de 4000 adhérents que je ramène, personnellement pour 2019 à 2000. A mon sens, c’est un objectif raisonnable. Et sur la Mayenne, Il n’y en a pas de fixer…

Leglob-journal : Et l’adhésion c’est combien ?

Michel Sorin : 35 euros, pour une cotisation annuelle.

Leglob-journal : Pour devenir un vrai adhérent… Rien à voir donc avec un simple clic sur une plateforme en ligne ?…

Guillaume Agostino : Oui c’est différent. C’est pour être un vrai militant dans un parti politique. C’est cette culture là qui est derrière l’adhésion, pas une culture « self-service ».

Leglob-journal : Dernière question, comment on rapproche le citoyen de la politique qui s’en éloigne de plus en plus ? Est-ce que vous avez une recette ?

Steve Rattier : Déjà, à mon avis, il faut appliquer le programme pour lequel on a été élu…

Michel Sorin : Pas de vrai recette… Il faut qu’on se mette en route, pas en marche ! Non ! (rires), et nos concitoyens, c’est là qu’ils verront la différence.


Commenter cet article