La vente de Corbineau à Laval : « tout ceci est très opaque » tance l’opposition

Avec « 70 appartements de standing », Corbineau en centre-ville va continuer sa mue. Un bailleur social avait déjà investi les lieux pour des habitations à loyers modérés, maintenant place à un promoteur immobilier privé, le Groupe CIR, – en apparence -, qui va « rénover » et pour François Zocchetto « élargir le panel de logements ».

Corbineau, après Saint-Julien…

Par Thomas H.


Retour sur un conseil municipal de Laval, celui du Lundi 9 décembre, où les échanges ont été assez nourris. Comme la chambre régionale des comptes (CRC) avait pointé, dans son rapport, une situation financière préoccupante et le manque de transparence de la municipalité, ce fut l’occasion pour l’opposition de s’engouffrer dans cette brèche et de monter au créneau sur Corbineau.

La vente de l’ex-caserne Corbineau qui abritait jusque-là le conservatoire de musique a été votée, logique, sans les neuf voix de l’opposition. « Cette délibération arrive en question du maire, et pour une vente de 2 millions d’euros, il n’y a aucune discussion au préalable » en commission, où passent « des projets de délibération purement techniques pour des montants inférieurs à 1000 euros » lance à François Zocchetto, Georges Poirier qui ajoute « tout ceci est très opaque ».

De fait, le maire a expliqué succinctement : « j’ai consulté des promoteurs immobiliers et nous avons eu six réponses intéressantes, dont celle de France Pierre Patrimoine du groupe CIR (…) cela s’est fait en concertation avec l’Architecte des Bâtiments de France (…) » Mais les explications ne parviennent pas à convaincre.

Les opposants de la minorité qui ne voulaient pas reproduire ce qui s’était passé pour Saint-Julien, – ils avaient « oublié » de créer le débat en séance municipale -, cette fois sont montés au filet, surfant sans doute sur le climat propice de la campagne électorale. « L’avenir de Corbineau ne se limite pas à des appartements de grand luxe » à notamment déclaré l’opposant de gauche, le journaliste honoraire Georges Poirier.

C’est « une société de Bordeaux » a découvert l’opposition, et « cela ne figure pas dans la délibération ». D’ailleurs beaucoup de choses ne sont pas écrites dans ce document officiel qui doit passer, comme toutes les délibérations, au contrôle de légalité de la Préfecture. Il est un fait qu’elle est très succincte. C’est peut-être le principe du « moins on en dit, mieux cela vaut ». Toujours est-il qu’on en apprend plus à écouter Georges Poirier.

France Pierre Patrimoine qui « n’a que un à deux salariés » note -t-il dispose comme « dirigeant mandataire la Financière Bacalan située à la même adresse et qui a elle-même pour mandataire depuis 2017 FL Holding, toujours à la même adresse. » révèle l’ancien directeur départemental du quotidien Ouest France.

« Holding et société internationale de capital investissement »

Fort de son investigation, il poursuit : «  France Pierre Patrimoine appartient au groupe CIR qui a lui aussi pour dirigeant mandataire la Financière Bacalan, elle même dirigée par FL Holding » L’élu de gauche qui a fait son enquête préliminaire au conseil au conseil municipal est allé sur le site internet du groupe CIR et il a trouvé que « depuis 2017, les fondateurs de CIR sont associés à BridgePoint pour se développer, [c’est] une société internationale de capital investissement. Son comité consultatif européen comprend une ancienne ministre centriste, Anne-Marie Idrac, souligne l’ancien journaliste qui ajoute le monde est quand quand même très petit… » Certes mais la France n’est-elle pas un village global, et on le sait, les amitiés d’un temps ne s’arrêtent pas forcément avec l’éloignement.

La démonstration de l’ex-journaliste n’a pas apporté d’explication de la part du maire de Laval qui s’est contenté d’esquisser un très léger sourire.

François Zocchetto et Anne Marie Idrac se sont bien cotoyés comme le laisse entendre Georges Poirier. En creusant un peu , on s’aperçoit qu’ils ont été ensemble dans le comité de pilotage de la troisième campagne présidentielle de François Bayrou en 2012. Le sénateur-maire de Laval, à l’époque, présidait le groupe centriste du Sénat.

Ancienne secrétaire d’État aux Transports, Anne-Marie Idra, alors qu’elle a été pressentie un temps pour entrer au gouvernement d’Edouard Philipp, est à présent « haute responsable pour la stratégie nationale de développement des véhicules autonomes ». Elle est chargé de favoriser par ces connaissances et ses compétences, (ex-patronne de la SNCF et de la RAPT) le développement des moyens alternatifs comme les véhicules autonomes sans conducteurs.

Une formation en carré autour de ce qui fut une place d’armes – © leglob-journal

Administratrice de société, sa « première nomination [par exemple] au conseil d’administration de Bouygues SA date du 26 avril 2012, avec une échéance du mandat en 2021 ». Internet nous révèle aussi que « 500 », c’est le « nombre d’actions détenues dans [cette société] au 31 décembre 2018« . Autres mandats et fonctions exercés par Anne-Marie Idrac en dehors du Groupe Bouygues SA : elle est « administratrice de Total, Saint-Gobain et Air France-KLM . Et senior advisor de Sia Partners » un cabinet de conseil en management et en intelligence artificielle fondé en 1999 dont le siège est à Paris.

Plus que l’évaluation des Domaines

L’opacité du montage financier de « l’acquéreur » de Corbineau, décrit par Georges Poirier fait certes réfléchir. Mais il en va souvent comme ça dans le  « monde merveilleux des affaires » pour reprendre la formule d’Elise Lucet sur France Télévision. Qu’on se rassure, « la société basée à Bordeaux » devrait débourser « 1,95 millions d’euros, un prix tout a fait correct et acceptable » selon le maire de Laval, alors que «l’évaluation des Domaines est de 1,6 millions d’euros. On nous donne 350 000 euros de plus » devait argumenter Xavier Dubourg, le premier adjoint en charge de l’urbanisme, ajoutant, comme une cerise sur ce gâteau présenté en conseil municipal de Laval qu’ « un cheminement piéton sera aménagé pour accéder par un escalier au Jardin des Cordeliers »…

« Reconstituer un petit Hilard, un petit Pommeraie ou un petit Saint-Nicolas à Corbineau, bien sur que non! devait ajouter Jean-Pierre Fouquet. Ne reproduisons pas l’erreur que vous avez faite en n’envoyant des gens dans des logements sociaux en périphérie ». Le conseiller municipal de la majorité répondait à Aurélien Guillot (PCF) qui avait réclamé plus de logements sociaux sur le centre ville, alors que selon Claude Gourvil (EELV) « 17 % des lavallois sont sous le seuil de pauvreté ».


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